L'Aïd Al-Adha n’a pas répondu aux attentes des consommateurs cette année. En effet, les jours précédant cette fête ont été marqués par une hausse spectaculaire des prix des moutons, laissant de nombreux citoyens déconcertés. Et ce, malgré les assurances répétées du ministère de l’Agriculture, affirmant que l’offre était bien supérieure à la demande.
Dans ce contexte, tous les regards se sont tournés vers les intermédiaires, accusés d’être les principaux responsables de la perturbation du marché. Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, a d’ailleurs vivement critiqué ces derniers, les qualifiant «d’opportunistes dépourvus de toute éthique» et dénonçant leurs marges excessives et injustifiées.
Face à cette envolée des prix jugée anormale et illégale, le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre ces pratiques spéculatives. Un arrêté a ainsi été adopté afin de mieux encadrer la vente des moutons sur les marchés et de combattre les enchères fictives. Cependant, en dépit de ces efforts, les résultats ont été limités.
Les témoignages abondent sur les réseaux sociaux, dépeignant la détresse des citoyens contraints d’arpenter plusieurs souks et places publiques à la recherche d’un mouton à un prix abordable. Dans certains souks, les tarifs ont atteint des records.
Appelés communément «chennakas», la présence des intermédiaires ne se limite toutefois pas au marché des moutons. Ce phénomène s’étend également à d’autres segments du secteur agricole, notamment dans le commerce des fruits, des légumes et du poisson.
«Les prix à la consommation peuvent parfois être multipliés par deux ou trois par rapport à ceux pratiqués au départ de la ferme. Cela s’explique par une revente successive des produits avant qu’ils n’atteignent leur destination finale», explique Mohamed Joubel, secrétaire général de l’Association des négociants du marché de gros de Casablanca.
Selon lui, le circuit de commercialisation inclut une diversité d’acteurs intermédiaires : grossistes, semi-grossistes, récolteurs spécialisés et transporteurs, qui participent à leur tour à la spéculation.
Pour endiguer ce problème récurrent dans le secteur agricole, le gouvernement envisage plusieurs actions concrètes. Parmi celles-ci figure l’encadrement strict des lieux de vente, en limitant les transactions aux espaces autorisés ou directement dans les fermes. L’objectif est d’identifier les exploitants agricoles et les revendeurs afin d’exclure les intrus, surtout les opérateurs occasionnels du système, et de sanctionner sévèrement les infractions.
Toutefois, éradiquer complètement l’activité des intermédiaires semble utopique compte tenu de l’ampleur du secteur informel dans l’économie nationale. Ces acteurs jouent un rôle d’intermédiaires clé à différents niveaux de la chaîne de valeur. Néanmoins, il reste possible d’en limiter l’impact négatif grâce à un contrôle rigoureux et à une restructuration plus globale du secteur. Cela permettrait d’apporter une réponse durable face à ces dysfonctionnements qui nuisent aussi bien aux producteurs qu’aux consommateurs.
Mohamed Dahbi, secrétaire général de l’Union générale des métiers et des entreprises, qui regroupe l’Association des chevillards ainsi que celle des bouchers, un organisme qui a un rôle déterminant dans la filière «viandes rouges», estime que «la seule solution pour contrecarrer ce phénomène est le regroupement des exploitants dans des coopératives et des associations. Cela permettra de vendre directement aux marchés de gros ou aux consommateurs pour tirer les prix vers le bas».
Il a noté qu’il est indispensable de moderniser le circuit de distribution au détail, notamment les souks hebdomadaires.