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Omicron: «Nous sommes à peine au début de cette vague et le pic est encore loin»

Omicron: «Nous sommes à peine au début de cette vague et le pic est encore loin»

La hausse des cas positifs au Covid-19 incite à la vigilance. Cette situation risque de s’aggraver avec la saison estivale qui coïncide avec la période de l'Aïd Al-Adha et le retour des MRE.

Au Maroc, la lignée d’Omicron s’articule autour des sous-variants BA.2 dominant et BA.5 déjà existant sur le sol national.

Entretien avec Dr Tayeb Hamdi, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération nationale de la santé.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

 

 

Finances News Hebdo : Actuellement, la situation épidémiologique est passée du niveau de vigilance «vert faible» à «orange moyen», surtout dans les grandes villes. Comment peut-on expliquer cette recrudescence des cas et pourquoi maintenant ?

Dr Tayeb Hamdi : Nous avons constaté, il y a de cela un mois, une augmentation des cas. Je considère qu’il y a au moins 4 raisons à cette recrudescence qu’il va falloir mettre dans son contexte. Primo, il y avait les déplacements et voyages durant la période des fêtes juste après ramadan, les rassemblements familiaux sans respecter les mesures sanitaires. Ensuite, il y a un relâchement total de la population en ce qui concerne les mesures barrières. Tercio, il y a l’émergence du sousvariant BA.2. Il faut prendre en compte que la vague d’Omicron a commencé au début de l’année 2022. Durant cette période, c’était le sous-variant BA.1 qui était prédominant. Mais, par la suite, au fur et à mesure que la vague d’omicron se dissipait, c’était le BA.2 qui s’est greffé et depuis quelques semaines, il a pris le dessus. Il est donc majoritaire pour la simple raison qu’il est plus transmissible. Ce qui explique cette poussée des cas. Le dernier point à soulever concerne l’immunité qui baisse. Les citoyens ont reçu leurs doses il y a plusieurs mois : ceux qui étaient contaminés par le virus et qui ont développé des anticorps sont guéris il y a un bon moment. Comme vous le savez, plus les mois passent et plus l’immunité, qu’elle soit acquise par la maladie ou par la vaccination, diminue. Cette immunité résiduelle nous protège toujours des formes graves et des décès. Par contre, elle est moins efficace face aux infections ou réinfections. Cela arrive maintenant parce qu’il y avait une convergence de plusieurs raisons qui étaient en train d’apparaître l’une après l’autre. Actuellement, on récolte le résultat, c’est-à-dire la hausse des cas.

 

F.N.H. : Faut-il s’en inquiéter ? Le pic des contaminations est-il atteint ? 

Dr T. H. : Le pic des contaminations n’est pas encore atteint. Nous sommes juste au début de la montée de la courbe. Il y aura encore une augmentation des cas, c’est un fait. À mon humble avis, le pic est encore loin. Faut-il s’en inquiéter ? Evidemment que oui. Surtout pour les personnes âgées de plus de 60 ans qui souffrent de maladies chroniques ou sous traitement, ce qui affaiblit considérablement leur immunité. Pour ces personnes-là, je confirme qu’il faut vraiment s’inquiéter. Plus le virus circule et se propage, plus ces personnes qui portent des facteurs de risque auront la malchance de l’attraper et donc de développer les formes graves de la Covid-19, avec le risque de décès. Ce sont ces personnes à risque que nous voyons dans les services de réanimation : elles ne sont pas complètement vaccinées des deux doses ou n’ont pas encore reçu la dose booster. En ce qui concerne les jeunes, je pense qu’il ne faut pas trop s’alarmer. Certes, ils vont attraper le virus et certains peuvent même développer des formes graves de la maladie, voire mourir, mais cela arrive accidentellement. Ce n’est pas une règle dans l’absolu. Dans tous les cas, il ne faut pas s’inquiéter pour notre système de santé, puisque nos hôpitaux ne sont pas en surcharge.

 

F.N.H. : La période des fêtes combinée à la saison estivale favorise grandement la propagation du virus. Comment peuton gérer cette période délicate et peut-on s’attendre à de nouvelles restrictions ?  

Dr T. H. : La saison estivale approche et, intrinsèquement, il y aura des voyages, des déplacements et par conséquent des rencontres. Les conditions sont donc propices pour la propagation du virus. Il faut prendre en considération le BA.2, qui est majoritaire, mais il y a également le BA.5, qui est détecté au Maroc actuellement. Il va remplacer le BA.2 par la suite pour la simple raison qu’il est encore plus transmissible que lui. En effet, le sousvariant BA.5 a donné une vague en Afrique du sud et une sixième au Portugal. Ce sous-variant de la famille Omicron est soupçonné de contribuer grandement à la remontée des contaminations dans plusieurs pays européens. Du coup, on peut s’attendre à une forte vague. Maintenant, il n’y a pas de solution miracle pour pallier cette nouvelle vague épidémique, sauf la triple vaccination. Une fois vacciné, l’individu est plus protégé malgré la venue d’une nouvelle vague. Et même si on est testé positif à la covid-19, on ne risque pas d’attraper les formes graves de la maladie. Je conseille vivement aux personnes âgées de 60 ans et plus ou qui souffrent de maladies chroniques de se dépêcher pour finaliser leur schéma vaccinal. Par ailleurs, il faut savoir que 95% des contaminations ont lieu dans les espaces clos.

Il faut absolument les éviter, et si on ne peut pas, il faut aérer. Privilégier les espaces ouverts est une excellente alternative. Même vaccinée, une personne vulnérable doit porter un masque dans les situations à risque pour se protéger, il vaut mieux prévenir que guérir. Dans les dernières vagues du sousvariant BA.5 qui ont sévi en Afrique du sud et au Portugal, nous avons constaté que leurs systèmes de santé ont résisté. Au Maroc, deux tiers de la population ont reçu la 2ème dose et seulement 17% des concitoyens ont fait la 3ème injection : c’est insuffisant. A mon sens, on ne va pas s’attendre à de nouvelles restrictions, et il ne faut pas compter sur les restrictions pour se protéger. Il faut savoir prendre les devants et se prémunir seul, sans compter sur les autres. Chaque personne est responsable, et si elle est fragile, elle doit redoubler d’efforts et se plier aux gestes barrières afin de protéger la famille et l’entourage. On ne peut pas obliger toute la population à subir les restrictions; c’est à chacun de nous de prendre ses responsabilités et de se faire vacciner, car le virus est mortel.

 

F.N.H. : Qu’est-ce que les données scientifiques actuelles montrent sur les variants Omicron ? 

Dr T. H. : À la lumière des données scientifiques actuelles, le Maroc a déjà fait sa vague d’Omicron BA.1. Nous avons le BA.2 qui est prédominant actuellement dans le Royaume. Il devrait finir par être supplanté (dans pratiquement 6 à 8 semaines) par le sous-variant BA.5 qui est bien sûr plus transmissible. En ce qui concerne la virulence du virus, jusqu'à présent il n’est pas plus dangereux, puisqu’il ne donne pas plus de cas graves ou de décès que le BA.1 d’Omicron que nous avons connu durant le début de l’année 2022. Même dans les pays européens où le BA.5 a fait son émergence avec une hausse significative des cas, les hospitalisations et les décès sont restés les mêmes que les sous-variants BA.1 et BA.2. Par contre, on constate que le BA.5 ressemble au BA.2. Donc, dans les pays qui n’ont pas encore connu la vague BA.2 comme le Maroc, l’Afrique du Sud et le Portugal (auparavant ces trois pays ont enregistré la vague BA.1), alors peut-être que la vague BA.5 sera plus forte, puisque les réinfections sont possibles entre les BA.5 et BA.1. Il est vrai qu’il y a une ressemblance et une corrélation du BA.5 et du BA.2; il est donc possible que pour les pays qui ont fait le BA.2, leur vague sera moins forte que les autres. Mais, scientifiquement, cela reste encore à confirmer.

 

F.N.H. : Le relâchement de la population en ce qui concerne les mesures barrières est considérable. Qu’en dites-vous ?  

Dr T. H. : Le relâchement total de la population est un constat unanime. Impossible de le nier ou le cacher, c’est désormais un fait. Mais un fait réel et malheureux. Il faut en tirer les leçons nécessaires. Une grande partie de la population marocaine est peu respectueuse des mesures barrières; il est impératif de revenir à la raison et faire un effort dans ce sens, pour se protéger et épargner nos proches et notre entourage. Ce n’est pas juste par rapport à Omicron ou au BA.5, mais c’est parce que durant la période hivernale, le BA.5 sera prédominant au Maroc. Évidemment, on aura d’autres virus, notamment la grippe. C’est pour cette raison qu’il faut bien se prémunir et se protéger. On connaît la dangerosité de la combinaison de la Covid-19 et la grippe. Revenir aux mesures sanitaires, et prioritairement les personnes vulnérables, est notre arme la plus efficace pour se défendre contre les infections en général, sans oublier les épidémies qui risquent de se manifester. Ces mesures, il faut les adopter une fois pour toutes et prendre l’habitude de les intégrer dans notre quotidien, comme le fait de manger, boire, respirer. Si la Covid-19 prend fin un jour, d’autres épidémies s’installeront. A ce sujet, nous assistons à un éventail de pathologies comme l’hépatite d’origine inconnue, la variole du singe, la grippe de la tomate… et la liste est longue. En conclusion, la vaccination est fortement recommandée, surtout pour les plus vulnérables, les personnes de plus de 60 ans; les espaces clos et les rassemblements inutiles sont à éviter; et il faut respecter les mesures barrières. 

 

 

 

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