4,6%. C'est le taux de croissance enregistré par l'économie marocaine au premier trimestre 2026. Un chiffre qui ferait envie à bien des économies.
Pourtant, cette performance masque une réalité beaucoup moins homogène : la croissance marocaine repose encore largement sur une agriculture exceptionnelle (+18,4%), tandis que le reste de l'économie donne des signes d'essoufflement.
En effet, alors que le secteur agricole bondit de près de 20%, les activités non agricoles voient leur rythme de croissance tomber de 4% à seulement 2,6%.
Pis encore, le secteur secondaire bascule dans le rouge, avec une contraction de 1%, après une progression de 2,9% un an plus tôt. Les industries extractives reculent de 3,2%, les industries manufacturières de 1,3%, tandis que l'électricité et l'eau enregistrent une baisse de 3,4%.
Même la construction, pourtant portée par les grands projets d'infrastructures, ralentit brutalement, passant de 7,1% à 1,5%.
En clair, la locomotive agricole tire seule un train dont plusieurs wagons peinent à suivre. Cette photographie de l'économie marocaine est riche d’enseignements.
Depuis des années, les stratégies publiques visent justement à réduire la dépendance du pays aux aléas climatiques. Or, dès qu'une bonne campagne agricole survient, elle cache immédiatement les difficultés structurelles de l'industrie.
A l'inverse, lorsqu'une sécheresse frappe, toute la croissance vacille. Cette alternance n'est plus seulement un constat, mais plutôt une faiblesse récurrente. Pour autant, tout n'est pas sombre. La demande intérieure confirme sa solidité.
Les ménages retrouvent de l'appétit, avec une consommation qui progresse de 4,6% contre seulement 1,1% un an auparavant.
Les dépenses publiques accélèrent également (+4,9%), tandis que l'investissement, malgré un ralentissement, affiche encore une progression remarquable de 10,8%. Résultat : la demande intérieure contribue à elle seule à 6,9 points de la croissance.
Autre motif de satisfaction : l'inflation reste contenue à 1,1%, un niveau qui soutient le pouvoir d'achat et améliore la visibilité des entreprises.
Le besoin de financement de l'économie demeure également limité à 1,5% du PIB, malgré un taux d'investissement qui atteint désormais 32,9% du PIB contre 30,7% un an auparavant.
Peu de pays émergents affichent aujourd'hui un tel niveau d'investissement. Mais une autre statistique mérite toute l'attention : les importations augmentent de 12,7%, beaucoup plus rapidement que les exportations (9,2%).
Conséquence, les échanges extérieurs amputent la croissance de 2,3 points contre seulement 0,3 point un an plus tôt.
Autrement dit, une partie de la richesse créée s'échappe vers l'extérieur, signe que l'appareil productif national ne répond pas encore pleinement à la vigueur de la demande.
Ces comptes nationaux montrent donc une économie qui résiste, investit, consomme davantage et qui préserve ses grands équilibres. Mais ils rappellent aussi que le véritable test de résilience ne sera pas celui des années pluvieuses. Il viendra lorsque l'agriculture retrouvera un rythme plus ordinaire.
Le jour où le Maroc pourra afficher une croissance de 4 ou 5% sans avoir besoin d'une récolte exceptionnelle pour y parvenir, il aura véritablement changé de modèle économique. C'est sans doute ce chiffre-là, plus encore que celui de la croissance trimestrielle, qui marquera une véritable rupture.
D.William