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Fouzi Lekjaa : Du savoir-faire au devoir de faire

Fouzi Lekjaa : Du savoir-faire au devoir de faire

En prenant les commandes de l’Economie, des Finances et de la Performance publique, Fouzi Lekjaa change de stature, mais aussi de registre. L’homme qui a longtemps veillé aux équilibres budgétaires devra désormais se confronter à une équation autrement plus complexe : concilier les ambitions d’un Maroc engagé dans de grands chantiers structurants avec les urgences économiques et sociales du quotidien.

 

Par F. Ouriaghli

La nomination de Fouzi Lekjaa à la tête du ministère de l’Economie, des Finances et de la Performance publique, dans le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri, consacre la montée en puissance d’un homme qui, depuis une quinzaine d’années, s’est imposé comme l’un des rouages les plus influents de l’appareil d’Etat marocain.

Mais elle ouvre surtout une nouvelle phase politique et économique, dans un Maroc confronté à une équation particulièrement exigeante : financer ses grandes ambitions de développement tout en apportant des réponses tangibles aux préoccupations quotidiennes de ses citoyens.

Le changement de gouvernement intervient, en effet, dans un contexte où les attentes sociales demeurent fortes. Pouvoir d’achat, chômage, disparités territoriales, qualité des services publics ou encore financement de la protection sociale, les défis ne manquent pas. Ils se superposent aux impératifs de consolidation des finances publiques, de stimulation de l’investissement privé et d’accélération des grands chantiers d’infrastructures, notamment dans la perspective de la Coupe du monde 2030. Autant d’exigences qui imposent des arbitrages parfois difficiles et rendent la conduite de la politique économique particulièrement délicate.

C’est dans cet environnement que Fouzi Lekjaa succède à Nadia Fettah, avec un portefeuille élargi à la performance publique. Un changement de dimension pour celui qui, depuis 2021, occupait les fonctions de ministre délégué chargé du Budget.

Désormais, il ne s’agira plus seulement de gérer les sous, mais de définir les priorités économiques, d’assurer la cohérence des politiques financières et, surtout, de veiller à ce que les ressources mobilisées par l’Etat produisent des résultats à la hauteur des investissements consentis.

 

Choix logique

Sa nomination présente une certaine logique. Directeur du Budget dès 2011, Fouzi Lekjaa connaît les finances publiques marocaines dans leurs moindres recoins.

Peu de responsables peuvent se prévaloir d’une telle continuité dans la gestion budgétaire de l’Etat. Cette expérience constitue indéniablement un atout au moment où le Maroc doit concilier des engagements financiers considérables avec la nécessité de préserver ses équilibres macroéconomiques.

Mais cette promotion soulève une interrogation fondamentale : un excellent gestionnaire des finances publiques fait-il nécessairement un grand ministre de l’Economie ?

Car il existe une différence entre maîtriser les comptes de l’Etat et améliorer ceux des ménages. Entre contenir un déficit budgétaire et réduire le chômage. Entre financer des infrastructures et garantir qu’elles génèrent suffisamment d’activité économique pour justifier les ressources mobilisées.

En effet, les indicateurs macroéconomiques peuvent être satisfaisants sans que leurs effets soient immédiatement perceptibles dans le quotidien des citoyens. C’est précisément sur cette ligne de fracture entre performance comptable et performance économique et sociale que Fouzi Lekjaa sera attendu.

Le nouveau ministre hérite d’ailleurs d’une situation singulière. Il devra incarner une nouvelle orientation économique alors même qu’il a été l’un des principaux artisans des arbitrages budgétaires du gouvernement précédent.

Cette continuité peut rassurer les partenaires économiques et financiers du Maroc. Elle garantit une connaissance approfondie des dossiers et limite les risques de rupture dans la conduite des politiques publiques. Mais elle rend également plus difficile la démonstration d’un véritable changement de méthode.

En d’autres termes, Fouzi Lekjaa ne pourra pas attribuer à ses prédécesseurs les insuffisances d’une politique budgétaire à laquelle il a lui-même largement contribué.

Sa nouvelle responsabilité l’oblige désormais à dépasser la logique de l’exécution pour entrer pleinement dans celle de la conception et de l’évaluation des choix économiques.

L’ajout de la performance publique à son portefeuille donne, à cet égard, une portée particulière à sa nomination. Car au-delà de cette expression administrative, se pose une question qui devrait désormais guider l’ensemble de l’action gouvernementale : que produit réellement chaque Dirham dépensé par l’Etat ?

Le Maroc a multiplié, ces dernières années, les stratégies sectorielles, les programmes d’investissement et les réformes structurelles. Les moyens financiers engagés son considérables.

Mais l’efficacité doit s’apprécier à travers la qualité des services rendus, les emplois créés, les disparités réduites et les améliorations concrètes apportées aux conditions de vie des citoyens. Bref, l’Etat doit prouver qu’il dépense utilement.

Cette exigence sera d’autant plus forte que le Maroc entre dans une phase d’investissements massifs liés à ses ambitions sportives et infrastructurelles.

Et sur ce terrain, Fouzi Lekjaa occupe une position pour le moins particulière. Président de la Fédération royale marocaine de football, figure influente des instances footballistiques internationales, il a joué un rôle majeur dans la montée en puissance du football national et dans la préparation des grandes échéances sportives.

L’épopée des Lions de l’Atlas au Mondial 2022, l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations et la perspective du Mondial 2030 ont contribué à asseoir sa réputation d’homme de résultats.

Mais la réussite sportive et la performance économique obéissent à des logiques différentes.

Un stade livré dans les délais constitue une réussite opérationnelle. Encore faut-il que les investissements qui l’accompagnent génèrent des retombées durables, stimulent les territoires et ne compromettent pas le financement d’autres priorités nationales.

Cette double responsabilité, financière et sportive, appelle donc une vigilance particulière quant à la transparence des arbitrages, à la hiérarchisation des dépenses et à l’évaluation des retombées économiques et sociales. Non qu’il faille opposer les grands événements sportifs aux besoins de la population.

Bien conçus, ils peuvent devenir de puissants accélérateurs de développement. Mais leur réussite ne saurait se résumer à la qualité des infrastructures. Le véritable bilan du Mondial 2030 se dressera aussi dans les années qui suivront, lorsque l’on pourra mesurer ce que ces investissements auront durablement apporté à l’économie nationale.

 

De la rigueur budgétaire au leadership économique

Fouzi Lekjaa devra également démontrer sa capacité à évoluer dans un registre plus politique. Jusqu’ici, son autorité reposait largement sur sa maîtrise technique des dossiers budgétaires et sa connaissance des circuits de décision.

A la tête de l’Economie et des Finances, il devra désormais défendre une vision globale, convaincre les partenaires sociaux, dialoguer avec les entreprises, accompagner les réformes et assumer publiquement les arbitrages de l’exécutif.

Et c’est sans doute là que se jouera l’essentiel de son mandat. Le Maroc ne pourra répondre durablement à ses besoins sociaux par la seule redistribution budgétaire.

Il lui faudra accélérer la création de valeur, renforcer la compétitivité de son tissu productif, encourager l’investissement privé et améliorer la capacité de son économie à générer des emplois, notamment pour les jeunes.

La politique budgétaire devra accompagner cette dynamique sans se substituer à elle. Car l’Etat, aussi volontariste soit-il, ne peut durablement porter seul l’ensemble des ambitions économiques et sociales du pays.

Le premier test interviendra rapidement avec le projet de Loi de Finances 2027. Même si celui-ci aura été largement préparé sous l’ancien exécutif, sa présentation et sa mise en œuvre constitueront un premier indicateur des orientations du nouveau gouvernement.

Les choix opérés en matière d’investissement, de soutien aux entreprises, de dépenses sociales et de maîtrise des équilibres financiers permettront d’apprécier la place réellement accordée à la performance publique.

Au-delà de ce rendez-vous budgétaire, c’est cependant la capacité de Fouzi Lekjaa à transformer sa culture du résultat en actions concrètes et en avancées économiques et sociales mesurables qui sera déterminante.

L’homme a démontré qu’il savait gérer des enveloppes financières importantes, conduire des dossiers complexes et évoluer au cœur des institutions. Son parcours témoigne d’une remarquable longévité dans les sphères de décision.

Mais cette longévité, tout comme ses succès dans le football, ne saurait constituer une garantie automatique de réussite économique. D’autant que les attentes placées en lui seront désormais proportionnelles à l’étendue de ses responsabilités.

Fouzi Lekjaa a longtemps été l’homme qui comptait les milliards. Il lui appartient désormais de démontrer ce que ces milliards peuvent changer la vie des Marocains.

 

 

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