International Tout voir

Sebta : un mois après, le point sur la crise migratoire

Sebta : un mois après, le point sur la crise migratoire

Un mois après l'afflux massif à Sebta, la crise s'est déplacée. Elle n'est plus seulement humanitaire, elle est devenue un terrain d'affrontement politique espagnol : entre un exécutif qui  exonère le Maroc et une extrême droite qui, elle, ne lâche rien. Trois éléments cristallisent aujourd'hui le débat.
 

31 août. Sur les ondes de Cadena SER, première radio d’Espagne, Pedro Sánchez sort du silence qu'il observait depuis un mois sur Sebta. En face, Vox multiplie les attaques depuis début août, jusqu'à réclamer la suspension pure et simple du traité d'amitié liant Rabat et Madrid depuis 1991. Entre les deux, un sujet que personne n'attendait revient sur la table : le statut même de Sebta. On fait le point. 

Vox monte d'un cran

Depuis le 13 août, le parti de Santiago Abascal ne lâche plus le dossier. D'abord deux initiatives déposées au Congrès, exigeant que le Maroc «assume les coûts» de la crise et réclamant la comparution de la ministre de la Santé sur un prétendu «risque sanitaire». Puis, le 31 août, l'escalade : le comité exécutif national de Vox réclame à l'unanimité la suspension du traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération avec le Maroc, ainsi que le rappel de l'ambassadeur espagnol et l'expulsion de son homologue marocain.

Abascal pousse également le PP à soutenir, à Bruxelles, une suspension de l'accord préférentiel entre l'UE et le Maroc, qui structure une grande partie des échanges commerciaux du royaume avec son premier partenaire économique. Le 1er septembre, la porte-parole du parti  d’extrême droite au Congrès, Pepa Millán, dépose la demande à travers une initiative parlementaire. Pour l’instant, ni le gouvernement espagnol ni le PP, dont le soutien serait pourtant essentiel pour peser réellement sur ces textes, ne s'y sont ralliés.

Coopération «franchement positive», selon Pedro Sanchez

C'est là le point qui concerne directement Rabat. Interrogé sur une éventuelle implication marocaine dans l'afflux de migrants des 30 et 31 juillet, Pedro Sánchez est catégorique : aucun service de renseignement partenaire de l'Espagne n'en a «relevé le moindre indice». Il va plus loin, qualifiant la coopération avec le Maroc de «franchement positive» et rappelant que Rabat avait proposé une aide dès les premiers jours. Le chef du gouvernement pointe en revanche une autre origine à l'emballement : une campagne de désinformation qu'il attribue à la Russie et à Israël, ainsi qu'à une «internationale d'ultradroite». Une hypothèse rejetée par Moscou et Tel-Aviv. Selon les services espagnols, un arrêt de la Cour suprême du 8 juillet aurait été délibérément déformé et relayé en ligne pour provoquer les traversées de migrants venant du Maroc. 

Sebta : un statut qui refait débat

C'est le troisième axe, le plus inattendu. En accusant le Maroc de «revendiquer le territoire espagnol», l'initiative parlementaire de Vox réintroduit dans le débat public espagnol une question que Madrid préfère habituellement esquiver : celle du statut de Sebta elle-même. Un terrain que l'extrême droite instrumentalise à son tour, en le mêlant à un récit plus large à coup de vidéos sorties de leur contexte, d’images générées par IA simulant des déploiements militaires espagnols, de scénarios géopolitiques spéculatifs mettant en scène une invasion militaire marocaine pour «reprendre Ceuta». Bataille livrée par les ultranationalistes espagnols essentiellement sur les réseaux sociaux. L'Observatoire espagnol du racisme et de la xénophobie a toutefois recensé 9.590 messages de haine en seulement 48 heures sur les réseaux, au plus fort de la séquence.

Et justement, de l’autre côté de la frontière, les chiffres ne s'accordent pas : Madrid parle d’environ 5.000 personnes encore présentes à Sebta, dont 1.200 mineurs non accompagnés, les autorités locales évoquent plutôt 10.000 migrants, tandis que Vox monte jusqu'à 15.000 et compare la ville à «une nouvelle Lampedusa», selon les propos de son représentant sur place Juan Sergio Redondo, faisant référence à l’ile italienne devenue célèbre pour ses vagues d’arrivées de migrants. Un écart qui, à lui seul, explique pourquoi le récit continue de vivre sa propre vie, indépendamment des conclusions du renseignement espagnol.

Pour l'instant, les initiatives de Vox restent minoritaires au sein du Congrès espagnol. Mais entre l'accord préférentiel UE-Maroc, le traité d'amitié bilatéral et, désormais le statut de Sebta lui-même, le nombre de sujets remis sur la table par l'extrême droite espagnole ne cesse de grandir. 

 

Par Leila Chik

Articles qui pourraient vous intéresser

Vendredi 09 Octobre 2026

Espagne : la Banque centrale relève ses prévisions de croissance pour 2026 et 2027

Vendredi 25 Septembre 2026

Maroc-Espagne : Rabat recadre le débat sur la migration

Mercredi 16 Septembre 2026

Ceuta : L'UE envisage un nouveau mécanisme de "réponse d'urgence" aux crises migratoires

S'inscrire à la Newsletter de La Quotidienne

* indicates required