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Transition énergétique : «Le projet de loi 82-21 d’autoproduction de l’électricité est inapplicable»

Transition énergétique : «Le projet de loi 82-21 d’autoproduction de l’électricité est inapplicable»

La transition énergétique est une des préoccupations majeures du Maroc. Dans le cadre de la Stratégie énergétique nationale, le Maroc vise d’ici 2050 à produire 80% de son énergie électrique à partir de sources renouvelables. 

Entretien avec Amin Bennouna, enseignant-chercheur et expert en énergie, directeur du projet «Monographie de l'énergie au Maroc».

 

Propos recueillis par M. Ait Ouaanna

La Quotidienne : Quelle analyse faites-vous de la situation énergétique du Maroc ?

Amin Bennouna : Sans doute, je dirai que ne suis pas complètement satisfait de la situation puisqu’en termes d’énergies renouvelables, le Maroc n’en a pas fait assez. Je trouve que nous sommes en retard, nous n’avons pas rempli les objectifs prévus pour 2020 et 2030. Ensuite, j’estime que même si ces objectifs sont insuffisants, il fallait qu’on aille au-delà en permettant aux particuliers, aux industriels et à l’habitat collectif de produire une partie de leur électricité eux-mêmes. Or, il est fort probable que le projet de loi 82-21 qui vient d’atterrir sur le pupitre du parlement il y a quelques jours, créera plus de problèmes qu’il n’en résoudra, et ce pour deux raisons. 

La première est que ce projet de loi est inapplicable parce que le texte dit qu’on doit limiter l’injection de l’électricité à 10% de la consommation. Or, le système de mesure prévu par la loi ne permet pas de mesurer la consommation. La deuxième est qu’on veut limiter en énergie alors qu’il ne s’agit pas d’un problème d’énergie mais plutôt de puissance. Supposons que je suis un industriel et que j’ai une installation quelconque, si j’envoie en 5 minutes 10% de l’énergie que je suis autorisé à envoyer mensuellement, je grille le réseau de mon quartier. Les réseaux sont faits pour supporter de la puissance. Il était très simple de maintenir ce qui était dans la toute première mouture de la loi qui existait avant même le gouvernement actuel et de parler de puissance souscrite et non pas d’énergie. 

L.Q : Comment le Maroc peut-il réussir sa transition énergétique ?

A.B : Aujourd’hui, lors du Forum des innovations et de la transition énergétique, nous avons beaucoup entendu parler des avantages énormes des énergies renouvelables puisqu’elles sont considérées comme étant la solution pour une électricité moins chère, mais également de leur intermittence d’où la nécessité de stockage. Cependant, s’il y a unanimité sur l’importance du stockage, comment peut-on donc expliquer le retard de 9 ans pour la mise en place de la STEP de Abdelmoumen, prévue initialement pour 2014 et qui ne sera pas mise en œuvre avant 2023. Rappelons que les STEP sont des stations de transfert d’énergie par pompage, qui permettent de stocker et de restituer de l’énergie. Nous avons donc beaucoup de retard à rattraper et notre vrai ennemi n’est pas l’incompétence mais plutôt la montre et le calendrier. 

Concernant l’hydrogène vert, plusieurs institutions sont aujourd’hui prêtes à verser d’importantes sommes d’argent pour participer à cette transition mais cela ne dépend pas que de nous. Pour y parvenir, la communauté internationale tout entière devra consentir un grand effort. Par rapport à l’électrification de l’électricité, nous ne pouvons pas atteindre notre objectif sans avoir préalablement résolu tout un tas de problèmes.  

L.Q : Le Maroc ambitionne d'atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Quelles sont, selon vous, les mesures prioritaires pour atteindre cet objectif ?

A.B : Pour atteindre la neutralité carbone, il faut séparer deux parties, électrique et non électrique. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est plus simple d’atteindre la neutralité carbone sur la partie électrique que sur la non-électrique. Pour la première, on produit de l’électricité qu’on peut stocker dans des STEP ou peut-être dans l’hydrogène, et on lisse les fluctuations d’intermittence des énergies renouvelables par des techniques de stockage diverses et variées. Au niveau de la partie non électrique, il est essentiellement question de la mobilité. On imagine très bien qu’aujourd’hui, en parlant de coût d’achat de véhicules électriques, ceux à batterie ou encore ceux à pile à combustible à hydrogène, on n’y est pas encore et là c’est plus problématique qu’ailleurs. Si l’on va vers un monde plus électrique, il faut imaginer que la quantité de centrales électriques qu’il va falloir installer, va être assez considérable. Donc, si le problème technique est petit, le problème quantitatif est énorme parce qu’aujourd’hui l’électricité représente 40% de notre bilan énergétique alors que pour le non électrique, c’est près de 60% et c’est cette partie-là qu’il va falloir transformer. Ce qui n’est pas du tout simple. Ainsi, avec une telle cadence, le Maroc est très loin d’atteindre la neutralité carbone en 2050, d’autant plus qu’on va garder nos producteurs d’électricité au charbon jusqu’en 2044.

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