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Lésions musculaires: Le cauchemar des sportifs de haut niveau

Lésions musculaires: Le cauchemar des sportifs de haut niveau

Elongation, déchirure, claquage..., les lésions musculaires sont légion.

Véritable bête noire des sportifs de haut niveau, ces pathologies récurrentes représentent une grande partie des traumatismes en médecine sportive, avec une incidence de 10 à 55% de toutes les blessures subies.

Entretien avec le médecin de l’équipe nationale de football du Maroc, Dr Anis Achargui, spécialiste en chirurgie orthopé-dique, traumatologique et médecine du sport.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

 

 

Finances News Hebdo : Les lésions musculaires sont considérées comme la bête noire des sportifs de haut niveau. Pourquoi les craint-on autant ?

Dr Anis Achargui : Les lésions musculaires sont un terme large englobant de nombreuses pathologies. Elles représentent une grande partie des traumatismes en médecine sportive, avec une incidence de 10 à 55% de toutes les blessures subies. Elles concernent surtout le membre inférieur (muscles de la cuisse et du mollet) ainsi que les adducteurs. Un accident musculaire peut compromettre un objectif sportif, ou une compétition souvent importante. Ces lésions doivent donc être traitées le plus rapidement possible et de la façon la plus adéquate, car un échec du traitement peut retarder le retour du sportif sur le terrain, voire l’éloigner définitivement, signant ainsi la fin de sa carrière.

 

F.N.H. : Quelles sont les conséquences d'un accident musculaire ? Et qu’en est-il des pathologies musculaires du sportif de haut niveau ?

A. A. : Les conséquences sont variées selon le type de lésion, les circonstances et le contexte de la blessure. Voilà quelques pathologies musculaires les plus répandues. La crampe : Il ne s'agit pas à proprement parler d'une blessure musculaire, mais plutôt d'un dysfonctionnement temporaire. La crampe correspond en effet à une contraction extrêmement douloureuse, involontaire et passagère. L’origine des crampes survenant dans un contexte sportif est complexe. Elles seraient le résultat d’une insuffisance d’apport d’oxygène ou d’électrolytes sanguins, ou d'une accumulation de toxines liées à l'effort. Elles peuvent être consécutives à un épuisement musculaire ou à une déshydratation. La contusion : C'est la conséquence d’un traumatisme direct sur un muscle en phase de contraction le plus souvent ou au repos. Elle se manifeste par une douleur localisée au point d’impact, par un gonflement et parfois une ecchymose. Ces manifestations sont d’autant plus importantes et profondes que le traumatisme initial est intense. L’élongation : C'est le premier stade de lésion musculaire. Elle correspond à un allongement excessif du muscle.

L’élongation survient durant une sollicitation excessive du muscle ou à la suite d’une contraction trop forte. Quelques fibres musculaires sont étirées et se rompent. Il s'agit donc d'une déchirure très limitée, voire «microscopique». L'élongation se manifeste par une douleur d’effort n’entraînant ni boiterie, ni hématome. Le blessé ressent une douleur aiguë, comme une piqûre, lors d'un démarrage par exemple. L'effort est encore possible quoiqu'un peu douloureux. La pratique du sport est encore possible, mais douloureuse. Le claquage : Il correspond également à un mécanisme d'élongation dans lequel de nombreuses fibres ont été rompues et saignent. La douleur est vive, semblable à un coup de poignard dans le muscle. Une sensation de claquement est ressentie parfois, d'où le terme de claquage. On parle également de déchirure de stade 2. Au stade de claquage, l'activité sportive n'est plus possible. La marche est également rendue difficile. La déchirure : elle s'apparente à une fracture du muscle, à l'instar d'une fracture osseuse. La douleur est telle qu'elle provoque parfois un malaise et une chute. L’appui sur le membre est très difficile et la poursuite de l'activité sportive devient impossible. Le saignement est important et un hématome ne tarde pas à apparaître.

 

F.N.H. : Pourquoi les sportifs peuvent-ils se blesser facilement au niveau des muscles ?

A. A. : Comme on l'a vu, la très grande majorité des lésions musculaires concerne les membres inférieurs. Elles sont souvent consécutives à la pratique d’un sport, principalement de contact comme le football, ou ceux qui nécessitent des départs rapides (tennis, basket-ball, sprint, etc.). D'une façon générale, le risque de blessure musculaire augmente dans les cas suivants : lors d’un échauffement insuffisant ou en cas de mauvaise hygiène de vie, notamment le manque de sommeil ou une alimentation déficiente… Ces facteurs engendrent en effet la fatigue et la faiblesse musculaire. Avec l’âge, l'élasticité et la solidité des muscles et des tendons diminuent aussi. L'utilisation d’anabolisants, à savoir des substances entraînant un accroissement du système musculaire, favorisent le développement de la fibre musculaire, mais fragilisent les tendons qui, eux, ne s’adaptent pas. Il ne faut pas négliger les problèmes psychologiques, les problèmes posturaux, le manque d’hydratation ou encore une rééducation incomplète ou mal conduite.

 

F.N.H. : Comment soigner une lésion musculaire d’un sportif de haut niveau ? Et y a-t-il un traitement bien spécifique ?

A. A. : Les connaissances actuelles sur les lésions musculaires et leur processus de réparation permettent d’offrir un traitement plus approprié dans le triple but d'obtenir une meilleure cicatrisation, d’éviter le passage à la chronicité et de diminuer le risque de récidive. En pratique, la prise en charge d'une lésion musculaire comporte trois phases différentes : la phase aiguë (dans les heures et jours qui suivent l'accident), la phase de réadaptation (dans les semaines qui suivent) et enfin la reprise de l'activité sportive. En ce qui concerne la prise en charge aiguë, le traitement immédiat est basé sur l’algorithme «Police» (Protection, Optimal Loading, Ice, Compression, Elévation) (voir tableau). L’objectif est de limiter l’œdème et la formation d’hématome, deux freins à la cicatrisation de la lésion musculaire. En cas d’hématome musculaire, l’échographie permet de rechercher une collection liquidienne qui devrait être ponctionnée. Suite à ce geste, il convient de comprimer le muscle, surveiller la survenue d’une éventuelle récidive et le cas échéant répéter la ponction. Voilà qui nous amène à parler de la rééducation adaptée. Là encore, la prise en charge en physiothérapie est fortement recommandée. L’objectif de la rééducation est double. Elle vise la restauration de la fonction musculaire dans un délai le plus court possible et la diminution du risque de récidive. Les données cliniques et histologiques actuelles sont en faveur d’une rééducation précoce.

Après la phase aiguë (48 premières heures), suit une phase de remodelage durant laquelle les thérapies physiques ont pour but d’optimiser la cicatrisation des fibres et du tissu conjonctif musculaire pour éviter une cicatrisation anarchique, source de douleurs séquellaires et de récidive. La rééducation est habituellement séparée en 4 phases, qui peuvent s’enchaîner plus ou moins vite en fonction du grade lésionnel. La première concerne l’étirement statique régulier; elle sera rapidement suivie d’une phase de contractions isométriques. S’ensuit une troisième phase de contractions dynamiques, concentriques et excentriques, avec augmentation progressive de la charge. La dernière phase, dite fonctionnelle, comprend la poursuite des exercices de renforcement et d’étirement, en incluant progressivement des exercices de course et de reprise spécifiques des mouvements sportifs. Concernant la prise de médicaments antidouleur, les anti-inflammatoires non stéroïdiens ne devraient pas être utilisés, en raison de leur effet potentiellement délétère sur la cicatrisation musculaire. Leur supériorité par rapport au paracétamol n’a pas été démontrée, et ils provoquent plus d’effets secondaires. Enfin, la décision du retour au sport après une lésion musculaire reste un challenge pour le praticien. Cette décision l’oblige à prendre en compte des facteurs physiques, psychologiques, environnementaux et contextuels multiples. Les délais moyens les mieux documentés concernent les ischio-jambiers et sont très variables, de quelques jours à plusieurs mois, selon la gravité. Pour les lésions de grade 2 et 3, le délai a été rapporté à 22 ± 11 et 73 ± 60 jours respectivement. Le délai pour les ruptures traitées chirurgicalement est en général de 6 à 9 mois.

 

F.N.H. : Vous avez auparavant opéré et suivi plusieurs joueurs africains, notamment l’équipe nationale du Mali. En tant que spécialiste, quels constats faites-vous et comment peut-on prévenir ces lésions qui entravent parfois la carrière d’un sportif ?

A. A. : La principale information à retenir est qu’il ne faut pas négliger une première lésion musculaire. Bien réparer une première lésion, c’est prévenir les suivantes. Et a contrario, une lésion mal réparée augmente le risque de récidive. Comme une cicatrice sur la peau, une lésion musculaire laisse des traces sur le muscle. Mieux on «travaille» cette cicatrice pour l’effacer, mieux le muscle sera réparé. Le repos est une base, mais ce n’est pas suffisant; il faut avoir le réflexe de suivre une rééducation adaptée pour guider la cicatrisation et en assurer la bonne qualité. Ensuite, il faut renforcer le muscle, le préparer à reprendre l’effort. Souvent négligée, cette phase de «réathlétisation» est essentielle : la reprise doit se faire très progressivement. On retrouve souvent sur Internet ou dans la presse, les mêmes conseils, simples, pour prévenir les accidents musculaires.

Passons-les en revue afin de les confronter aux données scientifiques actuelles et à certaines idées reçues :

• Adapter sa pratique à ses capacités physiques : il est primordial de prendre conscience de ses capacités, de son état physique global, de son historique vis-à-vis de la pratique sportive. Le schéma de risque n’est pas le même selon l’âge, le mode de vie, l’entraînement, etc. Nous avons souvent tendance à en faire trop par rapport à nos capacités. Or, quand on en demande trop au muscle, il se fragilise rapidement.

• S’échauffer suffisamment sans oublier les étirements : le rôle de l’échauffement est de faire monter en température les muscles. Un échauffement progressif et suffisamment long (au moins une dizaine de minutes) a des effets positifs sur l’élasticité du muscle, qui sera plus performant. Cependant, cela n’évite pas la fatigue du muscle. La question de l’étirement reste complexe car le bénéfice éventuel est fonction de la personne, du sport concerné, et de la façon dont l’étirement est pratiqué. Il faut donc individualiser la démarche.

• S’hydrater suffisamment : différentes études réalisées, notamment sur des joueurs de tennis, montrent que le manque d’hydratation fait baisser les performances globales du muscle et du corps, sans toutefois mettre en évidence une aggravation du risque de blessure. L’hydratation a donc plutôt un impact sur les performances et la récupération.

• Adopter une alimentation équilibrée : c’est en effet logique car cela permet de mieux réguler son poids et d’éviter les contraintes excessives sur le muscle entraînées par le surpoids.

• Se protéger du froid : pour permettre aux muscles de se réchauffer suffisamment, il faut consacrer plus de temps à l’échauffement s’il fait froid. Et inversement, par temps chaud, il faut adapter sa tenue aux conditions extérieures.

• Avoir une bonne hygiène de vie et un bon sommeil : ce conseil de bon sens n’a pas de lien prouvé ou vérifié avec le risque d’accident musculaire, mais s’accorde avec une pratique sportive agréable et régulière.

 

F.N.H. : Vous avez été nommé récemment médecin de l’équipe nationale. Comment vivez-vous cette nouvelle expérience avec les protégés de Vahid Halilhodzic. En quoi consiste votre travail ?

A. A. : Je suis ravi de faire partie du staff médical de l’équipe nationale de football. C’est une expérience très enrichissante et instructive. Je suis à la disposition de la sélection nationale pour mener à bien ma mission de praticien. Effectivement, mon travail est assez spécifique. En tant que médecin de l'équipe, je suis responsable de la supervision des soins médicaux, ce qui signifie assister à tous les matchs. Je dois être au stade plusieurs fois par mois pour évaluer les blessures et aider à déterminer les options de traitement disponibles pour les joueurs. J'assure également les interventions chirurgicales et accompagne les soins de rééducation. L'une des parties les plus importantes de mon travail est probablement de déterminer quand les joueurs peuvent revenir et jouer en toute sécurité. 

 

Les recommandations du Dr Achargui sur certaines techniques à mettre en œuvre pour réduire le risque de blessure
Quand vous regardez le football, c'est un sport violent. Les blessures par contact sont difficiles à prévenir. Mais lorsque l'on regarde les autres sports sans contact ou les sports amateurs, les types de blessures les plus courants sont dus à une surutilisation. Et, généralement, les blessures de surutilisation sont le résultat d'une augmentation trop rapide de l'activité avant que votre corps n'ait eu la chance de s'adapter. Chaque fois que vous commencez une nouvelle activité, vous devez généralement vous assurer que vous n'augmentez pas cette activité de plus de 10 ou 15% par session. Vous devez donner à votre corps une chance d'y répondre. En ce qui concerne les personnes qui s'entraînent, il faut maximiser la nutrition avec une bonne alimentation équilibrée, dormir suffisamment et s’étirer avant les activités.

 

 

 

 

 

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