Economie Tout voir

Quelque chose ne va pas

Quelque chose ne va pas
  • A quoi cela sert-il de prendre des mesures drastiques dans certains domaines et de laisser la pagaille régner dans d’autres aspects de la vie des Marocains ?

Je suis le premier à écrire depuis plus de deux ans que le Maroc s’en tire à bon compte en gérant avec plus ou moins d’efficacité cette pandémie qui a fait éclater en morceau tous les anciens mécanismes et paradigmes de gestion et d’approche en termes de réduction des risques sur le plan sanitaire, social et humain, voir politique.
Je suis également le premier à tirer mon chapeau aux autorités sanitaires marocaines et au corps médical dans son ensemble, qui a consenti de très nombreux sacrifices pour sauver le maximum des vies. (Nous en sommes aujourd’hui à presque 15 000 morts au Maroc). Nous sommes de loin plus épargnés en comparaison avec les Usa ou certains pays européens qui déplorent des millions de victimes aujourd’hui. (Plus de 5 millions de morts dans le monde et plus de 265 millions de cas).
Je suis aussi le premier à souligner la prise de responsabilité de la part du gouvernement quand il s’agit de confiner, de déconfiner ou de serrer le boulon pour limiter les dégâts.
Bien entendu quand cela a du sens et suit une ligne directrice logique et limpide. Mais quand les décisions sont contradictoires, il faut le signaler également.
En effet, inquiet face à la détérioration de la situation épidémique en Europe, le Maroc a décidé de suspendre les vols en provenance et à destination de la France. Une décision déjà arrêtée pour d'autres pays du Vieux Continent.

Après l'Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Russie le mois dernier, ce sont les vols réguliers à destination et en provenance de la France que le Maroc a décidé de suspendre, à cause de la reprise de la pandémie de Covid-19.
Une mesure ayant pour objectif de «préserver les acquis du Maroc en matière de gestion de la pandémie de la Covid-19 et pour faire face à la dégradation de la situation sanitaire dans certains pays du voisinage européen», comme nous avons pu le lire sur le site de la diplomatie marocaine. Une mesure qui a été étendue à toutes les destinations, avec des Marocains bloqués à l’étranger : des hommes d’affaires, des étudiants, des pères et des mères de familles.
Quelques jours plus tard, une autre décision tombe : le gouvernement marocain a décidé d’interdire tous les festivals et manifestations culturelles et artistiques en raison de la flambée de Covid-19 et plus particulièrement de la propagation du nouveau variant Omicron.
Début décembre, nous avons une nouvelle mesure : «Sur la base des dispositions juridiques relatives à la gestion de l'état d'urgence sanitaire, et dans le cadre des mesures préventives en vigueur pour limiter la propagation de la pandémie du Coronavirus, et en vue de la préservation de la santé des citoyennes et des citoyens, le gouvernement a décidé de limiter à 10 personnes au maximum la présence aux cérémonies des funérailles et des obsèques», comme l’indique le gouvernement dans un communiqué.
Jusque-là tout va bien.
Par contre, ce qui ne va pas du tout bien, ce sont ses non-sens que nous allons énumérer : les hammams qui sont de véritables foyers d’infection et de contaminations restent ouverts. Les salles de sport qui sont également des lieux propices à la propagation du virus gardent leurs portes ouvertes devant des milliers de pratiquants, qui ne portent pas pour leur majorité le masque, qui n’observent aucune limite de distance et qui utilisent les mêmes machines dans la sueur et la promiscuité.
C’est également le cas de toutes les mosquées où les gens sont collés les uns aux autres faisant fi du virus et des risques de propagation et de contamination. C’est le même son de cloche dans les cafés où les terrasses sont bondées de clients sans masques attablés à dix voire plus se passant même les verres d’une main à l’autre dans une fatalité désarmante.
C’est le cas des restaurants, des halls des hôtels, de très nombreux centres de travail où les travailleurs sont plusieurs dizaines dans le même espace. Ceci sans parler des soirées privées, des anniversaires en grandes pompes ou en catimini, des fiançailles et autres mariages. Ceci sans parler des centres commerciaux, des marchés, des supérettes, des souks, dans les différents quartiers, sans parler du milieu rural où la majorité des citoyens vivent comme si l’épisode Coronavirus était plié et loin derrière nous depuis des années, alors qu’un nouveau variant menace avec virulence le monde entier.
Ma question est simple : à quoi cela sert-il de prendre des mesures drastiques dans certains domaines et de laisser la pagaille régner dans d’autres aspects de la vie des Marocains ? Il y a à coup sûr une raison que nous sommes incapables de comprendre ni de percevoir ! Il y a certainement un secret qui nous échappe. Auquel cas, nous demandons à comprendre, à ce qu’on éclaire notre lanterne. Parce que nous sommes face à une absurdité qui nous dépasse quand on assiste à ses scènes de la vie quotidienne, avec des matchs et des manifestations sportives qui ont toujours lieu alors qu’une rencontre culturelle est annulée sine die.  Une partie de foot ça passe, un salon du livre, ça ne passe pas !

Cela veut-il dire que nous sommes mieux protégés dans un stade avec deux équipes et leurs staffs techniques qu’à vingt-cinq dans un cimetière ? La question ne nécessite aucune réponse. Elle est rhétorique, vous l’avez bien compris en attendant que les autorités changent de rhétorique en nous parlant avec bon sens et sans absurdité ni aberration.


Abdelhak Najib
Ecrivain-Journaliste

Articles qui pourraient vous intéresser

S'inscrire à la Newsletter de La Quotidienne

* indicates required