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Intempéries : Ces anonymes qui ont refusé d’abandonner les animaux

Intempéries : Ces anonymes qui ont refusé d’abandonner les animaux

Les inondations qui ont frappé Ksar El Kébir et plusieurs régions du Royaume ont provoqué des évacuations massives. Des milliers d’habitants ont dû partir, souvent contraints de laisser derrière eux leurs animaux. Face à l’absence de dispositifs formels intégrant la protection animale, des citoyens, des bénévoles et des associations se sont mobilisés.

 

Par Ibtissam Z.

Chiens errants, chats réfugiés sur les toits, bétail isolé dans des zones inaccessibles… Les images relayées par les internautes, les bénévoles ou les médias ont profondément marqué l’opinion publique. Dans l’urgence des évacuations, de nombreuses familles ont dû partir sans leurs animaux. Face à cette situation, des initiatives locales se sont rapidement organisées.

Bénévoles, refuges, associations et militants engagés depuis longtemps pour la cause animale ont coordonné des opérations de sauvetage dès que les conditions l’ont permis. Le 1er février, Meriem Benhaddou, fondatrice et responsable du refuge «Meri Animals», créé en 2020 dans la région de Tanger, s’est rendue à Ksar El Kébir, alors particulièrement difficile d’accès, afin de porter assistance aux animaux en danger.

«Notre refuge se trouve dans la région de Tanger. Nous avons été avertis que les animaux allaient fortement souffrir de cette situation. Dès que cela a été possible, nous sommes partis pour les secourir. Au départ, j’ai lancé un appel pour constituer plusieurs équipes, mais très peu de personnes ont répondu présent. Une personne, cependant, n’a pas manqué à l’appel, elle est venue avec sa voiture afin que nous puissions sauver un maximum d’animaux», a-t-elle affirmé.

Et de préciser : «Il fallait redoubler d’efforts, car il était question d’évacuer Ksar El Kébir. Nous avons été les premières à arriver sur place. Les conditions climatiques étaient désastreuses, ce qui compliquait sérieusement les opérations de sauvetage».

Malgré ces obstacles, l’équipe a tenté d’agir avec les moyens disponibles. «Il était impossible d’effectuer un comptage précis, mais ce 1er février, nous avons rempli nos deux voitures de chats. Nous n’avons pas pu prendre les chiens, car les rassembler dans un véhicule aurait été trop risqué. Nous avions envisagé de les évacuer vers des villes avoisinantes, mais les intempéries touchaient également ces régions», a souligné la fondatrice du refuge «Meri Animals». Par la suite, d’autres bénévoles, des membres de la société civile, des associations ainsi que les autorités locales ont pris le relais, a-telle déclaré.

Des interventions ponctuelles ont été menées pour sauver des animaux piégés. Des vétérinaires se sont également mobilisés pour soigner les rescapés souffrant d’hypothermie, de blessures ou d’infections liées aux eaux contaminées. Tout cela s’est fait dans un contexte particulier marqué par l’accès limité aux zones inondées, l’absence de structures d’accueil adaptées et, surtout, l’absence de protocole officiel intégrant systématiquement les animaux dans les plans d’évacuation.

Solidarité en action

À Ksar El Kebir, l’opération d’évacuation des habitants, notamment du douar Al Hrarssa, s’est déroulée avec succès grâce à une intervention d’urgence coordonnée par les autorités locales et l’ensemble des intervenants mobilisés. Face à la montée des eaux provoquée par les intempéries, d’importants moyens humains et logistiques ont été déployés afin de secourir les citoyens bloqués et de prévenir tout drame.

En parallèle, des initiatives citoyennes remarquables ont vu le jour. Parmi elles, figure celle de Soufiane Ahizoune, jeune commerçant à Kénitra, spécialisé dans la vente de trottinettes et passionné de jet-ski. Dès le 30 janvier, il a volontairement entamé des opérations de sauvetage avec son jet-ski dans plusieurs régions et douars inondés, notamment à Ksar El Kebir, particulièrement touchée par les crues.

À lui seul, il a pu porter assistance à près de 60 personnes et de nombreux animaux. Son engagement l’a également conduit à Dar Gueddari, dans la région de Sidi Kacem, à Oulad Ameur à Sidi Allal Tazi dans la province de Kénitra, ainsi que dans plusieurs autres douars durement touchés. «Cette expérience humaine restera gravée dans ma mémoire.

Les Marocains ont fait preuve d’une grande solidarité. Je ne pouvais pas rester indifférent face à la détresse humaine et animale. Le plus important, c’est ce sentiment de servir l’autre sans rien attendre en retour», confie-t-il. Conscient des risques, il préparait minutieusement chacune de ses interventions, notamment par la consultation d’applications météorologiques, la vérification de la direction et de la vitesse du vent, ainsi que la surveillance des marées. Parmi les nombreux sauvetages, un l’a particulièrement ému : celui d’un malvoyant, terrorisé à l’idée de monter à bord.

«Il appréhendait vraiment, mais j’ai tout fait pour le rassurer. Je me suis même blessé lors d’une manœuvre délicate, mais l’essentiel était qu’il arrive sain et sauf», raconte-t-il. Wiam Raoui est, elle aussi, engagée pour la cause animale depuis 2017, comme le montre sa page Instagram @loveandsavecats.

«Honnêtement, ça a été très difficile à vivre. Même à distance, on ne se sent pas vraiment loin quand on reçoit des vidéos des inondations, les appels à l’aide de bénévoles paniqués… Et on ressent de l'impuissance de ne pas pouvoir être physiquement sur place. Quand on est engagé dans la protection animale, on sait qu’en cas de catastrophe, les animaux passent après, car il n’existe aucun cadre formel pour les inclure dans les plans d’évacuation. Ce qui m’a le plus marquée, ce sont les petits chiens et chats errants mouillés avec le regard effaré, les pleurs des gens qui ont laissé leurs animaux enfermés, ce bétail abandonné faute de solutions. Ce sont des vies qui ressentent la peur, le froid et la faim», se désole-t-elle.

Et d’ajouter qu’«au Maroc la protection animale reste fragile, surtout en période de crise. Cette catastrophe a mis en lumière nos failles en matière de préparation et d’anticipation. Malgré tout, j’ai vu aussi des signes d’espoir, une sensibilité réelle envers les animaux et une volonté de ne pas les oublier. J’ai vu des élans spontanés d’entraide qui font chaud au cœur».

En effet, cette catastrophe a mis en lumière une mobilisation citoyenne des jeunes à travers les réseaux sociaux. Un élan que Wiam analyse comme le signe d’une évolution profonde des mentalités et d’un engagement grandissant en faveur de la cause animale.

«Ce que j’ai vu m’a profondément touchée. Cette jeunesse marocaine qui agit sans attendre qu’on lui dise quoi faire. Qui ne sépare plus la cause humaine de la cause animale. Pour eux, sauver un voisin et sauver un chien ne sont pas deux combats différents. Certains gestes étaient très courageux, comme entrer dans l’eau pour récupérer un chien ou un chat, partager son propre espace et ses ressources avec les petits rescapés effrayés… Ce sont des actes d’empathie profonde, et cela prouve que la société évolue plus vite que les lois. La reconnaissance officielle de la protection animale reste limitée, mais dans les cœurs, quelque chose a changé», confie Wiam.

Qui voit dans cette mobilisation «une génération qui refuse l’indifférence, qui agit et qui inspire». Selon elle, «les forces de l’ordre ont également accompli un travail remarquable et continuent d’aider les animaux à ce jour. Des vétérinaires se sont mobilisés pour soigner les rescapés. A mon sens, c’est cette synergie entre citoyens, autorités et professionnels qui peut marquer un véritable tournant. Si nous savons transformer cet élan de solidarité en engagement pour le long terme au profit du bien-être animal, alors cette tragédie n’aura pas été vaine», affirme-t-elle.

À Ksar El Kébir et dans les régions avoisinantes, les habitants ont regagné progressivement leurs foyers, après des évacuations qui ont concerné 154.309 personnes. Avec l’espoir, au milieu de ce chaos, de retrouver leurs animaux, sauvés in extremis par des mains anonymes ou mis à l’abri par solidarité.

 

 

 

 

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