International Tout voir

Moyen-Orient : Ormuz, Gaza, Liban…, les fronts d’une guerre qui s’enlise

Moyen-Orient : Ormuz, Gaza, Liban…, les fronts d’une guerre qui s’enlise

La fenêtre diplomatique ouverte en juin entre Washington et Téhéran s’est refermée sans accord. Le détroit d’Ormuz reste largement paralysé, les incidents maritimes se multiplient et l’Iran menace de durcir sa posture militaire. Dans le même temps, Gaza reste sans règlement politique, le cessez-le-feu au Liban demeure fragile et les Houthis accentuent la pression en mer Rouge. 
 

Près de six mois après le déclenchement de la guerre contre l’Iran, le risque est désormais celui de l’installation durable d’un conflit régional fragmenté. En effet, la date du 17 août devait constituer une échéance, mais elle est finalement devenue un nouveau point de tension. Le mémorandum conclu le 17 juin entre les États-Unis et l’Iran avait fixé un délai de 60 jours pour tenter de parvenir à un accord plus large, notamment sur le programme nucléaire iranien, les sanctions américaines et les conditions d’une sortie de guerre. Cette trêve, censée mettre fin aux opérations militaires engagées après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran du 28 février, n’a jamais réellement produit la normalisation attendue. Le différend sur le détroit d’Ormuz a rapidement fait dérailler le processus. Washington considère désormais l’accord comme caduc et Donald Trump a exclu lundi de prolonger le délai de négociation.

Téhéran a répondu en durcissant le ton. Un haut responsable iranien a indiqué à Reuters que le pays s'oriente vers une posture militaire «pleinement offensive» et pourrait chercher à briser le blocus naval américain si la voie diplomatique restait bloquée. Mardi, le négociateur iranien Mohammad Bagher Qalibaf a réaffirmé que le détroit d’Ormuz ne serait pas rouvert normalement tant que Washington n’aurait pas levé le blocus, les sanctions pétrolières et certaines restrictions financières, tout en mettant fin aux opérations militaires.

Ormuz est devenu le cœur de la confrontation

Le conflit avait commencé comme une guerre visant directement l’Iran. Son principal point de friction est désormais maritime. Avant le déclenchement des hostilités, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis février, le trafic y est devenu extrêmement irrégulier. Les attaques contre des pétroliers et les restrictions imposées aux navires ont poussé de nombreux armateurs à suspendre leurs traversées. Le week-end dernier, les données de suivi citées par Reuters ne faisaient état que de cinq navires de marchandises ayant franchi le détroit samedi et aucun dimanche, contre 31 le week-end précédent.

Un nouvel incident est venu mardi rappeler la fragilité de la situation. Un navire quittant le détroit a été touché par un projectile au large d’Oman. Sa salle des machines a été endommagée et un membre d’équipage a été victime de l’attaque, selon le Centre britannique UK Maritime Trade Operations. Aucune partie n’en avait immédiatement revendiqué la responsabilité.
Dans ce contexte, les discussions menées entre l’Iran et Oman apparaissent comme l’un des derniers canaux susceptibles de permettre une circulation plus régulière. Mais elles ne constituent pas, à elles seules, un processus de paix entre Washington et Téhéran. Elles portent d’abord sur les conditions de gestion du détroit, alors que les deux principaux belligérants restent profondément divisés sur les sanctions, le dispositif militaire américain et le programme nucléaire iranien.

C’est toute l’ambiguïté de la séquence actuelle : des arrangements techniques peuvent encore être négociés alors même que le règlement politique général s’éloigne.

Le pétrole redevient le thermomètre de la guerre

Les marchés commencent d’ailleurs à intégrer l’hypothèse selon laquelle les perturbations ne seraient plus seulement temporaires. Le Brent évoluait mardi autour de 91 dollars le baril, à son plus haut niveau depuis près de trois semaines, après avoir gagné plus de 2 dollars lundi. La hausse reflète moins une disparition physique totale du pétrole du Golfe qu’une augmentation de la prime de risque : incertitude sur les traversées d’Ormuz, coût du fret et des assurances, nécessité de trouver des routes alternatives et multiplication des incidents contre les installations énergétiques.

L’Arabie saoudite tente notamment de s’adapter. Aramco a repris certains chargements depuis des terminaux situés à l’intérieur du détroit et propose également des solutions de transfert de cargaisons pour approvisionner ses clients asiatiques. Mais ces dispositifs ne remplacent pas une circulation maritime normale.La question énergétique est ainsi devenue indissociable de l’équilibre militaire.  Pour l’Iran, Ormuz constitue l’un des rares leviers capables d’exercer une pression immédiate non seulement sur Washington, mais sur les économies asiatiques et européennes. Pour les États-Unis et leurs alliés du Golfe, laisser Téhéran dicter durablement les conditions de passage reviendrait à lui reconnaître un pouvoir de fait sur l’une des artères commerciales les plus stratégiques de la planète.

Gaza : une négociation qui tourne toujours autour du même verrou

Le déplacement du centre de gravité vers le Golfe n’a pas réglé leconflit israélo-palestinien.  À Gaza, la diplomatie américaine reste bloquée sur une question devenue centrale : qui doit agir en premier ? Jared Kushner a quitté lundi le Moyen-Orient sans obtenir de percée après avoir rencontré successivement des dirigeants du Hamas en Égypte puis Benjamin Netanyahu en Israël. Le plan américain prévoit un désarmement progressif du Hamas parallèlement au retrait de l’armée israélienne. Le Hamas affirme accepter le principe de la feuille de route, mais demande qu’Israël mette d’abord fin à ses attaques et commence son retrait. Netanyahu défend la logique inverse : aucun retrait significatif avant le désarmement complet du mouvement palestinien. C’est moins le contenu général du futur règlement qui bloque désormais que son ordre d’exécution.

Cette question de séquençage est loin d’être technique. Désarmer avant le retrait signifie, du point de vue du Hamas, perdre son principal levier sans garantie sur la présence militaire israélienne. Se retirer avant le désarmement signifie, pour le gouvernement israélien, prendre le risque de voir le Hamas reconstituer ses capacités.
Le cessez-le-feu conclu en octobre 2025 a réduit l’intensité des combats sans produire un véritable après-guerre. Des frappes israéliennes continuent d’être menées dans l’enclave, tandis que la reconstruction reste elle-même liée par Washington et Israël à la démilitarisation du Hamas.

Gaza illustre ainsi une caractéristique désormais commune à plusieurs fronts : les accords provisoires interrompent ou réduisent les combats sans résoudre la question qui les a déclenchés.

Au Liban, le même problème sous une autre forme

Le parallèle avec le Liban est frappant. Israël conditionne son retrait du sud du territoire libanais au désarmement du Hezbollah. Le mouvement chiite soutenu par l’Iran refuse au contraire de discuter de ses armes tant que les forces israéliennes restent présentes. Entre les deux positions, l’armée libanaise doit progressivement reprendre le contrôle de certaines zones dans le cadre d’un accord soutenu par les États-Unis.

L’équilibre est extrêmement fragile. Le 15 août, des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins onze morts selon le ministère libanais de la Santé, dans l’un des épisodes les plus meurtriers depuis l’adoption du nouveau cadre de désescalade. Israël affirme avoir visé des infrastructures et un responsable du Hezbollah après des attaques contre ses soldats.
Ici encore, chacun conditionne son désengagement à celui de l’autre. Gaza et le Liban sont donc confrontés au même dilemme stratégique : le désarmement des groupes armés est présenté par Israël comme la condition du retrait, tandis que ces groupes considèrent précisément la présence israélienne comme la justification du maintien de leurs armes.

Tant que cette équation n’est pas résolue politiquement, un cessez-le-feu peut limiter la violence mais difficilement supprimer le risque de reprise des hostilités.

La mer Rouge redevient un deuxième verrou maritime

À l’autre extrémité de la péninsule arabique, la situation s’est également détériorée. Les Houthis yéménites, alliés de l’Iran, ont revendiqué lundi une attaque contre un navire militaire saoudien et quatre bâtiments d’escorte près de Mocha. Riyad n’avait pas immédiatement confirmé cette version. Une semaine auparavant, quatre membres d’équipage avaient été tués lors d'une attaque contre un navire dans le détroit de Bab el-Mandeb. Les Houthis ont également revendiqué plusieurs attaques contre des installations pétrolières saoudiennes au cours des dernières semaines.

La géographie donne à ces attaques une portée dépassant largement le Yémen. Ormuz contrôle l’accès au Golfe. Bab el-Mandeb contrôle l’entrée sud de la mer Rouge et donc l’un des principaux accès au canal de Suez. La pression simultanée sur ces deux passages réduit les possibilités de contournement. Elle augmente les coûts logistiques et place directement l’Arabie saoudite, les Émirats et les autres économies du Golfe face aux conséquences d’une guerre qu’ils cherchent précisément à empêcher de gagner leur territoire.

Riyad tente désormais de renforcer ses instruments de dissuasion. Le royaume a signé début août un accord de défense avec la Turquie et le Pakistan et travaille à une coopération maritime accrue en mer Rouge. Ce changement traduit moins une volonté saoudienne d’entrer en guerre qu’une inquiétude croissante sur la capacité des dispositifs existants à protéger ses infrastructures et ses voies d’exportation.

Une guerre plus régionale, mais aussi plus difficile à terminer

En effet, c’est là que se situe l’évolution la plus importante de ces derniers mois. Lorsque les États-Unis et Israël ont lancé leurs frappes contre l’Iran le 28 février, la confrontation possédait un centre relativement identifiable : le territoire iranien, ses capacités militaires, son programme nucléaire et la survie de son appareil politique. Depuis, la guerre s’est diffusée. Le détroit d’Ormuz est devenu un champ de confrontation. Le sud du Liban reste occupé en partie et instable. Gaza demeure sans solution politique. Les Houthis maintiennent une pression sur la mer Rouge et l’Arabie saoudite. Les monarchies du Golfe renforcent leurs alliances tout en essayant d’éviter une confrontation directe avec Téhéran. Cette dispersion rend paradoxalement une sortie de guerre plus complexe.

Un accord entre Washington et Téhéran ne suffirait probablement plus, à lui seul, à régler Gaza. Un arrangement sur Gaza ne résoudrait pas automatiquement la question du Hezbollah. Une réouverture d’Ormuz ne mettrait pas fin aux tensions en mer Rouge. Et aucun de ces dossiers ne peut pourtant être complètement isolé des autres. Le Moyen-Orient est donc entré dans une phase où l’absence d’escalade totale ne signifie plus véritablement la paix. À court terme, le scénario le plus plausible n’est pas nécessairement celui d’une guerre généralisée mobilisant simultanément tous les acteurs. C’est plutôt celui d’une confrontation durable, faite de frappes limitées, de blocus, d’attaques contre les infrastructures et la navigation, de cessez-le-feu imparfaits et de négociations successives.

Le principal indicateur à suivre dans les prochaines semaines sera donc le retour -ou non- à une circulation maritime régulière dans le détroit d’Ormuz. Tant que cette artère restera sous tension, la guerre continuera d’avoir une capacité immédiate à sortir du Moyen-Orient pour peser sur les prix de l’énergie, l’inflation et l’économie mondiale.

Articles qui pourraient vous intéresser

Samedi 12 Septembre 2026

Bab el-Mandeb : Les Houthis rebattent les cartes du pétrole

Mercredi 09 Septembre 2026

Attaques iraniennes contre la Jordanie : Le Roi Mohammed VI adresse un message de soutien à Amman

S'inscrire à la Newsletter de La Quotidienne

* indicates required