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Campagne agricole : Une moisson qui ravive les inquiétudes sur la main-d’œuvre agricole

Campagne agricole : Une moisson qui ravive les inquiétudes sur la main-d’œuvre agricole

Le Maroc s'apprête à vivre une année agricole prometteuse, avec une production de blé estimée à 90 millions de quintaux. Cependant, cette performance met en lumière plusieurs contraintes auxquelles les agriculteurs doivent faire face pendant la période de récolte, notamment le manque de main-d'œuvre et l'insuffisance de matériel agricole.

La saison des récoltes a débuté en avril dans plusieurs régions du pays, notamment dans celles situées au sud, et se poursuit actuellement dans d'autres zones. Les précipitations abondantes et généralisées ayant marqué cette année la saison agricole laissent entrevoir des moissons abondantes après sept années consécutives de sécheresse. 

Les agriculteurs sont optimistes quant à l'entrée dans un cycle plus prospère, espérant ne plus être confrontés aux caprices du climat. Néanmoins, derrière cet optimisme se cachent plusieurs préoccupations, principalement liées à la disponibilité et au coût de la main-d'œuvre. Bien que la mécanisation ait progressé, le recours aux travailleurs reste indispensable dans de nombreuses zones agricoles. Dans ces régions, les exploitations fonctionnent souvent en milieu familial, où le travail non rémunéré est dominant, permettant ainsi de réduire les coûts et d'éviter de dépendre d'une main-d'œuvre extérieure. 

Pourtant, pendant la période des récoltes, les agriculteurs doivent faire face à une hausse des coûts préoccupante. En effet, les coûts des services mécaniques comme ceux des moissonneuses-batteuses ont augmenté cette année en raison de multiples facteurs, dont la hausse des prix du carburant et celle des salaires des travailleurs. En période pluvieuse, les propriétaires de ces engins anticipent généralement un rendement supérieur et ajustent leurs tarifs en conséquence. 

Actuellement, les prix pour la moisson mécanique varient entre 500 et 600 dirhams par hectare dans les zones bour et entre 800 et 1.000 dirhams dans les zones irriguées. Pour la main-d'œuvre, les dépenses peuvent atteindre 300, voire 350 dirhams par jour selon les cultures et les régions. 

Larbi Ziani, président d'une coopérative dans la région de Médiouna, explique que «la longue période de sécheresse a exacerbé le chômage rural, entraînant l’exode de nombreux jeunes vers les villes. Cette situation complique davantage l'accès à une main-d'œuvre qualifiée et en quantité suffisante». Par ailleurs, le nombre de moissonneuses-batteuses disponibles sur le marché demeure insuffisant, ne dépassant pas 4.500 unités au total.

Ces équipements, souvent importés d'occasion et ayant une moyenne d'âge dépassant les vingt ans, impactent négativement la qualité des récoltes. Malgré les subventions de l'État pouvant atteindre 60% du prix d'achat et les offres de financement à faible taux d'intérêt, les ventes stagnent et le secteur reste pénalisé par la diminution des performances liées aux précédentes années de sécheresse. 

Promouvoir la mécanisation agricole est l'un des objectifs majeurs du Plan Maroc Vert, prolongé à travers la stratégie «Génération Green». Cette démarche a permis d'augmenter le ratio des tracteurs à 9 pour 1.000 hectares en 2018 contre 5 en 2008, un chiffre supérieur à la norme préconisée par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture). 

Pour rattraper ce retard, Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome, suggère de regrouper les agriculteurs en coopératives ou en associations afin d'assurer un accès fluide aux subventions et d'accélérer la mécanisation. Ces regroupements seraient également bénéfiques pour optimiser les programmes d'accompagnement et d'assistance technique tout en augmentant la rentabilité agricole. 

 

Charaf Jaidani

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