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Assurances : Le portefeuille actions se porte bien malgré la baisse du marché

Assurances : Le portefeuille actions se porte bien malgré la baisse du marché

Vendredi 01 Mars 2013 Par Laquotidienne

 

Les placements en actions des sociétés d’assurance sont certes relativement faibles par rapport aux placements dans d’autres classes d’actifs, mais la baisse de plus de 30% de la Bourse en deux ans pourrait avoir des répercussions. Pour l’heure, cela n’impacte que les plus values latentes… L’état des lieux dressé  par des professionnels. 

2012 a été pour la Bourse de Casablanca la continuité de la baisse amorcée depuis 2011 où le MASI a marqué un retrait de près de 14%. Par conséquent, la Bourse a perdu en 2 ans 30% de sa capitalisation. Depuis 2008, c’est presque 40% de la valeur qui sont partis en fumée. Si toute sortes d’investisseurs ont été impactés par cette dépréciation, il faut dire que par la réglementation et l’horizon de placement basé sur des stratégies de très long terme, les assureurs n’ont que très peu souffert. 

Le rôle des assurances pour le bon fonctionnement des marchés financiers, et par ricochet pour le financement l’économie à travers l'épargne institutionnelle, est indéniable. Le risque qu'elles peuvent encourir est de se retrouver piégées par des retournements de marché. Par ailleurs, la réglementation évolue continuellement: l’évaluation des actifs ainsi que des passifs se fait de plus en plus en valeur de marché, ce qui augmente la volatilité des résultats et des fonds propres. D’où l’importance de consolider constamment les capitaux propres.  Toutes les sortes de primes que vous payez à votre assureur sont placées ou prêtées. Ces placements respectent des ratios prudentiels stricts afin de garantir la solvabilité du secteur. C’est pour cela que la classe actions, qui est le compartiment le plus risqué des marchés financiers, est sous-pondérée dans les portefeuilles des assurances. Selon Othman Elalamy, directeur adjoint de la Direction des Assurances et de la Prévoyance Sociale, qui est chargée de la régulation du secteur, il n’est pas encore temps de tirer la sonnette d’alarme. El Alamy nous assure que «la chute de la Bourse de Casablanca n’a pas eu beaucoup d’impact sur l’activité financière des entreprises d’assurances ni sur leur situation de solvabilité. En effet, l’évolution des profits sur réalisation des placements et des plus values latentes des opérateurs sur 4 ans reste globalement stable». On note en effet que les plus values latentes du secteur sont passées de 22,8 Mds de dirhams en 2008 à 19,16 Mds de Dirhams en 2011. Soit une baisse de 16% en 4 ans. Etrangement, les plus values latentes ont atteint leur pic en 2010 à 28,125 Mds de dirhams alors que la Bourse a atteint son pic en 2008. Quant aux gains réalisés, ils sont restés relativement stables autour de 3,2 Mds de dirhams par an depuis 2008. 

Micheal Hascoët, PDG d’AXA assurance Maroc dresse le même bilan : «le portefeuille actions cotées pour une société comme AXA Assurance Maroc représente désormais moins de 20% du total de l’actif géré, la majorité du portefeuille étant investi sur des actifs obligataires».

Outre le faible poids de la classe actions dans le portefeuille des assurances, il faut rappeler que ces investisseurs ont des horizons de placements très longs, ce qui leur permet de résister aux mouvements baissiers qu’on a pu observer ces dernières années. Le PDG d’AXA Assurance déclare à ce sujet que «pour les compagnies d’assurance, notamment AXA Assurance Maroc, la situation affecte naturellement les actifs gérés et peut conduire à certaines dépréciations. Toutefois, cela reste dans des proportions tout à fait gérables.  D’abord, parce que l’impact sur des provisions éventuelles dépend des niveaux d’acquisition historiques des titres et, de ce point de vue les sociétés d’assurance, investisseurs de long terme, ont souvent en portefeuille des lignes détenues depuis longtemps et encore en plus-values». 

Selon Elalamy, ce faible impact sur les portefeuilles peut s’expliquer par deux raisons : «D’abord, le portefeuille des entreprises d’assurances est diversifié avec au moins 30% des obligations d’Etat ou garanties par l’Etat et des OPCVM obligataires, des OPCVM actions ou diversifiés et des actions directes. Ensuite, la majorité des titres a une ancienneté importante et donc une valeur d’entrée inférieure à la valeur marché d’aujourd’hui. La baisse des valeurs d’actions n’absorbe pas le matelas de plus values latentes à valeur aujourd’hui».  Les investisseurs particuliers qui se demandent pourquoi les institutionnels ne stoppent pas l’hémorragie en se positionnant à l’achat trouveront ici une réponse : parce que la situation est loin d’être alarmante pour les institutionnels. Il semblerait également que pendant cette période de dégringolade généralisée, les sociétés d’assurance ont adopté des profils défensifs. Ils ont privilégié le rendement aux plus values. Au sein d’AXA Assurance, on nous signale que «les principaux axes stratégiques de notre gestion en 2012 ont été  défensifs sur les actions et de profiter de la hausse enregistrée sur le marché des taux. L’objectif était de favoriser davantage le portefeuille obligataire du moment où les niveaux de réinvestissements sont plus intéressants et à risque maîtrisé. Nous sommes également soucieux de maîtriser au maximum l’écart de duration entre actif et passif et, en cela, avons également privilégié sur notre portefeuille Vie des investissements obligataires sur du moyen / long terme offrant un rendement intéressant». 

Le nombre d’investisseurs institutionnels étant très faible au Maroc et ayant quasiment tous la même appréciation des rendements prévisionnels sur les différentes classes d’actif, a conduit à un délestage généralisé du marché actions au profit des produits obligataires et monétaires. La disparition du cash des institutionnels du marché actions est l’une des principales raisons d’absence de liquidité observée actuellement à la BVC. 

 

Solvabilité 2 mettra le risque marché au cœur du débat

La réglementation des assurances en matière de placement a évolué, suite aux conséquences des crises survenues récemment, rendant nécessaire une réglementation prudentielle. Les professionnels s’accordent à dire que le contrôle devient avant tout préventif. Dans ce cadre, la norme Solvabilité 2 changera en profondeur la stratégie d’investissement des sociétés d’assurances. Les contraintes et règles de limitation par nature de placement ne sont plus prévues. En revanche, selon Elalamy «cette approche par les risques responsabilise les assureurs, en plaçant le pilotage du risque au cœur de la gouvernance de leurs sociétés. Cette évolution de la règlementation a pour principal objectif d’assurer une meilleure protection de l’assuré en obligeant l’assureur à quantifier plus justement ses risques». Avec cette approche, le besoin en fonds propres réglementaires devient calibré en fonction du risque de chaque société d’assurances. Par exemple, un assureur dont la marge de solvabilité est faible sera amené à diminuer ses placements risqués particulièrement chargés en capital et ou de rehausser ses fonds propres. «En fin de compte dans l’approche retenue par Solvabilité 2, la sécurité des placements sera assurée par une exigence en fonds propres plus élevée» assure-t-on auprès de la DAPS.  Le Top management d’AXA assurance Maroc nous donne plus d’explications sur les apports de Solvabilité 2 «Le principe de Solvency 2 est le développement d'une approche économique aussi bien de l’actif que des passifs.  La première contrainte est d’ordre actuariel car une approche économique de la Solvabilité requiert que l’on définisse une modélisation – standard ou propre à chaque entreprise - et que cette modélisation permette un bon calibrage des risques financiers, techniques et opérationnels et des besoins en capital en résultant. Ce calibrage doit être adapté à la réalité du marché de l’assurance considérée.  Pour Solvency 2, depuis 8 ans, des échanges et des tests d’impacts ont été réalisés entre les régulateurs européens et les sociétés d’assurance pour progressivement affiner ces modèles et calibrages». Le PDG d'AXA Assurance ajoute que «Les autres piliers de  Solvency 2 sont de renforcer la gouvernance des risques au sein des entreprises et le niveau de Reporting auprès du régulateur et du marché».

Cependant, l’adoption de Solvabilité 2 ne créera pas de rupture majeure avec la réglementation actuelle car les assurances marocaines respectent déjà des règles prudentielles très précises sur les placements afin notamment de fixer des limites sur les investissements risqués et de favoriser les règles de dispersion des risques entre types d’actifs et par titres. A ce sujet, le management d’AXA Assurance déclare que «Le Groupe AXA est engagé dans Solvency 2 depuis de nombreuses années et a, ainsi, déjà mis en place à la fois des modèles économiques internes, des principes de gouvernance des risques renforcés et des lignes de reporting plus poussées, notamment sur les risques financiers». 

A côté des marchés financiers, les assurances investissent également dans le non coté. Dans le jargon du secteur, cela s’appelle le placement libre. Aucune contrainte réglementaire ne vient s’ajouter aux contraintes classiques dans ce cas, sauf lorsqu’il s’agit de placements effectués à l’Etranger où l’accord préalable de la tutelle est exigé. Mais une fois que les conditions prévues par le législateur pour sauvegarder les intérêts des assurés sont remplies (respecter la limite de 5% de l’actif total, avoir une couverture et la marge de solvabilité nécessaire), cette autorisation est accordée. 

La DAPS est claire à ce sujet : «L’autorité de tutelle autorise ce genre de placements si les compagnies respectent les critères de rentabilité, de liquidité et de sécurité». Il reste entendu que le plafond à retenir dépend du niveau de l’actif représentatif et donc finalement, de la richesse de chaque société d’assurance. 

S. E. & A. H.

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