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Gouvernement El Mansouri : Les promus, les rescapés, les revenants et les grands débarqués

Gouvernement El Mansouri : Les promus, les rescapés, les revenants et les grands débarqués

Fouzi Lekjaa monte en puissance, Nabil Benabdallah signe son retour, Ahmed Rahhou hérite d'un ministère stratégique, tandis que Nadia Fettah, Amine Tehraoui, Mohamed Saâd Berrada et plusieurs autres figures du gouvernement Akhannouch quittent l'exécutif. 

En politique, les gouvernements passent, les ministres trépassent politiquement, certains ressuscitent et quelques privilégiés semblent disposer d'un abonnement longue durée aux affaires publiques. La formation du gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri, officiellement nommé ce vendredi 16 octobre 2026 par le Roi Mohammed VI, ne déroge pas à cette règle.

Et s'il fallait désigner le principal bénéficiaire de ce nouvel organigramme, Fouzi Lekjaa figurerait incontestablement en tête de liste. Hier ministre délégué chargé du Budget auprès de Nadia Fettah, il prend désormais les commandes du ministère de l'Économie, des Finances et de la Performance publique.C'est un changement de dimension.

L'homme qui maîtrisait les arbitrages budgétaires devient responsable de l'ensemble de la politique économique et financière de l'exécutif. En ajoutant la performance publique à son périmètre, le gouvernement lui confie également une mission qui dépasse la gestion des comptes : s'assurer que l'argent public produit des résultats.

Sa prédécesseure, Nadia Fettah, quitte quant à elle le gouvernement. Une sortie politiquement significative pour celle qui incarnait la politique financière de l'ère Akhannouch.

Mais cette promotion de Lekjaa pose aussi une question de fond : saura-t-il passer du rôle de gestionnaire rigoureux des équilibres budgétaires à celui de stratège d'une économie confrontée aux exigences de croissance, d'emploi et de justice sociale ?

Car équilibrer les comptes de l'Etat est une chose. Améliorer ceux des ménages en est une autre.

 

Nabil Benabdallah, le retour d'un vieux routier

Autre mouvement hautement symbolique : le retour de Nabil Benabdallah aux affaires gouvernementales.

L'ancien ministre de l'Habitat et secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) hérite d'un département particulièrement exposé : l'Education nationale, le Préscolaire, la Formation professionnelle et la Qualification.

Il succède, pour l'essentiel du périmètre éducatif, à Mohamed Saâd Berrada, nommé en octobre 2024 et qui quitte le gouvernement.

Le contraste est intéressant. Là où Akhannouch avait fait le choix d'un profil issu du monde de l'entreprise pour piloter l'école, El Mansouri privilégie un responsable politique expérimenté, rompu aux négociations et aux rapports de force.

Encore faudra-t-il que Nabil Benabdallah parvienne à obtenir des résultats là où tant de ministres, de majorités et de stratégies se sont succédé.

Il bénéficiera pour cela de deux ministres délégués : Kamal Hachoumi, chargé du Préscolaire et de la Lutte contre la déperdition scolaire, et Madiha Khayr, chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification.

Une organisation qui peut favoriser la spécialisation, mais qui devra éviter la dilution des responsabilités.

Ahmed Rahhou : du contrôle à l'action

La nomination d'Ahmed Rahhou au ministère de l'Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l'Administration constitue un autre signal fort.

Le président du Conseil de la concurrence passe d'une institution chargée de veiller au fonctionnement concurrentiel des marchés à un poste exécutif où il devra conduire des transformations concrètes.

Il succède à une organisation dans laquelle Amal El Fallah Seghrouchni pilotait la Transition numérique et la Réforme de l'Administration.

Le changement n'est pas seulement personnel. Il est conceptuel.

L'intelligence artificielle fait désormais son apparition explicite dans l'intitulé d'un ministère. Une évolution qui traduit l'importance accordée à cette technologie dans la modernisation économique et administrative.

Mais attention aux effets d'annonce. Un ministère de l'Intelligence artificielle ne rendra pas automatiquement l'administration plus intelligente.

Pour Ahmed Rahhou, le défi sera de transformer les intentions technologiques en gains mesurables pour les entreprises et les citoyens.

Et la présence d'Aïcha Guellaa comme ministre déléguée chargée de la Réforme de l'Administration devra permettre de traduire cette ambition dans le fonctionnement quotidien des services publics.

 

Les anciens qui restent et ceux qui élargissent leur territoire

Tous les ministres du gouvernement Akhannouch n'ont pas été emportés par le changement de majorité.

Abdelouafi Laftit conserve l'Intérieur, Nasser Bourita les Affaires étrangères, Abdellatif Ouahbi la Justice et Ahmed Toufiq les Habous et Affaires islamiques.

Une continuité qui témoigne de la stabilité recherchée dans plusieurs domaines de l'action de l'Etat.

D'autres conservent leur rang tout en voyant leurs attributions évoluer.

Nizar Baraka, jusqu'ici ministre de l'Equipement et de l'Eau, récupère également les Forêts. Ryad Mezzour, précédemment chargé de l'Industrie et du Commerce, voit son portefeuille s'étendre à l'Investissement et à l'Inclusion économique.

Ces élargissements ne sont pas anodins.

Pour Nizar Baraka, l'intégration des Forêts peut favoriser une approche plus cohérente de la gestion des ressources naturelles, dans un pays confronté au stress hydrique.

Pour Ryad Mezzour, le rapprochement entre industrie, commerce, investissement et inclusion économique offre une occasion de mieux articuler politique industrielle, attractivité économique et création d'emplois.

Encore faudra-t-il éviter que ces super-ministères deviennent des administrations tentaculaires où la multiplication des missions finit par ralentir les décisions.

Mohamed Mehdi Bensaid conserve, lui aussi, un portefeuille ministériel, mais son département est réorganisé autour de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, tandis que la Communication ne figure plus dans son intitulé. Il sera épaulé par Salah-Eddine Abkari, chargé spécifiquement de la Jeunesse.

Azzeddine El Midaoui reste à l'Enseignement supérieur, Abdessamad Kayouh au Transport et à la Logistique, tandis qu'Abdeltif Loudyi conserve l'Administration de la Défense nationale.

Autant de reconductions qui montrent que le gouvernement El Mansouri n'entend pas effacer systématiquement l'héritage de son prédécesseur.

 

Les grands débarqués : la fin d'une époque

La nouvelle équipe se distingue également par l'absence de plusieurs figures de l'ère Akhannouch.

Outre Nadia Fettah, Mohamed Saâd Berrada et Amine Tehraoui, remplacé à la Santé par Youns Bjijou, Ahmed Bouari cède l'Agriculture à Khalid Hatimy. 

Younes Sekkouri, qui pilotait l'Inclusion économique, la Petite entreprise, l'Emploi et les Compétences, quitte également le gouvernement. 

L'Emploi revient désormais à Abderrahim Chahid, avec un département consacré aussi au Dialogue social.

Même sort pour Leila Benali, remplacée dans le champ énergétique par Charafat Afailal, qui effectue ainsi son retour au gouvernement après avoir notamment exercé les fonctions de secrétaire d'Etat chargée de l'Eau.

Au Tourisme, Fatim-Zahra Ammor laisse la place à Jalal Charaf. A la Solidarité et à la Famille, Naima Ben Yahia cède le relais à Najwa Koukouss, tandis que Rachid Hamouni hérite de l'Inclusion sociale.

Le départ de Mustapha Baitas mérite également d'être souligné. Porte-parole du gouvernement Akhannouch et ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, il disparaît de la nouvelle équipe. 

Ses anciennes attributions sont réparties entre Samir Belfkih, nouveau porte-parole du gouvernement et ministre de l'Aménagement du territoire, et Kouloub Faitah, chargée des Relations avec le Parlement et la Société civile.

Karim Zidane, qui avait la responsabilité de l'Investissement, de la Convergence et de l'Évaluation des politiques publiques, ne figure plus non plus dans l'exécutif. L'investissement rejoint désormais le département de Ryad Mezzour.

Enfin, Mohamed Hajoui cède le Secrétariat général du gouvernement à Hassan Tariq.

Ces départs ne constituent pas nécessairement des sanctions individuelles. Ils traduisent aussi le changement de majorité et la volonté de la nouvelle Cheffe du gouvernement de constituer sa propre équipe.

Mais politiquement, ils referment un chapitre. Celui d'un gouvernement Akhannouch dont plusieurs ministres emblématiques disparaissent simultanément de la scène exécutive.

 

Les secrétaires d'Etat qui prennent du galon

La nouvelle architecture offre également des promotions moins spectaculaires que celle de Fouzi Lekjaa, mais tout aussi révélatrices.

Omar Hejira, auparavant secrétaire d'Etat chargé du Commerce extérieur, devient ministre délégué chargé du même domaine auprès de Ryad Mezzour.

Abdeljabbar Errachidi, précédemment secrétaire d'Etat chargé de l'Insertion sociale, accède lui aussi au rang de ministre délégué. Il change toutefois de domaine puisqu'il prend en charge l'Artisanat et l'Economie solidaire auprès de Jalal Charaf.

Ces promotions s'accompagnent de départs : Zakia Driouich ne conserve pas la Pêche maritime, confiée à Ahmed Mehdi Mezouari. 

Adib Benbrahim quitte l'Habitat, désormais confié, au niveau délégué, à Fatima Saadi. 

Hicham Sabiry disparaît de l'équipe chargée de l'Emploi, tandis que Lahcen Essaadi n'est pas reconduit à l'Artisanat et à l'Economie sociale et solidaire.

La promotion d'Omar Hejira et d'Abdeljabbar Errachidi illustre une certaine continuité des compétences, même si les périmètres évoluent.

Elle montre aussi que la recomposition gouvernementale ne se résume pas à une opposition entre anciens et nouveaux. Certains responsables poursuivent leur carrière ministérielle en changeant de statut, d'autres de mission, tandis que plusieurs nouveaux entrants devront encore faire leurs preuves.

Au-delà des parcours individuels, une différence apparaît entre les deux gouvernements.

Aziz Akhannouch avait largement privilégié, dans plusieurs départements, des profils issus de l'entreprise, de l'administration ou de la technocratie. 

Fatima Ezzahra El Mansouri semble rechercher un équilibre différent, en réintroduisant des personnalités politiques expérimentées, à l'image de Nabil Benabdallah, tout en conservant des profils techniques comme Fouzi Lekjaa ou Ahmed Rahhou.

L'arrivée de Hassan Tariq, Abderrahim Chahid, Rachid Hamouni et Najwa Koukouss participe également de cette nouvelle coloration politique.

Ce choix peut présenter des avantages. Un ministre n'est pas seulement un gestionnaire de dossiers. Il doit convaincre, négocier, arbitrer, défendre des orientations et rendre des comptes.

Mais l'expérience politique ne garantit pas davantage la compétence opérationnelle que l'expertise technique ne garantit le sens de l'intérêt général.

Le gouvernement Akhannouch en a fait l'expérience : les profils de gestionnaires n'ont pas suffi à désamorcer toutes les tensions sociales ni à répondre pleinement aux attentes en matière de pouvoir d'achat, d'emploi, de santé ou d'éducation.

Le gouvernement El Mansouri devra donc démontrer que son nouvel équilibre entre politique et technocratie produit autre chose qu'une redistribution des postes.

D'autant que la multiplication des ministres délégués peut soulever des interrogations. 

L'Education nationale dispose désormais de deux ministres délégués. La transformation numérique et la réforme administrative sont réparties entre Ahmed Rahhou et Aïcha Guellaa. 

Le Tourisme et l'Artisanat relèvent de deux responsables, tout comme la Famille et l'Inclusion sociale.

Cette spécialisation peut renforcer le suivi des politiques publiques. Mais elle peut aussi compliquer la coordination et brouiller les responsabilités.

Un gouvernement ne devient pas nécessairement plus performant parce qu'il compte davantage de responsables chargés de faire fonctionner la même machine.

 

El Mansouri face à l'héritage Akhannouch 

La nouvelle Cheffe du gouvernement hérite d'une situation paradoxale.

D'un côté, le gouvernement Akhannouch laisse derrière lui des chantiers structurants : généralisation de la protection sociale, réforme de la santé, transformation du système éducatif, développement des infrastructures, soutien à l'investissement et consolidation de plusieurs dispositifs d'aide sociale.

De l'autre, il laisse des attentes considérables, notamment sur le pouvoir d'achat, le chômage, la qualité des services publics et les inégalités territoriales.

La difficulté pour Fatima Ezzahra El Mansouri sera de poursuivre les réformes sans apparaître comme la simple gestionnaire d'un héritage qu'elle prétend dépasser.

Sa promotion personnelle est d'ailleurs révélatrice de cette ambiguïté. Ministre de l'Aménagement du territoire, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la ville sous Akhannouch, elle prend aujourd'hui la direction d'un gouvernement dont elle a elle-même contribué au bilan.

Elle ne peut donc revendiquer une rupture totale avec l'ancien exécutif. Mais elle peut défendre une nouvelle méthode, une hiérarchisation différente des priorités et une autre manière de conduire l'action publique.

C'est précisément sur ce terrain qu'elle sera attendue.

Car si Fouzi Lekjaa devra démontrer qu'il sait transformer la discipline budgétaire en efficacité économique, Nabil Benabdallah devra prouver que l'expérience politique peut produire de meilleurs résultats scolaires. 

Ahmed Rahhou devra faire de l'intelligence artificielle autre chose qu'un slogan ministériel. Youns Bjijou sera jugé sur l'accès effectif aux soins. 

Abderrahim Chahid sur sa capacité à répondre aux attentes du monde du travail. Et Ryad Mezzour sur la traduction de l'investissement industriel en emplois durables.

Quant à Fatima Ezzahra El Mansouri, elle sera comptable de l'ensemble. En sachant que si les ministres ont changé de fauteuil, les citoyens, eux, n'ont pas changé de préoccupations.

F. Ouriaghli

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