Avec ses deux façades, 500 km sur la Méditerranée et 3.000 km sur l’Atlantique, le Maroc est un pays maritime par excellence. Le Royaume dispose d’une zone économique exclusive (ZEE) de plus d’un million de km², dépassant largement son espace terrestre.
Voulant profiter de cet atout, le Royaume aspire à développer une filière d’industrie navale. Il a, à cet égard, conclu des partenariats avec de grands opérateurs étrangers pour démarrer l’activité, à l’image de l’accord signé avec HD Hyundai et Somagec pour le lancement du nouveau chantier naval de Casablanca visant la construction, la réparation et l’entretien des navires de plus de 120 m.
L’investissement mobilisé pour la réalisation du projet culmine à 2,5 milliards de DH. D’autres projets sont au programme, notamment dans les villes d’Agadir ou de Nador, et surtout à Dakhla avec le nouveau port Atlantique.
Pour échanger et débattre à ce sujet, la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME) a organisé une rencontre dans le cadre du cycle de conférences «Les Mardis des branches» sur l’industrie navale.
Elle a été marquée par la présence de Nizar Baraka, ministre de l’Équipement, qui a affirmé que «son département s’engage pour installer un écosystème industriel capable d’attirer les investissements dans la construction navale. Le développement de cette activité nécessite une approche globale et intégrée, et non seulement la construction des infrastructures de base. Mais il faut également assurer des mécanismes de financement adéquats, revoir la fiscalité dédiée ainsi que la formation des ressources humaines pour assurer la compétitivité de l’activité. Sans profils spécialisés et pointus, le secteur ne peut démarrer et faire face à la concurrence».
Il a rapporté, par ailleurs, que le Maroc veut une vision ambitieuse dans la construction navale pour la période 2026-2030, en définissant les priorités pour lancer une feuille de route claire et précise à l’horizon 2040 afin de consolider la souveraineté maritime du Royaume.
«L’objectif, à terme, est de créer une flotte nationale, que ce soit pour le transport de marchandises ou de voyageurs». Il a regretté, par ailleurs, que la contribution de la filière reste limitée, ne dépassant pas 0,04% du PIB, alors que la création d’emplois entre 2013 et 2020 ne dépasse pas 700 postes dans cette activité. «À travers la nouvelle feuille de route, nous voulons améliorer ces performances».
Pour sa part, Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, a mis l’accent dans son intervention sur les performances réalisées par le Maroc dans le secteur industriel, notamment les filières aéronautique et automobile. «Notre pays a montré qu’il est capable de relever les défis. Nous avons toutes les conditions nécessaires pour lancer une industrie navale nationale compétitive», indique-t-il.
Cet optimisme pour la filière est partagé également par des opérateurs du secteur, à l’image de Chaibia Belbzioui, présidente de l’Association de la construction et de la réparation navales (Corena), qui estime que «le Royaume peut devenir facilement un hub régional de construction navale. Il bénéficie déjà d’une position géographique stratégique. La réussite de l’écosystème automobile ou aéronautique peut également être reproduite pour la construction navale».
Elle a noté, par ailleurs, que «le diagnostic de la filière, à travers un atelier d’intelligence collective faisant appel à tous les acteurs, a permis de dégager une vision commune se basant sur la réalité du terrain, les entraves que subissent les entreprises ainsi que leurs attentes par rapport au développement de l’activité».