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Incendies en Algérie : pourquoi le pays est devenu l'un des plus touchés du bassin méditerranéen

Incendies en Algérie : pourquoi le pays est devenu l'un des plus touchés du bassin méditerranéen

Chaque été, le même scénario se répète en Algérie. Des centaines de départs de feu sont signalés, des milliers d'hectares de forêts disparaissent, des villages sont évacués et les moyens de secours sont mobilisés dans plusieurs wilayas. L'été 2026 ne fait pas exception. 

En moins de deux semaines, les autorités ont recensé près de 1.550 départs de feu. Lors du dernier bilan, la Protection civile faisait état de 138 incendies en 24 heures, dont 107 maîtrisés, tandis que plusieurs foyers restaient actifs dans le nord du pays.

Ces épisodes ne relèvent plus de l'exception. Ils traduisent une vulnérabilité devenue structurelle, alimentée par la combinaison du changement climatique, des caractéristiques géographiques du pays et d'une prévention qui peine encore à suivre l'évolution du risque.

Une vulnérabilité qui ne date pas d'hier

Contrairement à l'image d'un pays essentiellement désertique, l'Algérie possède plus de 4 millions d'hectares de forêts, concentrés dans sa partie nord. Les massifs de Kabylie, Béjaïa, Tizi Ouzou, Jijel, Skikda, El Tarf ou encore Annaba réunissent tous les ingrédients favorables à la propagation des incendies : une végétation méditerranéenne très inflammable, des reliefs escarpés et des zones habitées parfois difficiles d'accès.

Les chiffres illustrent l'ampleur du phénomène. Selon la Banque mondiale, plus de 75.000 incendies de forêt ont été recensés entre 1985 et 2022, avec une moyenne annuelle d'environ 35.000 hectares détruits. Une étude consacrée aux incendies méditerranéens entre 2001 et 2020 classe également l'Algérie parmi les pays les plus touchés du bassin méditerranéen, aux côtés du Portugal et de l'Italie.

Le traumatisme de l'été 2021 reste gravé dans les mémoires. Les incendies qui avaient ravagé la Kabylie avaient causé la mort de plus de 90 personnes, dont 33 militaires, et détruit des dizaines de milliers d'hectares de forêt. Deux ans plus tard, le système européen EFFIS estimait à près de 73.700 hectares les surfaces brûlées en Algérie pour la seule année 2023. Ces catastrophes successives montrent que le pays fait désormais face à une crise récurrente plutôt qu'à une série d'événements isolés.

Pourquoi les incendies reviennent chaque été

Le changement climatique explique une grande partie de cette évolution. Le bassin méditerranéen est considéré par le GIEC comme l'un des principaux « hotspots » climatiques mondiaux. Les vagues de chaleur se multiplient, les sécheresses s'allongent et la végétation s'assèche plus rapidement, créant des conditions idéales pour le déclenchement et la propagation des feux.

Mais la météo n'explique pas tout. Les départs de feu sont également liés à des imprudences, à des brûlages agricoles mal maîtrisés, à des accidents ou, dans certains cas, à des actes volontaires. Les autorités algériennes ont annoncé plusieurs arrestations dans des affaires distinctes d'incendies présumés volontaires, sans pour autant attribuer l'ensemble des feux enregistrés cette année à une origine criminelle.

La difficulté réside aussi dans la configuration des massifs forestiers. Les reliefs accidentés compliquent l'accès des secours, tandis que plusieurs foyers peuvent se déclarer simultanément sur un vaste territoire. Dans ces conditions, les moyens aériens et terrestres interviennent souvent dans l'urgence, alors que les spécialistes rappellent que la prévention reste le levier le plus efficace. L'entretien des forêts, la création de pare-feux, le débroussaillage, la surveillance des zones sensibles et les systèmes d'alerte constituent autant d'investissements indispensables pour limiter les dégâts avant même l'apparition des premières flammes.

Une facture économique de plus en plus lourde

Les incendies ne détruisent pas uniquement des arbres. Ils touchent les exploitations agricoles, les habitations, les infrastructures, les réseaux électriques et l'activité touristique. Ils fragilisent également les ressources en eau, accélèrent l'érosion des sols et entraînent une perte durable de biodiversité.

À ces dégâts s'ajoutent les dépenses engagées pour les opérations de secours, les évacuations, la mobilisation des avions bombardiers d'eau, les indemnisations des sinistrés, la reconstruction et les campagnes de reboisement. Selon la Banque mondiale, les catastrophes naturelles, dont les incendies de forêt, représentent en moyenne près de 255 millions de dollars de dépenses par an pour l'Algérie.

Cette facture risque de continuer à augmenter. Les projections climatiques annoncent des épisodes de chaleur plus fréquents et plus intenses dans l'ensemble du bassin méditerranéen. Pour l'Algérie, l'enjeu dépasse désormais la seule lutte contre les flammes. Il s'agit de renforcer durablement la prévention, d'améliorer la gestion des espaces forestiers et d'adapter les politiques publiques à un risque qui, année après année, s'installe comme une réalité durable.

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