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EMISSION DU 01/08

Vaccin anti-Covid-19: «Il faut instaurer et inclure le pass vaccinal dans nos activités quotidiennes»

Le Maroc poursuit sa campagne de vaccination et vient de l’élargir aux 25 ans et plus.

La vaccination reste le seul rempart efficace contre la propagation du coronavirus.

Le point avec le Dr. Tayeb Hamdi, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération nationale de la santé.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

 

Finances News Hebdo : La campagne de vaccination va bon train. Dresseznous l’état des lieux actuel ?

Dr Tayeb Hamdi : Sur le volet de la vaccination, les choses vont effectivement bon train. Nous avons 30% de la population marocaine qui sont complètement vaccinées, avec notamment les personnes de 60, 75 et 80 ans qui sont vaccinées à des taux très importants, entre 95 et 97%. Nous avons également une couverture vaccinale pour la tranche d’âge 40-59 ans de 70% jusqu’à présent, ce qui est bien, mais loin d’être suffisant. Il faut rappeler aux personnes qui ont plus de 40 ans, qui souffrent de maladies chroniques et qui ont raté leur rendez-vous de vaccination, de s’atteler à le faire le plus tôt possible. Elles ont la possibilité de se rattraper et de se faire vacciner. La vaccination est un acte fiable, efficace et qui sauve des vies surtout.

Actuellement, nous n’avons pas que les résultats des études cliniques pour juger de la sécurité des vaccins; nous ne parlons plus de 30.000, voire 40.000 volontaires. Aujourd’hui, nous sommes à 3 milliards et demi de doses qui sont administrées partout dans le monde. Bien évidemment, s’il y avait le moindre problème ou doute, il aurait été vu à grande échelle, mais ce n’est pas le cas. La sécurité du vaccin est bien confirmée, son efficacité aussi. Dans les pays qui ont vacciné le plus, on constate qu’ils sont les mieux protégés et n’ont pas d’encombrement dans les services de réanimation, et ce malgré une reprise épidémique avec le Delta. Les chiffres restent bas par rapport aux autres nations non vaccinées.

 

F.N.H. : Quelles seraient les implications d’une troisième vague si elle venait à se concrétiser véritablement au Maroc ? 

T. H. : Nous sommes au début de la 3ème vague, compte tenu du variant delta qui est très transmissible, et à cause du relâchement total de la population vis-à-vis du respect des mesures barrières. Ajoutez à cela qu’économiquement parlant, on ne pouvait pas laisser fermer indéfiniment notre pays. Il était donc prévisible qu’une troisième vague allait avoir lieu doucement, mais sûrement.

Maintenant, quelle est l’ampleur et l’impact sur les hôpitaux et le service de réanimation ? Il ne suffit pas d’instaurer un couvre-feu la nuit et limiter les déplacements pour venir en journée propager le virus sans restrictions. A savoir partir aux souks, aux restaurants, se réunir en famille sans masque, sans respect de la distanciation. Même si on prend toutes les mesures possibles et imaginables en nocturne, on ne peut pas contrôler cette épidémie. Les gens doivent être conscients qu’il faut rester vigilants et maintenir coûte que coûte les mesures sanitaires. Atténuer l’ampleur de la vague ne sera possible que si l’on respecte les mesures barrières.

C’est indispensable, car c’est la vie des gens qui est en jeu, la nôtre aussi. En ce qui concerne l’impact sur les hôpitaux et la réanimation, nous ne sommes pas dans le même cas de figure que l’année dernière. Après l’Aïd, en 2020, il n’y avait pas encore de vaccin. Le nombre de contaminés n’était pas aussi conséquent et à chaque fois qu’on avait une augmentation des cas, systématiquement il y avait la courbe du nombre de cas de réanimation et de décès qui augmentait d’une manière parallèle.

Aujourd’hui, nous avons une bonne partie de la population vulnérable qui est protégée. Par conséquent, nous allons avoir un décalage des courbes. L’autre caractéristique est que cette courbe, même si elle n’est pas aussi élevée que la courbe des contaminations, sur le plan chiffre absolu, elle pourra atteindre des chiffres et des cas d’hospitalisation et de réanimation qui dépasseront la capacité de notre système de santé. Si l’on ne fait pas attention et si l’Etat n’intervient pas à un moment donné, on peut voir notre système de santé s’affaiblir.

 

F.N.H. : Peut-on dire que le système de santé au Maroc est bien armé et suffisamment résilient pour faire face à cette éventuelle 3ème vague ? Vu le nombre de contaminations journalières, nous avons l’impression qu’elle a bel et bien commencé.

T. H. : Sans aucun doute, nous sommes déjà à la 3ème vague. Tout dépendra de la discipline des citoyens et du respect des gestes barrières. En tout cas, nous allons forcément assister à une hausse importante des cas dans les semaines à venir. Maintenant, est-ce que les hôpitaux disposent des moyens nécessaires pour y faire face ? Pas du tout. Il n’y a aucun système de santé dans le monde qui est bien armé pour contrer une pandémie. Nous sommes devant un virus qui fait des milliers de contaminations par jour, ce qui nous donne des centaines de cas graves, voire des milliers dans d’autres pays. Il n’y a aucun pays qui soit en mesure d’absorber un nombre sans limite de cas graves. Dans tous les pays du monde, le rôle de l’Etat est de préparer le système de santé, mais aussi de combattre la pandémie en amont et non pas en aval. Il ne faut pas attendre l’arrivée des patients à la réanimation pour réagir, car le système finira par être débordé. Il faut donc combattre la maladie en amont, c’est-à-dire en limitant le nombre de nouveaux cas. Les gouvernements interviennent à travers l’instauration de nouvelles mesures encore plus restrictives et draconiennes, notamment le confinement général, quand ils voient que le système de santé va être débordé. Il est important de ne pas laisser un système de santé s’effondrer parce que c’est encore plus grave que la pandémie elle-même, en ce sens qu’il entraine systématiquement une hausse des décès à cause de carences dans la prise en charge des patients.

 

F.N.H. : Pour la campagne vaccinale, la cible a été élargie aux 25 et plus. Pensez-vous que les jeunes sont enclins à se faire vacciner ?

T. H. : La campagne de vaccination au Maroc cible actuellement les personnes qui ont 25 ans et plus. C’est une excellente chose. Mais évidemment que les jeunes se posent des questions. L’une des plus éloquentes est : «Puisque nous sommes jeunes, que nous ne risquons pas grand-chose et que nous ne souffrons pas de maladies chroniques, devons-nous nous faire vacciner»  ? Cette interrogation préoccupe cette tranche d’âge partout dans le monde. Il faut savoir que les Marocains se sont réconciliés avec la vaccination. Et pour cause, dans le Royaume, les enfants sont vaccinés à plus de 96%. Ce pourcentage est beaucoup plus élevé par rapport à d’autres pays occidentaux. Les enfants sont vaccinés parce que leurs parents, qui sont encore jeunes, sont conscients de l’importance de la vaccination. Ils sont convaincus que la vaccination est efficace, protège et, surtout, elle sauve des vies. Nous avons aussi des sondages qui montrent que 80% des Marocains, avant la campagne de vaccination, avaient émis le souhait de se faire vacciner.

En comparaison avec la France, 40% seulement de la population avaient exprimé leur intention de se faire vacciner. La France, faut-il le rappeler, est la nation qui connait la plus grande réticence à l’égard de la vaccination, une spécificité typiquement française. Même si les jeunes ne développent pas de formes graves de la maladie, le risque zéro n’existe pas. Pour les moins de 40 ans, c’est 1/1.000. Pour chaque 1.000 cas, on a un décès et entre 6 et  8 cas en réanimation. C’est-à-dire que quelqu’un qui a 20 ou 30 ans et se porte bien n’a aucune garantie de ne pas attraper la covid-19, avec tout ce que cela comporte comme conséquence (réanimation ou carrément mourir). Ce taux de létalité de 1% est valable dans les circonstances «normales». Mais, quand nous avons un variant qui est très transmissible et une recrudescence de l’épidémie qui s’aggrave, on aura des milliers de cas à cause de l’effondrement du système de santé. Seule la vaccination protège donc contre ce risque, aussi minime soit-il. Il faut retenir qu’une fois vaccinés, nous avons 12 fois moins de risque de transmettre la maladie.

 

F.N.H. : Devant la nonchalance d’un grand nombre de citoyens, notamment les jeunes, ne serait-il pas judicieux de rendre la vaccination obligatoire ?

T. H. : Nous ne nous sommes pas encore dans ce schéma de réticence vaccinale parmi les jeunes pour prendre des mesures plus strictes. Pour les personnes de plus de 60 ans, les choses se passent excellemment bien. Pour les 40-60 ans, nous avons déjà 70% de la population qui sont vaccinées, et nous espérons évoluer plus rapidement les jours à venir. Pour les trentenaires, nous nous souhaitons avoir une participation massive.

Faudra-t-il rendre la vaccination obligatoire ? C’est une éventualité qui est discutée à l’échelle planétaire. Au Maroc, on demande le pass vaccinal en cas de déplacement ou voyage. Je pense qu’il va falloir élargir l’exigence d’un pass vaccinal à d’autres activités (restaurants, cafés, salles de sport, matchs, conférences). Il n’y a aucune raison de laisser quelqu’un qui ne veut ni se protéger ni protéger autrui, faire régner sa propre loi. Les personnes non vaccinées n’ont pas le droit de se déplacer sans précaution, répandre le virus et faire prolonger la pandémie. Il faut instaurer et inclure le pass vaccinal dans nos activités quotidiennes, et je pense que ce sera largement suffisant pour persuader les plus réticents des jeunes à se faire vacciner.

 

F.N.H. : La tendance actuelle tend vers une 3ème dose. Selon vous, quel en serait l’intérêt ? Et concernant les vaccins homologués au Maroc, une troisième dose est-elle envisageable ?

T. H. : Tout d’abord, il faut faire la différence entre un rappel et une 3ème dose. On sait que généralement, tous les vaccins, après un certain temps, perdent un peu de leur efficacité, et c’est pour cela qu’il y a les rappels de manière à booster l’immunité qui a tendance, de manière naturelle, à s’estomper avec le temps. Nous avons des études sur les essais cliniques d’AstraZeneca ou Pfizer qui ont montré qu’une seule injection n’est pas suffisante, et qu’il faut deux prises pour produire assez d’anticorps. Seul Johnson & Johnson nécessite une seule dose. Avec l’évolution de la vaccination, de la maladie et l’émergence des variants, de nouvelles données sont apparues.

On constate que chez les personnes vulnérables, âgées ou malades, la protection n’est pas maximale. Il serait donc intéressant de leur administrer une 3ème dose. Je cite comme exemple les personnes dialysées ou qui souffrent de cancer. Mais administrer systématiquement une 3ème dose aux personnes de plus de 50 ans, souffrant de maladies chroniques, est discutable. Il est judicieux d’attendre les résultats des études qui ont été effectuées pour connaître l’intérêt d’une troisième injection. Il y a également une 2ème indication  : c’est l’émergence des variants. Ces mutants affaiblissent l’efficacité des vaccins. Dans ce sens, une étude britannique a démontré que pour les vaccins qui étaient efficaces à 70-80% contre la souche classique, cette efficacité a été réduite à 50% contre le variant Alpha et à 30% pour le variant Delta. Cette constatation a été faite après l’administration de la 1ère dose; mais dès que la 2ème dose a été effective, l’efficacité se rétablit et revient à la normale, surtout pour les formes graves.

Au Maroc, il est clair que pour les personnes atteintes de maladies graves ou très âgées, une 3ème dose est envisageable. De son côté, l’OMS n’est pas d’accord avec cette tendance de la 3ème dose, non pas par souci d’efficacité, mais surtout par souci de priorité d’un point de vue éthique. Il est inadmissible que des nations envisagent la 3ème dose alors que des milliards d’individus n’ont même pas reçu leurs premières injections. Cette injustice vaccinale ne va pas aider à freiner la pandémie, pour la simple raison que le virus continuera de circuler librement dans plusieurs pays dans le monde. Cela va générer plus de mutations, plus de variants, ce qui risque de prolonger la pandémie indéfiniment ou presque.

 

 

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