En appelant ouvertement au remplacement de Volodymyr Zelensky et en concluant un accord énergétique avec Moscou, Donald Trump provoque une nouvelle fracture entre Washington et Kiev.
Donald Trump ne prend plus de gants avec Volodymyr Zelensky. Le président américain a franchi un nouveau cap samedi 10 octobre en appelant ouvertement à un changement de dirigeant en Ukraine.
«Je leur suggère de se doter d'un nouveau dirigeant qui peut parvenir à un accord», a-t-il lancé devant la presse à la Maison Blanche.
Une déclaration qui traduit une détérioration spectaculaire des relations entre Washington et Kiev, sur fond de rapprochement économique avec Moscou.
Le locataire de la Maison Blanche reproche au président ukrainien de faire obstacle à un règlement négocié du conflit.
A l'inverse, il présente Vladimir Poutine comme un dirigeant disposé à trouver une issue diplomatique. «La Russie aimerait conclure un accord (...) mais pour une raison ou une autre, Zelensky ne veut pas conclure d'accord», a-t-il affirmé.
Cette prise de position intervient dans un contexte particulièrement tendu. La veille, Washington et Moscou ont annoncé un accord surprise portant sur des livraisons massives de diesel russe, accompagnées d'un assouplissement des sanctions américaines.
Une décision dénoncée par Kiev, qui y voit une nouvelle source de financement pour l'effort de guerre russe.
Selon les annonces américaines et russes, Moscou doit fournir 300.000 tonnes de diesel dès octobre aux marchés américain et mondial, avant une augmentation progressive des volumes, avec un objectif d'un million de tonnes en décembre.
D'autres livraisons pourraient suivre en fonction des capacités des raffineries russes.
Pour permettre ces opérations, le département américain du Trésor a délivré une autorisation provisoire, assouplissant ainsi les restrictions qui frappent les exportations russes d'hydrocarbures.
Donald Trump assume pleinement la dimension économique de sa décision. Confronté à une forte hausse des prix des carburants aux Etats-Unis, notamment depuis le déclenchement de la guerre contre l'Iran en février, il cherche à soulager les consommateurs américains à l'approche des élections de mi-mandat.
«Les prix du diesel pour les Américains et, en réalité, pour le monde, vont baisser rapidement dans des proportions record!», a-t-il assuré sur son réseau Truth Social.
Le calcul politique est évident. La flambée des carburants pèse sur les ménages, les agriculteurs et les transporteurs américains.
A moins d'un mois des élections législatives, une détente des prix pourrait constituer un argument électoral de poids pour le président républicain.
Mais cette stratégie soulève une contradiction majeure. En cherchant à faire baisser les prix de l'énergie grâce aux hydrocarbures russes, Washington risque de redonner des marges financières à Moscou, alors même que les sanctions occidentales visaient précisément à limiter sa capacité à financer la guerre.
A Kiev, la réaction a été immédiate. Volodymyr Zelensky a dénoncé une «décision faible» de la part des Etats-Unis, estimant que l'accord constituait une opportunité financière offerte à la Russie pour poursuivre son offensive.
«Cela ne fait qu'alimenter Poutine et lui donne la possibilité de mener une guerre encore plus intense», a-t-il déclaré.
Le président ukrainien a également comparé cet accord à un cadeau fait à Vladimir Poutine, quelques jours après le 74e anniversaire du dirigeant russe.
Donald Trump a, de son côté, exigé l'arrêt des frappes ukrainiennes contre les raffineries russes, accusées d'aggraver les tensions sur le marché mondial du diesel. «Il a intérêt à arrêter», a-t-il prévenu à l'adresse de Zelensky.
Cette exigence accentue le désaccord entre les deux dirigeants.
Pour Kiev, les installations pétrolières russes constituent des cibles stratégiques dans la mesure où les revenus des hydrocarbures contribuent au financement de l'effort de guerre de Moscou.
Pour Washington, leur destruction compromet désormais un objectif économique immédiat : augmenter l'offre de carburant.
Sans surprise, les déclarations de Donald Trump ont été accueillies favorablement à Moscou. Kirill Dmitriev, principal négociateur économique de Vladimir Poutine, les a qualifiées d'«iconiques et historiques».
En Europe, les réactions sont nettement plus réservées. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a mis en garde contre les conséquences de l'assouplissement des sanctions.
«Suspendre les sanctions sur le diesel russe donne à Moscou davantage de revenus pour faire la guerre. Ce n'est pas le moment d'alléger la pression sur la Russie, et l'Europe ne le fera pas», a-t-elle déclaré.
L'Allemagne a réaffirmé son soutien à Kiev et assuré poursuivre, avec ses partenaires européens, les travaux sur de nouvelles sanctions contre Moscou.
Le Premier ministre britannique Andy Burnham a, pour sa part, exprimé sa «totale solidarité» avec Volodymyr Zelensky.
Sur le terrain diplomatique, les discussions entre négociateurs américains et ukrainiens, engagées vendredi en Floride, ont été écourtées.
Si l'émissaire américain Steve Witkoff les a jugées «constructives», Zelensky a dénoncé «un écran de fumée» après l'annonce de l'accord sur le diesel russe.