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Vaccin anti-Covid-19: «Une troisième dose pour booster l’immunité chez les immunodéprimés»

Vaccin anti-Covid-19: «Une troisième dose pour booster l’immunité chez les immunodéprimés»

 

Comme beaucoup d'autres pays, le Maroc a décidé l'administration d'une troisième dose du vaccin anti-covid-19. 

Eclairage du Dr Tayeb Hamdi, chercheur en politiques et systèmes de santé, président du Syndicat national de médecine générale et vice-président de la Fédération nationale de la santé.

 

Propos recueillis par Ibtissam. Z.

 

Finances News Hebdo : Tout d’abord, une lecture générale sur la situation épidémiologique et la campagne de vaccination au Maroc.

Dr Tayeb Hamdi : La campagne vaccinale se déroule d’une façon sereine et accélérée. Elle a atteint ses objectifs. Aujourd’hui, nous avons plus de 60% des Marocains qui sont vaccinés, ayant reçu au moins une dose, et plus de la moitié ont reçu deux doses. Pour la tranche d’âge des 12 -17 ans, presque les deux tiers sont vaccinés par une 1ère injection. Il y a quelques jours, cette catégorie d’enfants scolarisés a commencé à recevoir la 2ème injection. Cette campagne de vaccination fonctionne bien, les gens y adhèrent, cette prise de conscience est très importante. Il est vrai que le virus existe toujours, il est parmi nous et se prémunir contre lui est une nécessité. La vaccination protège contre le virus et ses formes graves. Actuellement, nous pouvons nous targuer d’avoir plus de chiffres qui corroborent les appréciations d’avant. Aux Etats-Unis, par exemple, depuis le début de la vaccination, les décès par Covid-19 ont atteint 99,5% pour les personnes non vaccinées contre 0,5% des personnes vaccinées. Le fossé est énorme. Même son de cloche en Grande-Bretagne; les derniers chiffres sont tombés il y a à peine quelques jours. Depuis janvier 2021 jusqu’en juillet, on compte 51.000 décès par la Covid19.

Parmi ces décès, il n’y a eu que 256 personnes vaccinées, les 99,1% restants étaient tous non vaccinées. Ces chiffres démontrent que le vaccin protège, surtout contre les formes graves, et il sauve des vies. Le fait d’avoir au Maroc une grande partie de la population déjà vaccinée, cela signifie qu’en premier lieu elle est protégée. Cette donne soulage grandement le système de santé qui n’est pas sous la menace de cette population, puisqu’elle est vaccinée. Bien évidemment, pour les citoyens qui ne le sont pas encore, des mesures s’imposent. On ne peut ni alléger ni lever les mesures restrictives parce que même avec une petite partie de la population non vaccinée, surtout adulte, on risque de voir à nouveau les services de réanimation submergés. La campagne de vaccination suit son petit bonhomme de chemin, et elle est réussie au Maroc. En attendant l’immunité collective, nous allons devoir passer par une période d’utilisation du pass vaccinal, c’est-à-dire ouvrir les espaces publics et les activités aux personnes qui sont essentiellement vaccinées. Le but du pass vaccinal est d’encourager les gens qui reportent ou hésitent encore à se faire vacciner. Une fois la majorité de la population vaccinée, on pourra se passer du pass vaccinal. Mais bien sûr, le respect des mesures barrières sera toujours de mise dans les espaces extérieurs et clos notamment, en attendant la fin de la pandémie.

 

F.N.H. : La campagne de rappel vaccinal a déjà débuté en Europe. Qu’en est-il du Maroc ? Et dans quels cas la 3ème dose est-elle indiquée ?

T. H. : Le rappel vaccinal est une option pour le Maroc. Il est indispensable de le rappeler. Pourquoi cette troisième dose est-elle une option à l’échelle mondiale  ? Nous savons pertinemment que les personnes âgées, immunodéprimées, qui présentent des facteurs de risque, ne répondent pas forcément aux vaccins, que ce soit celui de la Covid-19 ou celui de la grippe par exemple. En effet, pour ces personnes dites vulnérables, notamment les diabétiques, les obèses…, le système immunitaire ne réagit pas d’une bonne manière si l’on compare avec les enfants, les jeunes adultes ou les personnes en bonne santé. Ces derniers possèdent un système immunitaire solide et résistant. Du coup, pour les personnes souffrant de comorbidités, l’efficacité vaccinale n’est pas aussi optimale que chez les jeunes sujets. Ajoutez à cela, qu'à chaque émergence de nouveaux variants, cela affaiblit considérablement l’efficacité du vaccin administré. On se retrouve aujourd’hui avec des personnes vaccinées depuis 7-8 mois qui attrapent pourtant la maladie à cause de ces souches qui émergent en continu.

Certaines même se retrouvent en réanimation. Les personnes vaccinées attrapent le virus 4 fois moins que les non vaccinées. C’est donc pour cette catégorie cible que la 3ème dose a été préconisée afin de booster son immunité et la protéger. Il y a également une autre catégorie  : ce sont les personnes qui sont en première ligne, à savoir les professionnels de la santé. Ces personnes-là nécessitent également un rappel vaccinal pour les protéger davantage contre la maladie. En tout cas, le débat est lancé concernant la généralisation du rappel vaccinal pour les personnes qui ont plus de 50 ans et qui ne souffrent pas de pathologie. L’autre point à soulever concerne les autres personnes vaccinées : faut-il leur administrer une 3ème dose ? Ce qui signifie que le schéma vaccinal serait trois doses au lieu de deux; là encore c’est un autre débat qui reste ouvert. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévient qu’il est inadmissible que des nations arrivent à trois injections, tandis que d’autres pays, notamment ceux d’Afrique (3% seulement de la population sont vaccinées) peinent à se faire vacciner par les première et deuxième doses. Ce n’est pas équitable, et encore moins éthique. L’OMS insiste sur un équilibre vaccinal entre les nations pour éviter toute recrudescence de la pandémie, notamment l’émergence de nouveaux variants. Je rappelle toutefois que la troisième dose pour les personnes prioritaires est nécessaire.

 

F.N.H. : Actuellement, certains pays appellent à se préparer à une quatrième dose de vaccin. Parlez-nous en ?

T. H. : Certains pays se préparent effectivement à l’éventualité d’une 4ème dose. Mais, personnellement, je pense que c’est encore prématuré de parler de cette option, même si elle existe. Il faut à mon avis attendre les résultats des études qui consolident et argumentent l’utilité déjà de la 3ème dose chez les immunodéprimés. Il n’y a que les études qui peuvent démontrer la nécessité de cette 3ème dose chez les personnes qui souffrent

de maladies chroniques ou âgées. Il faut observer la nécessité chez un groupe cible et particulier pour que la 4ème dose soit une éventualité, mais il va falloir s’appuyer sur des études cliniques. Actuellement, il faut rester concentré et se focaliser sur la vaccination complète de la population, à savoir recevoir les deux doses. Une troisième dose pour booster l’immunité chez les 60 ans et plus, les immunodéprimés, sans oublier les fronts liner, notamment les professionnels de la santé, est nécessaire. Nous verrons par la suite l’évolution de la pandémie et les résultats des études.

 

Les pays qui adoptent la 3ème dose 
L’Allemagne est le premier pays européen à acter l’administration d’une 3ème dose dès la rentrée. En France, la campagne du rappel vaccinal contre la Covid-19 bat son plein depuis le 1er septembre. Cette démarche concerne les personnes souffrant de comorbidités et les plus âgées (65 ans ). Les États-Unis étendent la liste des personnes concernées par cette 3ème dose. En effet, l'injection de cette 3ème dose ne devait concerner au départ que les personnes de plus de 65 ans et les citoyens américains appartenant à la tranche «à risque», de 18 à 64 ans. Mais une autre catégorie vient d’être rajoutée par l’Agence américaine des médicaments (FDA) : il s’agit des travailleurs qui sont particulièrement exposées à la maladie. L'injection d'une 3ème dose pour les personnes de plus de 50 ans sera également débattue. Israël, pionnier en la matière depuis fin juillet, a déjà commencé la vaccination des personnes âgées de plus de 60 ans pour contrer le variant Delta. La Suède table sur un rappel vaccinal en 2022, avec possibilité de commencer plus tôt en faveur des personnes vulnérables. En Grande-Bretagne, le challenge est d’administrer ces fameuses doses «booster» à 32 millions de Britanniques de plus de 50 ans et aux soignants. Les personnes plus jeunes souffrant de comorbidités sont également concernées par ce rappel vaccinal. Pour doper l’efficacité des vaccins anti-Covid, le rappel vaccinal fait encore débat dans certains pays occidentaux. A cet effet, le régulateur de l'Union européenne a annoncé, le 23 septembre, qu'il s'exprimerait en faveur ou pas de l'injection d'une troisième dose du vaccin Pfizer/BioNTech pour la population de plus de 16 ans. Le verdict sera annoncé début octobre.

 

 

 

 

 

 

 

 

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