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Maladies rénales chroniques: 33.000 patients traités par hémodialyse au Maroc

 

La maladie rénale chronique est la 11ème cause de mortalité dans le monde.

Cette pathologie toucherait plus de 3 millions de Marocains.

Comment prévenir la dangerosité de cette maladie, dite silencieuse, et quel intérêt porte la Journée mondiale du don d’organes et de la greffe ? Eléments de réponse avec le Pr Intissar Hadiya, médecin-néphrologue et écrivaine.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

 

Finances News Hebdo : Le caractère silencieux des maladies rénales, avant d’arriver au stade critique, constitue la dangerosité de cette pathologie. Comment peut-on prévenir cette maladie ?

Pr Intissar Haddiya : Nos reins assurent une fonction vitale. Ils contribuent à purifier l’organisme en éliminant les toxines et les déchets du métabolisme, ce qui aboutit à la production des urines. Les reins peuvent être endommagés silencieusement et lentement. C’est l’une des raisons pour lesquelles les patients ne présentent généralement pas de symptômes, jusqu'à ce que la maladie rénale atteigne un stade avancé. Il existe plusieurs moyens simples pour prévenir et réduire le risque de maladie rénale :

• Boire suffisamment d'eau et tout au long de la journée : boire au minimum 1,5 à 2 litres d'eau par jour (environ 8 à 10 verres d'eau chaque jour bien répartis sur la journée). Plus encore après un exercice physique intense, lorsqu'il fait chaud ou lorsqu’on vit dans un climat sec, et aussi lorsqu'on souffre de calculs rénaux ou d'infections urinaires à répétition.

• Manger sainement : Une alimentation saine et équilibrée est un mode de vie intégrant des aliments complets (légumes, fruits, graines, viande, poisson) les plus frais possibles. Elle a pour but d’apporter à l’organisme les nutriments dont il a besoin, tout en évitant les excès, notamment en matière de protéines animales (viandes, charcuterie…) et de sel. À noter qu’une consommation quotidienne de 4 à 7 g de sel par jour est généralement suffisante, car l’excès de sel peut induire une hypertension artérielle.

• Pratiquer une activité physique régulière et adaptée contribue à éviter le gain de poids, à réduire la pression artérielle et par conséquent le risque de maladie rénale chronique.

• Attention aux suppléments et remèdes à base de plantes. Des quantités excessives de certains suppléments vitaminiques et de certains extraits d’herbes et plantes peuvent nuire à nos reins.

• Éviter l’usage excessif des analgésiques, en particulier les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Ces médicaments sont dangereux pour les reins s’ils sont consommés de façon prolongée.

• Contrôler la tension artérielle et le taux de sucre dans le sang. L'hypertension artérielle et le diabète sont des causes majeures de maladie rénale. Le contrôle tensionnel et glycémique représente un volet important de prévention rénale. Arrêter de fumer : le tabac est mauvais pour le rein, sans compter que c’est un facteur de risque majeur du cancer du rein.

 

F.N.H. : Pouvez-vous nous parler des causes des maladies rénales, comment les dépister et qui sont les sujets à risque ? 

I. H. : Les causes des maladies rénales sont diverses et parfois indéterminées, mêlant une prédisposition génétique à des facteurs environnementaux et dégénératifs. Actuellement, les principales causes de l’insuffisance rénale sont le diabète et l’hypertension artérielle. Les autres néphropathies incluent les conséquences des infections urinaires à répétition, notamment les pyélonéphrites et les calculs urinaires ainsi que les atteintes rénales secondaires aux maladies systémiques. L’insuffisance rénale peut également résulter d’une maladie génétique héréditaire affectant les reins. La polykystose est la plus fréquente d’entre elles. Il s’agit d’une atteinte où les kystes augmentant de volume, envahissent les reins et altèrent leur fonctionnement.

Le dépistage des maladies rénales consiste à rechercher des signes de maladie rénale chronique en l’absence de tout symptôme, à partir du test des bandelettes urinaires sur un échantillon d’urines qui permet de détecter la présence de protéines, de globules rouges et globules blancs à leur niveau. Ainsi qu’une prise de sang avec le dosage de la créatinine sanguine permettant d’estimer la fonction rénale du patient. Ce dépistage est proposé aux personnes présentant un ou plusieurs des facteurs de risque suivants : le diabète, l’hypertension artérielle, l’obésité, l’âge> 60 ans, une pathologie cardiovasculaire ou une atteinte systémique potentiellement pourvoyeuse d’une atteinte rénale et l’existence d’antécédents personnels et/ou familiaux de maladie rénale. En présence d'un ou plusieurs facteurs de risque, le médecin traitant propose à son patient un dépistage et une surveillance régulière, une fois par an, pour détecter précocement l'apparition de la maladie rénale chronique afin d'en retarder l'évolution.

 

F.N.H. : Quelles sont les précautions à prendre absolument pour les sujets possédant un seul rein ? 

I. H. : Les précautions à prendre dans le cas du rein unique rejoignent les règles générales de prévention de la maladie rénale, en termes de boisson orale, alimentation saine, activité physique, contrôle tensionnel et glycémique, éviction du tabac, de l’obésité et des plantes et des médicaments toxiques pour le rein. De plus, les sujets porteurs de rein unique devraient bénéficier régulièrement de surveillance médicale afin de dépister d’éventuelles anomalies rénales à des stades précoces.

 

F.N.H. : Quelle hygiène de vie pour les malades atteints d’insuffisance rénale chronique ou dialysés ?  

I. H. : Le maintien d’un bon état physique du patient en insuffisance rénale ou dialysé requiert une activité physique régulière et adaptée et une alimentation saine et variée. Toutefois, certains constituants alimentaires qui sont normalement éliminés par le rein, peuvent s’accumuler dans l’organisme et provoquer diverses complications, voire le décès. Des règles diététiques doivent être respectées et adaptées en fonction des besoins des patients et des résultats de leurs analyses biologiques. L’aide d’une diététicienne peut être nécessaire au cours de la prise en charge du patient. Les principales restrictions alimentaires à considérer en cas d’insuffisance rénale chronique et/ou hémodialyse concernent :

• Le potassium et le phosphore, qui sont indispensables au fonctionnement de l’organisme, mais qui peuvent s’y accumuler avec des répercussions parfois graves.

• Le potassium est présent en grande quantité dans les légumes et les fruits frais et secs, les oléagineux (amandes, noix, noisettes…), le chocolat, les boissons instantanées. En cas d’insuffisance rénale sévère, ces aliments sont à limiter.

• Le phosphore est présent en grande quantité dans les fromages, les abats, les poissons en conserve, les oléagineux, les charcuteries. La consommation de ces aliments devrait être, par conséquent, limitée.

• L’apport en sel devrait être réduit chez le patient hypertendu. Concrètement, il s’agit d’éviter le sel lors de la préparation des repas et de ne pas en rajouter aux aliments.

 

F.N.H. : Au Maroc, plus de 33.000 patients sont traités par hémodialyse. Quels sont les traitements actuels de l'insuffisance rénale chronique ? 

I. H. : Le traitement de l’insuffisance rénale chronique revêt deux volets :

• Un traitement conservateur, qui consiste à associer des mesures diététiques avec un traitement pharmaceutique et médical adéquat. Ce traitement conservateur vise à ralentir la progression de la maladie en contrôlant la cause sous-jacente et en améliorant les symptômes.

• Un traitement de suppléance par hémodialyse (technique nécessitant une machine et souvent effectuée en milieu médicalisé), dialyse péritonéale effectuée à domicile ou transplantation rénale. Cette dernière représente le traitement idéal de l’insuffisance rénale chronique et nécessite un greffon rénal à partir d’un donneur vivant apparenté ou un sujet décédé ayant donné son consentement ou n’ayant pas exprimé de refus au don, de son vivant. Il est recommandé de s'assurer que la décision de mise en place du traitement de suppléance soit prise en collaboration avec le patient, la famille et les soignants.

 

F.N.H. : La Journée mondiale du don d’organes et de la greffe est célébrée le 17 octobre. Quel est son intérêt ? Avons-nous cette culture de la transplantation d'organes et comment peut-on cibler et sensibiliser un plus grand nombre ?  

I. H. : En effet, depuis 2005, l'OMS a promulgué une journée mondiale dédiée au don d'organes et à la greffe. Elle se tient chaque année le 17 octobre. L'idée de cette journée mondiale est de sensibiliser et donner à réfléchir sur ce thème, au regard de l’ampleur de la pénurie d’organes à greffer partout au monde. Car, chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants décèdent faute d'avoir pu être transplantés à temps, alors qu’ils auraient pu être sauvés. Au Maroc, il existe une grande disparité entre les besoins en don et le nombre de greffons disponibles. Ceci est en partie dû au refus des familles à ce que l’on prélève les organes de leurs proches en état mort encéphalique. Ce refus est essentiellement lié à l’insuffisance des connaissances relatives au don et à la transplantation d’organes. Dans une récente étude réalisée par l’équipe de néphrologie du Centre hospitalier universitaire de Casablanca, auprès de 1.000 citoyens marocains via les réseaux sociaux afin d’évaluer leurs connaissances, attitudes et croyances au sujet du don d’organes, 87,4% des participants étaient favorables au don, mais seuls 39,1% comptent s’inscrire au registre des donneurs. Enfin, l’enquête avait conclu que la clé de voûte de ce problème réside en l’information ciblée et régulière des citoyens marocains sur le don d’organes et les lois le régissant (médias, écoles, mosquées…) afin d’améliorer la confiance en le processus du don et sauver des vies.

 

F.N.H. : Vous êtes médecinnéphrologue et auteure à succès. Dans vos romans, la maladie rénale n’est jamais loin. Elle est décortiquée, et vous n’hésitez pas à mettre en lumière et à faire entrer en scène des sujets malades. Estce un combat continu pour vous ? 

I. H. : C’était le cas de mon roman «Si Dieu nous prête vie», qui était naturellement inspiré de mon quotidien de médecin néphrologue face à la lourdeur de la maladie rénale et aux souffrances des patients. Dans cet ouvrage, j’avais voulu donner une voix à toutes ces personnes très courageuses qui s’accrochent à la vie et militent, en silence, contre un mal féroce. J’ai tenu à les faire sortir de l’ombre, faire connaître leur douleur et leur combat. C’est une communauté qui reste malheureusement méconnue du grand public. Est-ce un combat en continu pour moi ? Là encore, je pense qu’il est difficilement concevable d’être néphrologue et de ne pas être de ce combat ! Ne pas être impliqué et mobilisé peu ou prou, pour améliorer le quotidien de nos patients et promouvoir le don de rein. Car la greffe est le traitement de choix de l’insuffisance rénale terminale, elle procure une survie et une qualité de vie supérieures à la dialyse. De plus, le don d’organes est un geste de générosité extrême. Le plus beau cadeau qu’on puisse offrir à un malade. Je suis particulièrement sensible à l’espoir qu’il procure à tous ceux pour qui il représente une option inouïe de survie. D’ailleurs, j’ai beaucoup d’admiration et d’estime pour les donneurs et leurs familles ainsi que tous mes collègues médecins et chirurgiens qui œuvrent pour le don de la vie. 

 

 

 

 

 

 

 

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