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Sahara marocain : L’usure du statu quo

Sahara marocain : L’usure du statu quo

Certaines causes diplomatiques s’enlisent pendant des décennies dans les méandres des procédures internationales. D’autres finissent par créer une dynamique si forte qu’elles obligent les institutions elles-mêmes à revoir leurs grilles de lecture. Le dossier du Sahara marocain semble aujourd’hui relever de cette seconde réalité. 

Le séminaire régional du Comité des 24 (C24) de l’ONU, tenu à Managua, au Nicaragua, aura offert une nouvelle illustration de cette réalité. D’un côté, une dynamique politique et diplomatique qui s’accélère autour du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. De l’autre, des mécanismes hérités d’une époque révolue qui peinent à intégrer les transformations profondes du dossier. 
La présence à Managua d’une forte délégation marocaine conduite par Omar Hilale, l'ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies, n’avait rien d’une simple participation protocolaire. Elle s’inscrivait dans une stratégie plus large visant à rappeler une évidence que Rabat considère désormais comme incontournable : le Sahara n’est plus un dossier figé, mais une question politique en voie de règlement dans le cadre défini par le Conseil de sécurité.

A cet égard, le principal marqueur de cette nouvelle étape diplomatique reste incontestablement la résolution 2797 du Conseil de sécurité.
Huit mois après son adoption, celle-ci continue de produire ses effets politiques. Pour Rabat, elle constitue un tournant majeur parce qu’elle recentre le processus sur une logique de négociation pragmatique impliquant les quatre parties concernées : le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Polisario. Plus encore, elle consolide le plan d’autonomie comme cadre de référence du processus politique.

C’est précisément sur ce point que Omar Hilale a développé une argumentation particulièrement offensive à Managua. Selon lui, le maintien de la question du Sahara marocain à l’ordre du jour du C24 est devenu «anachronique». Le terme n’a pas été choisi au hasard.
Dans l’esprit de la diplomatie marocaine, le dossier a quitté depuis longtemps le terrain de la «décolonisation» pour entrer dans celui du règlement politique d’un différend régional. Le Conseil de sécurité, organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales, en a désormais la maîtrise exclusive.

L’ambassadeur marocain est allé plus loin en estimant que la présence continue du dossier au sein du C24 est en contradiction avec l’article 12 de la Charte des Nations Unies, qui consacre la primauté du Conseil de sécurité sur les organes subsidiaires de l’Assemblée générale lorsqu’il est saisi d’une question donnée. 
Derrière ce débat juridique se cache en réalité une bataille beaucoup plus importante : celle de la qualification même du conflit.


Du débat idéologique à la logique du règlement politique

Pendant des décennies, les adversaires du Maroc ont cherché à présenter le Sahara sous l’angle exclusif de la décolonisation. Rabat, au contraire, défend l’idée qu’il s’agit d’un différend régional nécessitant une solution politique négociée.
Or, à mesure que les soutiens internationaux au plan d’autonomie se multiplient, cette seconde lecture gagne du terrain.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 130 États membres des Nations Unies soutiennent désormais explicitement l’initiative marocaine d’autonomie. Parmi eux, figurent plusieurs puissances influentes ainsi que des membres permanents du Conseil de sécurité. A cela s’ajoute la série de retraits de reconnaissance de la prétendue RASD observée au cours des dernières années. 

Cette évolution explique sans doute le ton adopté par Omar Hilale à Managua lorsqu’il a affirmé que «l’heure n’est plus aux tergiversations, ni aux discours idéologiques obsolètes». Le message vise clairement ceux qui continuent à défendre des approches que Rabat considère comme dépassées par les réalités géopolitiques actuelles. 
Car pendant que les débats diplomatiques se poursuivent, sur le terrain, ça évolue. 

En effet, le Maroc a profité du séminaire pour mettre en avant les transformations enregistrées dans les provinces du Sud grâce au Nouveau modèle de développement lancé par le Roi Mohammed VI en 2015.
Doté de plus de 10 milliards de dollars, ce programme a profondément modifié le paysage économique et social de la région. Infrastructures modernes, ports, routes, énergies renouvelables, dessalement de l’eau de mer ou encore économie bleue sont autant de réalisations qui, aujourd’hui, montrent la capacité du Royaume à améliorer concrètement les conditions de vie des populations.
C’est probablement là que réside l’une des forces majeures de la stratégie marocaine. Rabat ne se limite plus à défendre une position diplomatique. Il cherche à démontrer, chiffres et projets à l’appui, qu’il dispose d’une vision de développement pour le territoire concerné.

Face à cette dynamique, l’Algérie et le Polisario se retrouvent confrontés à un défi de plus en plus complexe. Plus le temps passe, plus il devient difficile de justifier le maintien du statu quo. Plus les soutiens internationaux au plan d’autonomie augmentent, plus l’espace diplomatique se rétrécit.
C’est pourquoi Omar Hilale a évoqué un «choix historique» qui se présente désormais aux autres parties : saisir l’opportunité d’un règlement ou persister dans une logique d’enlisement qui prolonge les souffrances dans les camps de Tindouf et entretient l’instabilité régionale. 

Pour autant, le Maroc continue d’afficher officiellement une posture d’ouverture. Dans son intervention, Hilale a rappelé les paroles du Roi Mohammed VI prononcées après l’adoption de la résolution 2797 : «le Maroc demeure attaché à la nécessité de parvenir à une solution qui sauve la face de toutes les parties, sans vainqueur, ni vaincu». Une phrase qui mérite attention, car elle traduit une approche qui privilégie la recherche d’une sortie durable de crise. Pour, enfin, mettre un point final à ce dossier. 

F. Ouriaghli

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