L’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) a présenté, vendredi 16 octobre à Rabat, son rapport annuel 2025. Ce document évalue la situation de la corruption au Maroc, l’efficacité des politiques publiques et les mécanismes de prévention.
À cette occasion, Mohamed Benalilou, président de l’Instance, a insisté sur la nécessité de dépasser les avancées législatives et institutionnelles pour obtenir des résultats tangibles sur le terrain. Si l’INPPLC contribue au diagnostic et formule des recommandations, leur concrétisation dépend également de l’engagement des pouvoirs publics et de la mobilisation de l’ensemble des acteurs. Le président a, dans ce sens, rappelé que la lutte contre la corruption constitue une responsabilité partagée entre l’État et la société.
Il a également plaidé pour un diagnostic lucide des insuffisances, estimant que la reconnaissance des dysfonctionnements est indispensable à la conduite des réformes. Une démarche qui suppose de reconnaître les progrès accomplis sans occulter les lacunes qui persistent.
Le rapport relève une amélioration du Maroc dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International. Le Royaume a obtenu 39 points sur 100 en 2025, contre 37 en 2024, et est passé de la 99e place sur 180 pays à la 91e place sur 182 pays. Cette progression reste toutefois à relativiser, le score marocain demeure inférieur à la moyenne mondiale, établie à 42 points. Pour Mohamed Benalilou, ces résultats ne permettent pas de conclure à une amélioration durable de la situation.
«Cela ne signifie nullement pour l’Instance que nous avons regagné tout ce que nous avions perdu depuis 2018. Cela ne prouve en aucun cas l’entrée dans une trajectoire stable d’amélioration, d’autant plus que ce score de 39 points atteint en 2025 reste en deçà de la moyenne mondiale», a-t-il précisé.
Cependant, le rapport fait état de reculs dans certaines dimensions liées à l’intégrité au sein de l’exécutif, à la transparence financière et aux indicateurs électoraux. Il met surtout en évidence une difficulté persistante, celle de traduire les règles et les dispositifs institutionnels en pratiques effectives et en mécanismes de reddition des comptes.
«Notre capacité à édicter des règles et à bâtir des institutions ne va jamais de pair avec notre capacité à garantir l’application effective de ces règles, ni à assurer un impact sur la perception sociétale de la corruption. Il nous faut remédier à ce que nous appelons le domaine de l’exécution et de la reddition des comptes», insiste-t-il.
Le citoyen au cœur de l’évaluation
Pour le président de l’INPPLC, l’efficacité de la lutte contre la corruption doit avant tout être appréciée à travers ses effets sur la vie quotidienne des Marocains.
«Le citoyen attend un impact concret et mesurable dans les services qu’il reçoit, les droits auxquels il aspire, ainsi que dans les transactions qu’il effectue, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé. Par conséquent, s’il existe un critère fondamental de mesure, c’est bien celui du citoyen», martèle-t-il.
Cette approche rejoint les hautes orientations royales qui placent la lutte contre la corruption au centre d’une responsabilité collective. Mohamed Benalilou a rappelé, à cet égard, les propos du Roi Mohammed VI dans son discours du 30 juillet 2016, à l’occasion du 17e anniversaire de la Fête du Trône.
Le Souverain avait alors souligné que cette lutte relevait à la fois de l’action des institutions et de l’engagement de la société, appelant notamment à l’application effective des dispositifs juridiques et à la dénonciation des pratiques de corruption.
Dans le prolongement de cette orientation, le président de l’INPPLC a insisté sur la nécessité de coordonner les efforts des différentes composantes de la société et des institutions publiques, face à un phénomène dont les ressorts sont multiples.
Une nouvelle stratégie nationale
Pour renforcer l’efficacité de l’action publique, l’INPPLC appelle le gouvernement à poursuivre les réformes. L’enjeu consiste désormais à faire en sorte que les textes et les initiatives se traduisent par des changements concrets, perceptibles aussi bien pour les citoyens que pour les opérateurs économiques.
«Le gouvernement est interpellé pour continuer les réformes, consolider l’intégrité au sein des politiques publiques, parachever le cadre législatif de la corruption et transformer les textes et les initiatives en résultats concrets, en pratiques tangibles ressenties par le citoyen, garantissant ainsi la crédibilité de l’investissement et la protection des deniers publics».
L’Instance préconise également une nouvelle stratégie nationale afin de mieux coordonner les interventions des différents départements gouvernementaux. Le pouvoir judiciaire est, de son côté, appelé à renforcer l’application de la loi et la reddition des comptes. Le secteur privé doit poursuivre ses efforts en matière d’intégrité et de transparence, tandis que la société civile et les médias sont invités à contribuer à la sensibilisation et à la vigilance collective.
Les citoyens ont également un rôle à jouer, notamment en signalant les faits de corruption et en participant au débat public. Benalilou rappelle toutefois que cette mobilisation ne saurait exonérer les responsables publics de leurs obligations et de leur responsabilité dans la gestion des affaires publiques.
L’INPPLC entend inscrire son action dans une vision intégrée, appuyée par une stratégie quinquennale, afin de renforcer la coordination entre les acteurs et de mieux évaluer les résultats obtenus. Le principal défi reste ainsi celui de l’exécution, à savoir transformer les acquis institutionnels en changements perceptibles pour les citoyens, améliorer la qualité des services, protéger les deniers publics et garantir une application effective du principe de reddition des comptes.
I.B