Avec 97 sièges, le parti de Fatima Ezzahra El Mansouri doit désormais trouver les partenaires qui lui permettront d’atteindre le seuil des 198 députés. Plusieurs combinaisons sont possibles, chacune avec son poids numérique, ses équilibres et ses contraintes politiques.
Au-lendemain de sa nomination à la tête du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri a engagé les consultations avec les différentes formations politiques en vue de bâtir la future majorité. Ces rencontres ont permis de sonder les intentions des uns et des autres et de commencer à dessiner les contours des alliances possibles.
Car si le PAM est arrivé en tête des législatives, il ne peut évidemment gouverner seul. L’enjeu est donc de construire une coalition qui ait une véritable cohérence politique.
Sur le papier, la solution la plus confortable serait aussi la plus simple : PAM, RNI et Istiqlal. Une coalition solide numériquement, composée de formations qui se connaissent, ont gouverné ensemble et disposent de cadres rompus à l’exercice du pouvoir. Bref, une mécanique presque prête à redémarrer.
Mais alors, pourquoi avoir organisé des élections ? La question est légitime, quand bien même elle peut paraître provocatrice.
Car le scrutin du 23 septembre a modifié le rapport de force. Les électeurs ont placé le PAM devant ses anciens partenaires et sanctionné le RNI, passé de première force politique en 2021 à deuxième formation six ans plus tard.
Reconstruire quasiment à l’identique la majorité sortante, en changeant simplement le nom inscrit sur la porte du chef du gouvernement, risquerait donc d’installer l’idée que le verdict des urnes a rebattu les cartes sans pour autant imprimer un véritable changement de cap. Politiquement, ce serait délicat.
Fatima Ezzahra El Mansouri doit ainsi arbitrer entre deux impératifs contradictoires : la stabilité et le renouvellement.
La stabilité plaide pour une coalition resserrée et suffisamment homogène pour gouverner sans passer son temps à compter ses députés. Le renouvellement exige, lui, que la victoire du PAM produise quelque chose de perceptible, à savoir une méthode, des priorités, des hommes et des femmes nouveaux, mais surtout une inflexion politique identifiable.
C’est tout le paradoxe de la situation. Plus la coalition sera large, plus elle sera confortable au Parlement. Mais plus elle sera large, plus elle risque de diluer l’identité du gouvernement.
Et la politique marocaine connaît bien cette maladie : les gouvernements où presque tout le monde gouverne finissent parfois par produire une opposition introuvable et une responsabilité politique difficile à attribuer.
Lorsque les choses vont bien, chacun revendique le résultat. Lorsqu’elles vont mal, les responsabilités deviennent soudain collectives, donc introuvables. Le choix des alliés dira donc beaucoup du gouvernement qui se prépare.
L’Istiqlal paraît difficile à contourner. Son poids électoral, son implantation territoriale et son expérience gouvernementale en font un partenaire naturel. Le RNI demeure également une force parlementaire importante. Mais son intégration dans la future majorité poserait nécessairement la question de la continuité avec le gouvernement précédent.
A l’inverse, chercher une configuration plus originale pourrait donner davantage de personnalité au nouvel exécutif, mais au prix de négociations plus complexes et probablement d’une cohésion plus fragile.
Plus qu’une coalition électorale
Il faut rappeler, tant s’en faut, que le Maroc n’a pas besoin d’une coalition uniquement capable de franchir le seuil des 198 députés, mais d’un gouvernement capable d’affronter une accumulation de dossiers.
Pouvoir d’achat, emploi, réforme des retraites, santé, éducation, protection sociale, stress hydrique, finances publiques, compétitivité des entreprises ou encore préparation de 2030, la liste d’attente est déjà longue.
Et certains dossiers sont politiquement inflammables.
La réforme des retraites en est l’exemple parfait. Repoussée, discutée, rediscutée et finalement transmise au gouvernement suivant comme on laisse discrètement un colis encombrant dans le bureau de son successeur, elle attend désormais la nouvelle équipe.
La future majorité devra donc être davantage qu’une coalition électorale. Et c’est là que Fatima Ezzahra El Mansouri joue une partie beaucoup plus importante que la distribution des ministères.
Elle doit éviter deux pièges.
Le premier serait celui du gouvernement pléthorique construit pour satisfaire tout le monde. Quelques ministères par-ci, quelques secrétariats d’Etat par-là, une présidence de commission pour calmer les derniers mécontents, et chacun repart avec son morceau du gâteau institutionnel. La recette est ancienne et rassasie les partis beaucoup plus que les électeurs.
Le second serait celui d’une coalition sans contrat politique suffisamment précis. Additionner PAM, RNI et Istiqlal ou n’importe quelle autre combinaison est facile sur une calculatrice. Faire travailler ensemble des formations ayant des intérêts, des ambitions et parfois des visions différentes pendant cinq ans est une tout autre affaire.
Les consultations en cours ne devraient donc pas seulement répondre à la question «qui entre au gouvernement ?», mais surtout répondre à trois autres : sur quel programme, avec quelles priorités et avec quels engagements ?
Car la victoire électorale offre un avantage considérable à Fatima Ezzahra El Mansouri, d’autant qu’elle dispose, au début de cette législature, d’un capital politique neuf.
Mais ce capital se déprécie vite. Dans quelques mois, personne ne comptera plus les sièges remportés en septembre. On comptera les emplois créés, les réformes engagées, les investissements réalisés, les prix supportés par les ménages et les promesses effectivement tenues.
La bataille des alliances est donc importante. Mais elle n’est que la première étape, car Fatima Ezzahra El Mansouri doit réussir une équation autrement plus complexe que celle des 198 sièges : transformer une victoire électorale en dynamique politique et imposer un cap suffisamment clair pour mettre en œuvre les réformes difficiles.
Quelques alliances possibles
* PAM (97) + RNI (66 ) + Istiqlal (65) : 228 sièges
C'est la reconduction arithmétique de la coalition sortante, mais avec le PAM aux commandes.
Marge au-dessus de la majorité : +30 sièges.
C'est une majorité confortable : 57,7% de la Chambre. Elle permettrait surtout à El Mansouri de gouverner avec seulement trois partis. Le RNI a officiellement indiqué qu'il était disposé à participer au prochain gouvernement, tandis que l'Istiqlal a mandaté Nizar Baraka pour négocier.
* PAM (97) + Istiqlal (65) + USFP (26) + PPS (19) : 207 sièges
C'est la configuration de la «Koutla autour du PAM», évoquée ces derniers jours dans les négociations.
Marge : +9 sièges seulement. Elle représenterait 52,4% des députés.
* PAM (97) + Istiqlal (65) + MP (29 ) + UC (17) + MDS (8) : 216 sièges
Marge : +18 sièges, soit 54,7% de la Chambre.
Cette solution permettrait au PAM de se passer à la fois du RNI, de l'USFP et du PPS, mais elle imposerait une coalition à cinq composantes.
* PAM (97) + Istiqlal (65) + MP (29 ) + USFP (26) : 217 sièges
Marge : +19 sièges.
Cette combinaison est arithmétiquement solide avec quatre partis seulement.
* PAM (97) + Istiqlal (65) + MP (29 ) + PPS (19) : 210 sièges
Marge : +12 sièges.
Autre variante possible autour du tandem PAM-Istiqlal, qui apparaît comme la charnière de nombreuses combinaisons.
Avec leurs 162 sièges cumulés, ces deux partis n'ont besoin que de 36 députés supplémentaires pour atteindre 198.
C'est précisément ce qui donne à l'Istiqlal un poids considérable dans les négociations.
* PAM (97) + RNI (66 ) + USFP (26) + PPS (19) : 208 sièges
Marge : +10 sièges.
C'est mathématiquement viable et cela permettrait au PAM de gouverner sans l'Istiqlal.
Mais la coalition nécessiterait quatre formations et associerait le RNI aux deux partis de gauche que sont l'USFP et le PPS.
Elle montre surtout quelque chose d'intéressant : l'Istiqlal est puissant dans la négociation, mais il n'est pas mathématiquement indispensable.
D. William