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Visite de Sanchez au Maroc ou la victoire du réalisme

Visite de Sanchez au Maroc ou la victoire du réalisme

Le jeudi 7 avril, soit 3 semaines environ après le soutien franc et sans ambigüité affiché par Madrid à l’initiative marocaine d’autonomie pour le Sahara, le président du gouvernement espagnol s’est rendu à Rabat. Le but de la visite est de parachever le réchauffement diplomatique entre nos deux pays, en tournant définitivement la parenthèse des récentes tensions, mais également en consolidant nos relations commerciales et économiques.

Voilà de quoi fonder un nouveau partenariat sur des bases plus solides et plus réalistes.

Mais, tout d’abord, un petit rappel de certains fondamentaux.

L’Espagne est, depuis qu’elle a détrôné la France en 2012, le premier partenaire économique du Maroc. Dans le sens inverse, le Maroc est le 3ème partenaire hors Union européenne de l’Espagne. Ce qui n’est pas rien, puisque nous ne sommes devancés que par les Etats-Unis et la Chine, soit les deux premiers PIB mondiaux.

Mais le plus intéressant réside ailleurs. A savoir dans la transformation profonde de la structure des échanges entre nos deux pays. Puisque pendant des décennies, nos exportations vers Madrid étaient dominées par des produits agro-alimentaires souvent très peu transformés (légumes, fruits, poissons,..). 
Cependant, durant la dernière décennie, nos exportations ont graduellement monté en gamme, avec un poids de plus en plus important de produits agroalimentaires transformés, mais également de produits à forte intensité technologique comme les voitures. 

Le plan d’accélération industrielle mis en place par le Maroc en 2014 commence à porter ses fruits.

Cela se reflète tout naturellement sur les termes de l’échange, qui deviennent année après année de moins en moins défavorables au Maroc. Certes, la balance commerciale demeure déficitaire pour le Maroc, mais ce déficit  en % du PIB ne cesse de diminuer depuis 2012. En témoigne l’évolution du taux de couverture de nos importations par nos exportations vers l’Espagne, qui n’a pas cessé de croitre depuis 10 ans. 

Pour rappel, ce taux était de 47,8% en 2012. En 2020, il fut de 62%. A ce rythme, et si cette tendance s’inscrit dans la durée, il n’est pas exclu que ce déficit puisse à terme être résorbé. Voire même se transformer en excédent, si l’industrie automobile espagnole venait à s’installer au Maroc à l’instar des constructeurs français.

Autre sujet fondamental entre Rabat et Madrid, mais qui n’a cependant pas encore été officiellement évoqué : la question du gaz naturel. Car, depuis le non-renouvellement décidé unilatéralement par Alger du contrat d’exploitation du gazoduc «Maghreb-Europe», l’Espagne, qui importe 23% de son gaz d’Algérie, se retrouve dans une situation de vulnérabilité concernant sa sécurité énergétique. 

Car désormais, un quart de ses importations en gaz ne dépend plus que d’un seul gazoduc, le «Medgaz», qui relie l’Algérie à la ville espagnole d’Almeria en traversant la Méditerranée, et qui rend impossible toute possibilité d’augmentation significative des quantités de gaz livrées. Cela, dans un contexte où l’Europe cherche activement à trouver des alternatives au gaz russe, sur fond d’une crise géopolitique sans précédent depuis la fin de la guerre froide. Alger a même menacé de revoir ses tarifs à la hausse vis-à-vis de l’Espagne en guise de rétorsion contre Madrid, suite au soutien espagnol concernant l’initiative marocaine d’autonomie de notre Sahara. 

Loin de provoquer un rétropédalage de Madrid, ces menaces algériennes ne font au contraire que renforcer la conviction que le Maroc demeure le seul partenaire fiable pour Madrid dans la région. Car l’Espagne mène activement depuis quelques années une politique de diversification de ses approvisionnements en gaz naturel. 

Désormais, 33% du gaz naturel importé par l’Espagne proviennent des Etats-Unis sous une forme liquéfiée. Remplacer Alger par d’autres fournisseurs ne représente donc pas un obstacle insurmontable sur le moyen-terme.

De même, l’énorme projet de gazoduc qui doit, dans les années à venir, relier le Nigéria au Maroc, doit forcément fortement intéresser Madrid. Dans cette perspective, le Maroc deviendra un hub énergétique incontournable pour le Sud de l’Europe, et davantage pour la péninsule ibérique.

Là encore, le réalisme du Maroc autant que celui de Madrid depuis quelques semaines marque des points, là où l’Algérie poursuit son enclavement diplomatique en se tirant une nouvelle balle dans le pied.

 

Rachid Achachi - DG - ARKHE Consulting

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