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Inflation : J’y suis, j’y reste

Inflation : J’y suis, j’y reste

Rien à faire. L’inflation fait de la résistance et semble vouloir s’inscrire dans la durée, dans le sillage du conflit en Ukraine où, au lieu d’une guerre-éclair espérée à tort par Vladimir Poutine, les Russes s’enlisent dans un bourbier.

L’inflation pourrait même devenir une donnée structurelle, à en croire le haut-commissariat au Plan (HCP), Ahmed Lahlimi. En tout cas, elle reste fortement ressentie par les citoyens. Au quotidien. Les derniers chiffres du HCP en attestent.

L'indice des prix à la consommation a enregistré, au cours du mois de juin 2022, une hausse de 0,5% par rapport au mois précédent. Cette variation est le résultat de la hausse de 0,1% de l’indice des produits alimentaires et de 0,8% de l’indice des produits non alimentaires.

Comparé au même mois de l’année précédente, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 7,2% au cours du mois de juin 2022, conséquence de la hausse de l’indice des produits alimentaires de 10,6% et de celui des produits non alimentaires de 4,9%.

Dans ces conditions, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatiles et les produits à tarifs publics, aurait connu au cours du mois de juin 2022 une hausse de 0,8% par rapport au mois de mai 2022 et de 6,4% par rapport au mois de juin 2021.

 

Très chers produits

Le panier de la ménagère coûte de plus en plus cher à remplir. Pratiquement tous les prix se sont inscrits en hausse. Ainsi, les augmentations des produits alimentaires observées entre mai et juin 2022 concernent principalement les «Huiles et graisses» avec 2,7%, le «Lait, fromage et œufs» avec 2,1%, les «Eaux minérales, boissons rafraîchissantes, jus de fruits et de légumes» avec 0,8% et le «Café, thé et cacao» avec 0,4%.

Pour les produits non alimentaires, la hausse a concerné principalement les prix des «Carburants» avec 9,2%. Les prix à la pompe restent en effet toujours très élevés : le litre de gasoil se vend à 15,80 DH contre 17 DH pour l’essence.

Sur les carburants, le gouvernement se refuse toujours à renoncer ou suspendre provisoirement les taxes afin de soutenir les automobilistes, comme l’ont fait plusieurs pays à travers le monde (France, Allemagne, Italie, Espagne…).

L’aide est plutôt accordée aux transporteurs routiers : le montant du 4ème soutien a d’ailleurs été revalorisé de 40%. Et c’est une enveloppe globale de 1,4 milliard de dirhams qui a été versée jusqu'à présent aux professionnels du transport routier. Ce qui ne va pas empêcher les ménages de perdre du pouvoir d’achat.

 

L’inflation toujours au plus haut au Maroc

Au moins deux facteurs essentiels concourent à maintenir haut le niveau de l’inflation dans le Royaume au cours des prochains mois :

-Les tensions sur le marché pétrolier vont persister en raison des sanctions contre la Russie et d’une hausse insuffisante de la production des pays membres de l’OPEP. Le cours du pétrole brut devrait ainsi atteindre près de 100$/b en 2022 et 2023, soit une augmentation de 50% par rapport à 2021, selon la Banque mondiale.

-Globalement, la hausse des prix des matières énergétiques engendre la hausse des cours d’autres produits de base.

-La perturbation des chaînes de production et d’approvisionnement va affecter les disponibilités alimentaires et les revenus et moyens de subsistance des populations vulnérables.

«Cette inflation importée devrait atteindre un seuil exceptionnel cette année à l’instar de la plupart des pays du monde, ce qui devrait affecter brutalement le pouvoir d’achat et peser sur la rentabilité de quelques secteurs productifs», fait notamment savoir le HCP. Qui estime que l’inflation devrait connaitre une hausse de près de 4,9% en 2022 après 3,2% en 2021 et 0,1% en 2020. Et, au final, le pouvoir d’achat des ménages devrait baisser de 1,5% en 2022 au lieu d’une croissance moyenne de 1,1% entre 2015 et 2019.

Dans son dernier rapport de suivi de la situation économique au Maroc, rendu public le 20 juillet courant, la Banque mondiale fait le même constat, tablant toutefois sur un niveau d’inflation plus élevé en 2022. Selon l’institution, «même si elle est atténuée par des subventions, l'inflation des prix à la consommation devrait s'accélérer pour atteindre 5,3% cette année, contre 1,4% seulement en 2021. Cette situation risque d’éroder le pouvoir d'achat des ménages les plus pauvres et les plus vulnérables».

 

Les plus pauvres trinquent

Tous les pays pâtissent du niveau élevé de l’inflation, avec des impacts différenciés qui affectent, au final, des milliards d’individus. L'organe des Nations Unies pour le commerce et le développement, la CNUCED, estime d’ailleurs que des milliards de personnes sont confrontées à la plus grande crise du coût de la vie depuis une génération, en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l'énergie. Et les consommateurs les plus vulnérables sont dans une situation désastreuse.

L'analyse de la CNUCED montre qu'une augmentation de 10% des prix des denrées alimentaires entraînera une baisse de 5% des revenus des familles les plus pauvres, soit à peu près l'équivalent du montant que ces familles dépenseraient normalement pour les soins de santé.

Cette conjoncture internationale impose aux gouvernements d’opérer des arbitrages délicats : juguler l’inflation galopante en relevant les taux d’intérêt ou préserver la croissance en essayant de mieux faire rouler la machine économique. Pour l’instant, le Maroc a choisi la seconde option, la Banque centrale ayant décidé de ne pas augmenter son taux directeur et de le maintenir inchangé afin de soutenir la relance. 

 

F. Ouriaghli

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