Avec un PIB touristique de près de 130 milliards de dirhams en 2025, en progression de 11,7%, le tourisme confirme sa montée en puissance dans l’économie marocaine. Les dernières données du haut-commissariat au Plan (HCP) témoignent toutefois d’une croissance à deux vitesses entre le tourisme récepteur et la consommation touristique des résidents.
Le tourisme marocain continue de gagner du terrain dans l’économie nationale. Selon les résultats provisoires du Compte satellite du tourisme (CST) au titre de l’année 2025 publiés par le haut-commissariat au Plan (HCP), le produit intérieur brut (PIB) touristique s’est établi à 129,7 milliards de dirhams contre 116,2 milliards en 2024, soit une progression de 11,7%.
Cette performance, qui représente une création supplémentaire de richesse touristique de près de 13,5 milliards de dirhams en un an, traduit le renforcement du poids économique du secteur. Sa contribution au PIB national est ainsi passée de 7,2% en 2024 à 7,5% en 2025, soit un gain de 0,3 point.
Au-delà de cette évolution, les données du HCP mettent en évidence une dynamique favorable de l’ensemble des principaux agrégats touristiques, qu’il s’agisse de la consommation, de la production ou de la valeur ajoutée. Elles soulignent également le rôle prépondérant de la demande extérieure dans la croissance de l’activité.
La consommation touristique franchit les 222 milliards de dirhams
Premier indicateur de cette dynamique, la consommation intérieure du tourisme a atteint 222,4 milliards de dirhams en 2025 contre 201,7 milliards un an auparavant. Elle affiche ainsi une progression de 10,3%, correspondant à une augmentation de 20,7 milliards de dirhams.
Cette évolution repose essentiellement sur la vigueur du tourisme récepteur, qui englobe les dépenses réalisées au Maroc par les touristes étrangers et les Marocains résidant à l’étranger (MRE) en visite dans le Royaume. La consommation de cette catégorie de visiteurs s’est élevée à 154 milliards de dirhams en 2025 contre 136,9 milliards en 2024, enregistrant une hausse de 12,5%. En valeur absolue, elle a ainsi progressé de plus de 17 milliards de dirhams. A elle seule, cette composante représente environ 83% de l'augmentation totale de la consommation touristique enregistrée entre les deux exercices. Un chiffre qui illustre l'importance de la clientèle non résidente dans la dynamique du secteur.
La consommation liée au tourisme interne et émetteur a également progressé, mais à un rythme sensiblement moins soutenu. Elle est passée de 64,8 milliards de dirhams en 2024 à 68,4 milliards en 2025, soit une hausse de 5,5%. Il convient de préciser que cette dernière catégorie comprend les dépenses touristiques effectuées au Maroc par les résidents, ainsi que les dépenses réalisées sur le territoire national dans le cadre de voyages à l'étranger.
L’écart de croissance entre les différentes composantes de la consommation touristique se traduit par une modification de leur poids respectif. La part du tourisme récepteur dans la consommation intérieure totale s’est renforcée, passant de 67,9% en 2024 à 69,2% en 2025. A l’inverse, celle du tourisme interne et émetteur a reculé de 32,1% à 30,8%.
Cette évolution ne signifie pas que la consommation touristique des résidents diminue en valeur absolue. Celle-ci poursuit sa progression, mais à un rythme inférieur à celui des dépenses des visiteurs non résidents. Elle révèle néanmoins une concentration croissante de la demande touristique autour du marché récepteur. Cette configuration constitue un moteur de croissance pour le secteur, tout en posant la question de l'équilibre entre ses différentes sources de demande. La capacité à maintenir une progression soutenue de la consommation touristique intérieure apparaît, dans ce contexte, comme un levier complémentaire de développement et de diversification de l'activité.
Une valeur ajoutée en progression de 10,8%
La bonne orientation de la demande s’est accompagnée d’une augmentation significative de la production touristique. Selon le HCP, celle-ci s’est établie à 199,4 milliards de dirhams en 2025 contre 181,9 milliards en 2024, soit une progression de 9,6%. La valeur ajoutée du secteur a, pour sa part, atteint 106,8 milliards de dirhams contre 96,4 milliards un an auparavant. Elle enregistre ainsi une croissance de 10,8%, supérieure à celle de la production.
Cet écart traduit une progression plus rapide de la richesse créée par le secteur que de sa production globale. Il constitue un signal favorable quant à l’évolution de sa contribution économique, même si ces seules données ne permettent pas de conclure à une amélioration généralisée de la productivité des entreprises touristiques. La part de la valeur ajoutée touristique dans celle de l’ensemble de l’économie nationale est ainsi passée de 6,7% en 2024 à 7% en 2025. Rapportée au PIB national, elle représente désormais 6,2% contre 6% un an auparavant.
Parallèlement, les impôts nets des subventions sur les produits touristiques ont enregistré une hausse de 16%, passant de 19,8 milliards de dirhams en 2024 à près de 23 milliards en 2025.
Cette progression, plus rapide que celle de la valeur ajoutée, contribue à expliquer pourquoi la croissance du PIB touristique, estimée à 11,7%, dépasse celle de la valeur ajoutée du secteur.
L’amélioration des différents indicateurs se reflète également dans la place occupée par le tourisme au sein de l’appareil productif national.
La production touristique représente désormais 7,1% de la production nationale contre 6,8% en 2024. Le secteur gagne ainsi 0,3 point en une année, une progression identique à celle observée pour sa contribution au PIB.
Ces résultats confirment que la croissance touristique ne se limite pas à une augmentation des dépenses des visiteurs. Elle s'accompagne également d'une contribution accrue à la production et à la création de valeur ajoutée dans l'économie marocaine.
Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de mesurer les effets de cette dynamique sur l'emploi, l'investissement ou la rentabilité des opérateurs, autant de dimensions qui nécessiteraient des indicateurs complémentaires.
Au regard des résultats de 2025, le tourisme consolide sa position parmi les activités qui contribuent à la croissance de l'économie marocaine. La progression simultanée de la consommation, de la production, de la valeur ajoutée et du PIB touristique témoigne d'un secteur en expansion, dont les retombées économiques prennent davantage d'importance.
Mais cette dynamique fait également apparaître un enjeu de fond : celui de la diversification des moteurs de croissance.
Avec près de sept dirhams sur dix de consommation touristique provenant des visiteurs non résidents, l'activité demeure fortement tributaire de la demande extérieure. Cette dépendance relative peut constituer un facteur de sensibilité aux fluctuations de la conjoncture internationale, aux évolutions du pouvoir d'achat des clientèles étrangères ou encore aux conditions de mobilité.
Dans ce contexte, le renforcement du tourisme intérieur, parallèlement à la consolidation de l'attractivité internationale du Royaume, pourrait contribuer à mieux équilibrer les sources de croissance.
D. W.