Après les inondations qui ont frappé le nord du Maroc, l’attention se concentre souvent sur les pertes humaines et matérielles. Pourtant, chiens, chats et autres animaux de compagnie affrontent l’abandon, la faim, les maladies et un stress intense dans des environnements dévastés. Le Dr Mohammed El Kiadi, médecin vétérinaire, décrypte les mécanismes de survie de ces victimes silencieuses et les risques auxquels elles sont exposées.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : Comment les animaux survivent-ils après les inondations dans le nord du Maroc ?
Dr Mohammed El Kiadi : Dans le nord du Maroc, les récentes inondations ont forcé de nombreuses familles à quitter leurs maisons en urgence. Dans cette fuite précipitée, des chiens, des chats et d’autres animaux de compagnie ont été laissés derrière eux. Pour ces animaux, la situation est particulièrement dramatique : ils doivent affronter à la fois l’abandon et un environnement complètement bouleversé par l’eau. Après une inondation, les animaux cherchent d’abord à échapper à l’eau. Ils se réfugient sur les points les plus élevés : toits, collines, voitures, murets ou bâtiments partiellement abandonnés. Ils explorent les environs à la recherche de nourriture, souvent dans des poubelles ou parmi les débris laissés par les crues. L’eau potable devient rare. Beaucoup d’animaux boivent alors de l’eau stagnante, mélangée à de la boue, des déchets et parfois des produits toxiques. Pour se protéger du froid et de l’humidité, ils cherchent des abris de fortune, mais ceux-ci restent souvent insuffisants face à la pluie et au vent.
F. N. H. : Quels sont les risques physiques auxquels ils sont exposés ?
Dr M.E.K. : Les inondations exposent les animaux à des dangers très spécifiques. Le contact prolongé avec l’eau et l’humidité peut provoquer une hypothermie, surtout chez les jeunes, les animaux âgés ou affaiblis. La déshydratation reste aussi un risque majeur, car l’eau propre est difficile à trouver. Le manque de nourriture peut entraîner un amaigrissement sévère, anémie, voire mort. Les maladies sont fréquentes après les crues. L’eau contaminée peut transmettre des infections graves, parfois mortelles sans traitement. Les parasites, comme les puces, les tiques et les vers, se multiplient rapidement dans ces conditions. Les animaux risquent également des blessures : coupures causées par des débris, chocs, ou accidents de la route lorsqu’ils errent désorientés dans des zones encore dangereuses.
F. N. H. : Quel est l’impact psychologique et à long terme sur eux ?
Dr M.E.K. : Les inondations provoquent un stress intense. Les animaux abandonnés vivent dans une peur constante; ils deviennent particulièrement sensibles aux bruits inhabituels, à l’eau, aux odeurs nouvelles ainsi qu’à l’absence de leurs repères et de leurs humains. Beaucoup deviennent méfiants, fuyants ou parfois agressifs. Ce ne sont pas des réactions de méchanceté, mais des signes de traumatisme. Les animaux habitués à vivre en famille peuvent aussi souffrir d’un profond sentiment d’isolement, perdre l’appétit ou rester immobiles pendant de longues périodes. Même après le retrait des eaux, les conséquences ne s’arrêtent pas. La malnutrition, le stress et les maladies affaiblissent durablement leur santé. Certains animaux développent des troubles du comportement qui rendent leur adoption ou leur réintégration plus compliquée. Des problèmes graves aux reins, au foie ou au cœur peuvent apparaître après plusieurs jours ou semaines sans soins. Face aux inondations dans le nord du Maroc, l’instinct ne suffit pas. Sans intervention humaine, eau propre, nourriture, abris, soins vétérinaires, beaucoup d’animaux n’ont que très peu de chances de survivre. Comprendre leur situation, c’est aussi rappeler que dans toute catastrophe, les animaux sont des victimes silencieuses.