Plusieurs centaines de lycées français restent touchés par des blocages et des manifestations. Partie des établissements scolaires, la contestation s’est étendue aux universités et se durcit, sur fond d’affrontements avec les forces de l’ordre et de milliers d’interpellations.
La France fait face depuis près de deux semaines à une mobilisation lycéenne dont l’ampleur a surpris le gouvernement. Jeudi, plus d’un millier d’établissements ont été concernés par des blocages ou des perturbations. Le mouvement s’est poursuivi vendredi, avec plusieurs centaines de lycées touchés et des rassemblements dans différentes villes du pays.
La contestation était apparue autour du 21 septembre dans plusieurs établissements d’Île-de-France, notamment à Créteil. Elle s’est rapidement étendue à Paris puis en province. Des universités ont depuis rejoint le mouvement.
Au départ, les revendications sont essentiellement scolaires : professeurs absents et non remplacés, classes chargées, état de certains établissements, organisation des journées, moyens accordés à l’Éducation nationale ou encore Parcoursup. Mais il n’existe ni mot d’ordre unique, ni texte gouvernemental cristallisant à lui seul la colère. Les revendications diffèrent selon les établissements et les blocages sont souvent décidés localement. Les réseaux sociaux ont fait le reste, avec une circulation rapide des appels à mobilisation et des images de rassemblements.
Le profil des établissements mobilisés s’est également élargi. La contestation, d’abord très visible dans certains lycées de quartiers populaires, a gagné des établissements de centre-ville et des lycées parmi les plus réputés du pays. Louis-le-Grand, à Paris, a notamment été bloqué.
Près de 2.000 interpellations en une journée
La semaine a surtout été marquée par une nette montée des tensions. Des affrontements ont éclaté aux abords de plusieurs établissements. Des incendies et des dégradations ont également été signalés. À Nantes, le hall du lycée Nelson-Mandela a été ravagé par un incendie.
Jeudi, le ministère français de l’Intérieur a recensé 1.949 interpellations et 305 policiers, gendarmes et pompiers blessés. Vendredi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez faisait état de 1.747 nouvelles interpellations, portant à plus de 5.000 le nombre d’arrestations depuis le début de la semaine. Le gouvernement affirme que des groupes extérieurs aux lycées participent désormais aux violences. Les autorités mettent notamment en cause des militants d’ultragauche et accusent La France insoumise de contribuer à la mobilisation, ce que le parti de Jean-Luc Mélenchon conteste.
Les représentants lycéens prennent eux aussi leurs distances avec les violences. Renouveau lycéen a déclaré vendredi que leurs auteurs ne représentaient pas les revendications portées dans les établissements.
La gestion policière des manifestations commence parallèlement à susciter des critiques. Plusieurs vidéos d’interpellations ont circulé sur les réseaux sociaux et l’IGPN a été saisie dans plusieurs dossiers. Amnesty International a également mis en cause certains usages de la force à l’encontre de manifestants, dont une partie sont mineurs.
Le gouvernement lâche du lest
L’exécutif a tenté une première concession jeudi en retirant du projet de budget 2027 les frais d’inscription envisagés pour les étudiants non boursiers en BTS et en classes préparatoires. La mesure n’a pas mis fin aux blocages. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reçu vendredi les organisations lycéennes et étudiantes ainsi que les syndicats et représentants de parents d’élèves. À la sortie de la réunion, les organisations de jeunes ont estimé ne pas avoir obtenu de réponse suffisante et ont appelé à poursuivre la mobilisation.
Un nouveau rendez-vous est fixé à mardi.
Le calendrier complique sérieusement l’équation pour l’exécutif. La présidentielle française se tient dans sept mois et la mobilisation lycéenne est déjà devenue un sujet de confrontation entre le gouvernement, la gauche et l’extrême droite.
La France a déjà connu des mouvements étudiants et lycéens capables de faire reculer un gouvernement. Le projet Devaquet avait été retiré en 1986 après plusieurs semaines de manifestations. En 2006, la mobilisation contre le contrat première embauche avait également contraint le gouvernement de Dominique de Villepin à renoncer. La situation actuelle est différente : il n’y a pas, pour l’instant, un projet de loi autour duquel se concentre toute la contestation. Le gouvernement fait face à une accumulation de revendications locales qui ont fini par se rejoindre dans la rue.
Après le pic de jeudi, le nombre d’établissements perturbés a diminué vendredi. La journée de lundi permettra de mesurer si le mouvement commence à refluer ou s’il réussit, au contraire, à repartir après le week-end.