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Maroc : Les 20% de la population les plus aisés détiennent plus de la moitié des revenus des ménages

Maroc : Les 20% de la population les plus aisés détiennent plus de la moitié des revenus des ménages

Mercredi 28 Avril 2021 Par Laquotidienne

 

Le haut-commissariat au Plan vient de publier une enquête sur les «Revenus des ménages : Niveaux, sources et distribution sociale». Voici ce qu’elle révèle concernant, entre autres, la distribution sociale des revenus des ménages.

 

L'analyse de la concentration des revenus par tête en 2019 selon les différentes catégories socio-économiques permet de faire les constatations suivantes :

  • Au niveau national, les 20% de la population les plus aisés détiennent plus de la moitié (53,3%) des revenus des ménages contre 5,6% pour les 20% les moins aisés.

  • Avec un revenu annuel moyen par tête de 57.400 DH, les 20% de la population les plus aisés disposent d’un revenu environ 10 fois (9,6) celui des 20% de la population les moins aisés (6.000 DH).

  • En milieu urbain, le revenu annuel moyen par tête est de 65.070 DH pour les 20% les plus aisés contre 7.286 DH pour les 20% les moins aisés et le rapport inter-quintile[1] est de 8,9 fois. Au total, la part des 20% les plus aisés dans la masse totale des revenus est de 52,1% contre 5,9% pour les 20% les moins aisés.

  • En milieu rural, les 20% de la population les plus aisés ont un revenu annuel moyen par tête de 40.700 DH et détiennent plus de la moitié du revenu total (52,3%), alors que les 20% les moins aisés, avec un revenu annuel moyen par tête de 4.900 DH, en disposent de 6,3%, soit un rapport inter-quintile de 8,3.

 

Cette concentration des revenus est plus accentuée parmi les 10% de la population les moins aisés et les 10% les plus aisés :

  • Les 10% de la population les moins aisés vivent avec moins de 6.270 DH par personne et par an (7.756 DH en milieu urbain et 5.157 DH en milieu rural), alors que les 10% les plus aisés disposent de plus de 41.705 DH (48.440 DH en milieu urbain et 28.090 DH en milieu rural).

  • Le milieu urbain concentre les revenus les plus hauts : les 10% de la population les plus aisés vivent avec un revenu annuel moyen par tête supérieur à 48.440 DH, soit 72,4% de plus que celui des 10% des ménages ruraux les plus aisés.

  • Les 10% de la population les plus aisés concentrent 37,8% du total des revenus contre 2,2% pour les 10% les moins aisés, ce qui correspond à un rapport inter-décile de 17,2. Ces indices sont respectivement de 36,5%, 2,3% et 15,9 en milieu urbain et de 37,9%, 2,6% et 14,6 en milieu rural. 

Dans ces conditions, l’inégalité du revenu, estimée par l’indice de Gini, est de 46,4%, relativement élevée et dépassant le seuil socialement tolérable (42%). Cette inégalité du revenu est de 45% en milieu urbain et de 44,5% en milieu rural.

 

3. Comparaison des distributions du revenu et de la dépense des ménages

Le niveau d’inégalité associé à la répartition des dépenses est de 38,5%, par référence à l’indice de Gini, contre 46,4% pour le niveau d’inégalité des revenus. Par milieu de résidence, ces indices sont respectivement de 37,9% contre 45% en milieu urbain et 30,1% contre 44,5% en milieu rural. 

Ces écarts sont également mis en exergue par les rapports inter-quantiles[2] et inter-déciles[3] :

  • Le rapport inter-quintile est de 9,6 si le niveau de vie est mesuré par le revenu versus 6,6 s’il est mesuré par la dépense. Ainsi, les 20% des ménages les plus aisés concentrent un revenu d’environ 10 fois celui des 20% des ménages les plus moins favorisés. En termes de dépense, ce rapport est de 7 fois.

  • Quant au rapport inter-décile, il affiche des écarts plus prononcés avec un revenu total des 10% les plus aisés 17 fois celui des 10% les moins favorisés et une dépense de 11 fois.

 

  • Graphiquement, d’après les courbes de concentration associées aux répartitions du revenu et de la dépense des ménages marocains, il en ressort que la part du revenu global des percentiles de la population est inférieure à celle de la dépense totale ; en d’autres termes, l’inégalité des revenus est plus élevée que l’inégalité des dépenses.

 

 

4. Pauvreté relative, corollaire d’inégalités de revenu

Considérée comme une forme d’inégalités de revenu, la pauvreté relative se mesure par référence au poids démographique des personnes à faible revenu dans la répartition du revenu de toute la population, en fixant le seuil de pauvreté à 50% du revenu médian par tête (6 830 DH)[4].

En 2019, la part des personnes à faible revenu est de 12,7% à l’échelle nationale, 6,8% en milieu urbain et 22,9% en milieu rural.

Au total, 4,5 millions de personnes sont pauvres à titre de pauvreté relative, dont les deux tiers (66,4%) résident en milieu rural.

 

5. Facteurs discriminant le niveau du revenu

Le niveau du revenu varie en fonction de plusieurs facteurs, en particulier  les caractéristiques sociodémographiques du chef de ménage dont :

  • l’âge du chef de ménage, dans le sens que le revenu mensuel moyen a tendance à plus que doubler à l’âge de retraite, passant d’une moyenne mensuelle de 4.200 DH pour les 15-24 ans à 8.600 DH pour les 65 ans et plus.

  • le sexe du chef de ménage, avec un revenu moyen de 5.500 DH pour les ménages dirigés par une femme contre 8.200 DH pour ceux dirigés par un homme. Etant donné que les ménages dirigés par un homme sont généralement de taille plus élevée, le revenu par tête est quasi similaire pour les deux types de ménages, avec respectivement 1.740 DH et 1.800 DH.

  • le niveau d’éducation, avec un revenu mensuel moyen variant de 6.458 DH pour les ménages dont les chefs sont sans niveau scolaire à 14.281 DH pour les chefs de ménages ayant le niveau d’enseignement supérieur.

 

 

  • La catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage, dans la mesure où l’on peut distinguer 6 grands groupes :

        - Le premier groupe est celui des ménages dirigés par des responsables hiérarchiques de la fonction publique, directeurs et cadres de direction d'entreprises, cadres supérieurs et membres des professions libérales, dont le revenu mensuel moyen est 17.040 DH. La moitié de cette catégorie dispose d’un revenu mensuel supérieur à 13 055 DH

- Le second groupe englobe les ménages dont les chefs sont des cadres moyens, des employés et des commerçants et intermédiaires commerciaux et financiers, avec un revenu moyen de 8.257 DH, dont la moitié gagne un revenu mensuel supérieur à 6.295 DH;

       - Le troisième groupe comprend les inactifs (retraités, rentiers, et autres inactifs), avec un revenu moyen de 7.819 DH, dont la moitié gagne un revenu mensuel supérieur à 5. 458 DH.

       - Le quatrième renferme les exploitants agricoles, pêcheurs, forestiers, chasseurs et travailleurs assimilés et les ouvriers agricoles, avec un revenu moyen de 7.370 DH. 50% de ces ménages ont un revenu mensuel supérieur à 4.390 DH.

       - Le cinquième groupe comporte les conducteurs d'installations et de machines, les artisans et les ouvriers qualifiés, avec  un revenu moyen de 6.447 DH. 50% de cette catégorie ont un revenu mensuel supérieur à 4.800 DH.

       - Enfin, le sixième groupe inclue les manœuvres non agricoles, les manutentionnaires et travailleurs des petits métiers et les chômeurs n'ayant jamais travaillé. Le revenu moyen de ces ménages est de 4.720 DH. 50% de ces ménages ont un revenu supérieur à 3.910 DH.

 

En somme, trois catégories socioprofessionnelles du chef de ménage disposent d’un revenu supérieur au revenu moyen : les responsables hiérarchiques, les directeurs et cadres administratifs d’entreprises, les cadres supérieurs et membres des professions libérales, les cadres moyens, employés, commerçants et intermédiaires commerciaux et financiers et les rentiers, retraités et autres inactifs.

 

 

[1] Il représente le rapport entre le revenu moyen des 20% les plus aisés et celui des 20% les moins favorisés.

[2] Il représente le ratio entre le revenu (la dépense)  moyen(ne) des 20% les plus aisés et celui (celle) des 20% les moins favorisés.

[3] Il mesure le ratio entre le revenu (la dépense) moyen(ne) des 10% les plus aisés et celui (celle) des 10% les moins favorisés.

[4] A titre indicatif, pour l’OCDE, tout individu ayant un revenu inférieur à 50% du revenu médian est considéré comme pauvre à titre de la pauvreté relative. Cette approche considère que la pauvreté est un phénomène relatif à chaque société, autrement dit, la pauvreté est envisagée comme un produit d’inégalité : sont pauvres les personnes ou les ménages dont le niveau de vie est inférieur à celui des autres membres de la société. Pour l’Eurostat, le seuil de pauvreté relative correspond à 60% du revenu médian de la population.

Par référence à l’OCDE, le seuil de pauvreté relative, adopté par le HCP, correspond à 50% de la valeur du revenu médian.

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