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Développement de l’Afrique : Le plaidoyer poignant de Ryad Mezzour

Développement de l’Afrique : Le plaidoyer poignant de Ryad Mezzour

A l’occasion de la 4ème édition du Symposium économique sur l’Afrique (AES), le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a livré un discours en faveur d’un nouveau modèle de développement africain, fondé sur la confiance, l’investissement de long terme, l’industrialisation et la maîtrise des technologies.

 

Par Ibtissam. Z.

Devant un parterre d’experts et de décideurs, Ryad Mezzour a défendu le choix du Maroc d’investir dans les infrastructures, d’ouvrir progressivement son économie et de miser sur l’intelligence artificielle pour renforcer la compétitivité du continent et accélérer sa transformation économique. Dès l’entame de son intervention, le ministre a donné le ton en mettant en lumière le paradoxe africain.

«L’Afrique détient 60% des terres arables de la planète. Nous avons une jeunesse dynamique, des talents, des ressources naturelles. Nous disposons de cobalt, de pétrole, de gaz, de phosphates. En réalité, nous possédons tout ce dont le monde a besoin. Pourtant, nous restons pauvres. Nous manquons d’électricité, d’éducation et de la stabilité à laquelle nos populations aspirent», a-t-il assuré. Pour Ryad Mezzour, le problème ne réside plus dans l’absence de potentiel, mais dans la manière dont le continent se perçoit lui-même.

«Depuis que je suis en âge de comprendre ce qui se dit sur l’Afrique, j’entends toujours les mêmes discours. On nous parle de potentiel inexploité et d’injustice. Puis Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a formulé une idée d’une grande simplicité : l’Afrique a besoin de confiance. Cette phrase paraît simple, pourtant elle résume tout. La confiance est le fondement même du développement. La confiance en nous-mêmes, en nos capacités et dans notre aptitude à imaginer et mettre en œuvre nos propres solutions», a-t-il insisté.

Pour illustrer concrètement cette vision, le ministre est revenu sur l’expérience marocaine. Le Royaume a fait le pari de l’ouverture économique, malgré les difficultés qu’un tel choix pouvait engendrer.

«Nous avons choisi de croire en notre capacité à rivaliser avec les meilleurs au monde. Nous avons ouvert notre économie en signant des accords de libreéchange alors même que nous continuons à subir certaines pertes. Ce n’était pas une décision facile. Nous avons perdu beaucoup. Vraiment beaucoup. Mais nous avons assumé ce choix», a-t-il martelé.

Pour montrer que ces choix, parfois coûteux à court terme, peuvent produire des résultats durables, Ryad Mezzour a pris l’exemple de l’industrie marocaine du pneumatique après l’ouverture du marché. «Nous avons perdu une capacité de production de 150.000 pneus par an. Mais vingt ans plus tard, le Maroc dispose désormais d’une capacité de production de près de 15 millions de pneus par an. C’est ce que les économistes appellent la “destruction créatrice”. Cette transformation est un pari. Elle a un coût social, elle exige des investissements importants, de la continuité, de la cohérence et surtout de la confiance dans notre résilience et dans notre capacité à transformer notre écosystème», a-t-il affirmé.

Dans le même esprit, le Maroc a également fait le choix d’investir massivement dans les infrastructures, malgré les critiques formulées à l’époque par certains économistes. Pour le ministre, ces investissements ont constitué un levier déterminant pour renforcer l’attractivité du Royaume et accompagner son industrialisation. «Pendant des années, on nous a expliqué que nous investissions trop pour trop peu de croissance. Mais si nous n’avions pas construit Tanger Med, où en serions-nous aujourd’hui ?

À une époque, il fallait davantage de temps et cela coûtait plus cher d’expédier un conteneur de Casablanca vers Rotterdam que depuis Shanghai. Dans ces conditions, que valait réellement notre position géostratégique ? Nous avions le potentiel, mais pas les infrastructures permettant de le valoriser», a-t-il rappelé. Pour lui, ces investissements ont constitué le socle de l’essor industriel du Royaume et démontrent qu’une vision de long terme peut porter ses fruits.

«Ces infrastructures étaient le préalable indispensable au développement d’un appareil productif compétitif. Sans elles, jamais le secteur automobile ne serait devenu le premier secteur exportateur du Royaume. Sans elles, nous n’aurions pas créé plus de 260.000 emplois permanents dans cette industrie. En intégrant les emplois indirects et induits, cela représente près d’un million d’emplois, soit environ 8 à 9% de l’ensemble des emplois du pays», a-t-il souligné. À travers ces exemples, le ministre a défendu une vision de l’action publique fondée sur le long terme. Il a toutefois estimé que la possession des ressources naturelles ne suffisait pas, à elle seule, à garantir le développement.

«La véritable question est de savoir si nous avons réellement la capacité de maîtriser ces ressources et de les transformer au service de notre développement. Au Maroc, nous avons réussi à asseoir cette maîtrise. Mais dans d’autres pays, les ressources deviennent parfois un facteur de rivalités qui empêche toute politique publique efficace», a-t-il expliqué.

L’autre levier jugé indispensable par Mezzour est celui de l’amélioration du climat des affaires. Le ministre est revenu sur les efforts engagés pour réduire les lourdeurs administratives et créer un environnement plus favorable à l’investissement. «Nous savions que certaines lourdeurs administratives constituaient un frein majeur pour les investisseurs. Nous avons donc créé des zones industrielles intégrées où ils pouvaient développer leurs projets sans subir de frictions administratives.

Cette stratégie a porté ses fruits et a permis de faire émerger des écosystèmes industriels compétitifs aux standards internationaux», a-t-il indiqué. Il s’est ensuite projeté vers les grandes mutations technologiques, en particulier l’intelligence artificielle, qu’il considère comme une opportunité majeure pour l’Afrique. Cette révolution pourrait permettre au continent de franchir un cap en matière de compétitivité et d’innovation.

«Grâce aux agents d’IA, une petite entreprise, voire un entrepreneur individuel, peut désormais accéder à des outils qui étaient autrefois réservés aux plus grandes multinationales. C’est une révolution. Si nous savons en tirer parti, chacun pourra bénéficier d’un niveau d’expertise jusqu’ici inaccessible. L’écart technologique entre les nations est en train de se réduire, et c’est une excellente nouvelle», a-t-il affirmé. Ryad Mezzour a toutefois insisté sur la nécessité pour les pays africains de développer leurs propres solutions afin de préserver leur souveraineté technologique.

 

 

 

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