Présenté ce lundi 19 octobre devant les deux Chambres du Parlement, le programme gouvernemental de Fatima Ezzahra El Mansouri dessine les contours de l’action de l’Exécutif pour les cinq prochaines années.
La nouvelle équipe gouvernementale, conduite par Fatima Ezzahra El Mansouri entend inscrire son action dans une double dynamique : poursuivre les grands chantiers structurants engagés sous l’impulsion royale et accélérer leurs retombées économiques et sociales.
Issue des élections législatives du 23 septembre 2026, la majorité réunissant le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS a choisi de bâtir son programme autour de sept priorités complémentaires. Celles-ci couvrent aussi bien la consolidation de l’État de droit et la lutte contre la corruption que la protection sociale, l’insertion des jeunes, la souveraineté stratégique et la construction d’une économie plus productive.
Sur le terrain macroéconomique, le gouvernement affiche une ambition volontariste : porter la croissance à une moyenne annuelle de 5% sur la période 2027-2031.
Cet objectif suppose une accélération durable de la création de valeur ajoutée, mais également une transformation de la structure productive nationale. L’Exécutif entend ainsi renforcer la place de l’industrie, développer les activités à plus forte valeur ajoutée, soutenir l’innovation et réduire la dépendance à certaines importations.
L’enjeu consiste à dépasser une croissance largement tributaire des aléas climatiques, de la demande extérieure et de la dynamique des grands chantiers, pour construire un modèle plus diversifié et plus résilient.
La politique économique devra également préserver la stabilité des prix. Le programme retient une inflation autour de 2% par an, considérée comme compatible avec la protection du pouvoir d’achat et la visibilité nécessaire aux investisseurs.
Sur le plan budgétaire, l’Exécutif entend contenir le déficit autour de 3% du PIB et ramener progressivement la dette publique à près de 62% du PIB à l’horizon 2031.
Pour atteindre ces objectifs, plusieurs leviers sont avancés : élargissement de l’assiette fiscale, amélioration de l’efficacité de la dépense publique, réforme du cadre organique des finances publiques et augmentation de la contribution des établissements et entreprises publics.
Investissement privé : vers un nouveau partage des rôles
Le programme gouvernemental entend faire du secteur privé l’un des principaux moteurs de la croissance et de la création d’emplois.
L’objectif est de renforcer sa contribution à l’investissement national, en améliorant l’environnement des affaires, en facilitant l’accès au financement et en favorisant l’émergence d’entreprises capables de se positionner sur des segments industriels et technologiques à plus forte valeur ajoutée.
Cette orientation s’inscrit dans une volonté de rééquilibrage du modèle d’investissement marocain, historiquement marqué par un rôle prépondérant de l’Etat et des entreprises publiques dans la réalisation des grandes infrastructures.
Le gouvernement entend parallèlement accélérer la restructuration du portefeuille public et améliorer la situation financière des établissements et entreprises publics. Il s’agit d’accroître leur efficacité et leur contribution à l’économie nationale.
Une attention particulière est accordée aux petites et moyennes entreprises. Le programme prévoit notamment de réserver légalement 30% de la valeur des marchés publics aux PME marocaines.
Cette mesure pourrait ouvrir de nouvelles perspectives à un tissu entrepreneurial confronté à des difficultés d’accès à la commande publique, au financement et aux grands projets.
Par ailleurs, la protection du pouvoir d’achat constitue l’un des principaux engagements du nouveau gouvernement. Face à la hausse du coût de la vie, l’Exécutif annonce une stratégie combinant soutien aux revenus, régulation des marchés, renforcement de la protection sociale et amélioration des services publics.
Sur le front des prix alimentaires, plusieurs mesures sont envisagées.
Elles concernent notamment la sécurisation de l’approvisionnement en produits stratégiques, la modernisation des circuits de commercialisation, la réforme des filières de distribution des viandes et des poissons ainsi qu’un meilleur encadrement des relations entre exportations et approvisionnement du marché intérieur.
Le gouvernement entend également lutter contre les situations de monopole, les pratiques spéculatives et les intermédiaires opportunistes, en coordination avec le Conseil de la concurrence.
Parmi les annonces à forte portée sociale figure l’instauration d’une compensation automatique de la facture mensuelle d’électricité, dans la limite de 100 DH, pour les ménages éligibles et leur résidence principale.
Une réforme progressive de l’impôt sur le revenu est également prévue afin d’améliorer le revenu net des salariés et d’encourager l’emploi déclaré.
Le dispositif d’aide sociale directe devrait, pour sa part, être réorienté en fonction du revenu réel des bénéficiaires. Le montant de l’aide serait progressivement porté de 500 à 1.000 DH à la fin de la législature.
Retraites : vers une réforme structurelle
Le dossier des retraites occupe une place importante dans le programme.
L’Exécutif annonce son intention d’engager, en concertation avec les partenaires sociaux et économiques, une réforme globale des régimes de retraite.
L’approche proposée ne se limite pas aux paramètres traditionnellement débattus, comme l’âge de départ, les taux de cotisation ou les modalités de calcul des pensions. Elle vise également l’élargissement de la couverture, la convergence entre les régimes et la préservation de leur viabilité financière.
Deux engagements retiennent particulièrement l’attention : le relèvement progressif du minimum des pensions principales à 3.000 DH par mois dans les différents régimes et le passage de la pension de réversion des veuves à 100% de la pension principale du conjoint décédé, contre 50% selon la référence retenue dans le discours.
Ces mesures traduisent une volonté d’améliorer les revenus des retraités et de renforcer la protection des ayants droit.
Elles devront toutefois être accompagnées d’une évaluation actuarielle et de mécanismes de financement adaptés.
En outre, la question de l’emploi des jeunes apparaît comme l’un des principaux défis économiques et sociaux de la prochaine législature.
Le gouvernement dresse lui-même un constat préoccupant : environ 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans se trouvent en dehors de l’emploi, de l’enseignement et de la formation. Le taux de chômage des 15-24 ans atteint, selon les chiffres cités dans le programme, 29,2%.
Pour inverser cette tendance, l’Exécutif prévoit, dès 2027, le lancement d’un programme national d’accompagnement et d’insertion professionnelle.
Celui-ci ambitionne de former chaque année 100.000 jeunes en fonction des besoins des entreprises et de permettre à environ 100.000 autres d'accéder à une première expérience professionnelle.
L’approche retenue repose sur une meilleure articulation entre formation, besoins du marché du travail et accompagnement territorial.
Les métiers du numérique, les projets industriels, les activités rurales et les grands chantiers liés à la Coupe du monde 2030 figurent parmi les opportunités identifiées.
Le gouvernement souhaite également favoriser le retour des compétences marocaines établies à l’étranger et limiter l’émigration des diplômés.
Éducation et santé
La réforme des services publics constitue un autre pilier de l’action gouvernementale.
Dans l’éducation, l’Exécutif fixe l’objectif de porter à au moins 80%, à l’horizon 2031, la proportion d’élèves maîtrisant les apprentissages et compétences fondamentales.
Cette ambition s’appuie sur la généralisation progressive des établissements pionniers, le renforcement de l’accompagnement pédagogique, des évaluations régulières et le recours aux outils numériques.
Le programme affiche également un objectif de «zéro décrochage scolaire» à l’horizon 2030, à travers l’identification précoce des élèves à risque, le suivi individualisé et le développement de solutions de réintégration scolaire ou de formation professionnelle.
Dans la santé, l’accent est mis sur la réduction des disparités territoriales, l’amélioration de l’accueil des patients, la réforme des services d’urgence et la mise en place d’un système national d’information sanitaire unifié.
Le gouvernement entend également renforcer les ressources humaines et assurer un accès plus effectif aux prestations de santé dans le cadre de la généralisation de la couverture médicale.
L’ambition est de faire évoluer le modèle social marocain d’une logique d’extension des droits vers une logique de qualité des prestations.
Eau, énergie et industrie
La souveraineté économique et stratégique occupe une place centrale dans le programme gouvernemental.
Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, la recomposition des chaînes de valeur, le protectionnisme et les changements climatiques, le Maroc entend consolider ses capacités productives et réduire ses dépendances.
La sécurité hydrique constitue l’une des priorités majeures. Le gouvernement prévoit notamment d’accélérer la réalisation des stations de dessalement d’eau de mer, avec un objectif de mobilisation de 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031.
Les projets de transfert d’eau entre bassins, la sécurisation de l’approvisionnement et l’amélioration de la gestion des ressources hydriques complètent cette stratégie.
Dans le domaine énergétique, le programme privilégie la transition vers des sources plus durables et le renforcement de l’autonomie nationale.
L’industrie est également appelée à jouer un rôle accru dans la croissance, avec une orientation vers la substitution compétitive aux importations, l’appropriation technologique et le développement de produits à plus forte valeur ajoutée.
Le numérique et l’intelligence artificielle sont présentés comme des leviers de transformation de l’économie, mais aussi comme des instruments de souveraineté technologique.
Cette stratégie pourrait favoriser l’émergence de nouveaux écosystèmes industriels et attirer des capitaux nationaux et internationaux.
Tourisme et grands événements
Le gouvernement entend également capitaliser sur les perspectives ouvertes par les grands événements internationaux, en particulier la Coupe du monde 2030.
Dans le tourisme, il prévoit une feuille de route couvrant la période 2027-2030, avec l’objectif d’atteindre 26 millions de touristes à l’horizon 2030.
Au-delà de la fréquentation touristique, l’enjeu consiste à renforcer les capacités d’accueil, améliorer les infrastructures, développer les territoires et accroître les retombées économiques sur les entreprises locales.
Les investissements liés aux grands événements sont également envisagés comme des opportunités de développement pour les PME, les jeunes entrepreneurs et les métiers de services.
Le défi sera de maximiser les effets d’entraînement de ces investissements sur l’ensemble de l’économie et d’éviter que leurs bénéfices ne se concentrent sur quelques secteurs ou territoires.
La question de l’utilisation des infrastructures après les événements devra également être intégrée à l’évaluation de leur rentabilité économique et sociale.
En outre, la réduction des disparités territoriales constitue une dimension transversale du programme.
Le gouvernement prévoit de renforcer les moyens financiers des régions en portant les transferts qui leur sont destinés à au moins 12 milliards de dirhams à partir de 2027.
Cette orientation doit s’accompagner d’une clarification des compétences régionales, d’une accélération de la déconcentration administrative et d’une amélioration des mécanismes d’exécution des projets.
L’Exécutif souhaite également généraliser les contrats-programmes entre l’État et les régions, en les associant à des objectifs explicites en matière d’investissement, d’emploi et de réduction des disparités.
Dans le logement, une attention particulière est accordée au monde rural, avec un programme visant la construction ou la réhabilitation de 100.000 logements durant la législature.
Le dispositif prévoit notamment une aide directe de 40.000 DH pour les ménages éligibles, accompagnée d’une assistance technique gratuite.
Gouvernance : lutte contre la corruption
Le programme accorde une place importante à la gouvernance et à la moralisation de la vie publique.
Le gouvernement annonce plusieurs engagements, notamment la criminalisation de l’enrichissement illicite, le renforcement des obligations de déclaration du patrimoine et la répression des conflits d’intérêts.
La lutte contre les pratiques anticoncurrentielles, les ententes dans les marchés publics et les mécanismes de rente figure également parmi les priorités.
Ces orientations répondent à un enjeu économique majeur : améliorer la confiance des citoyens et des investisseurs dans les institutions et garantir une concurrence plus équitable.
Le gouvernement prévoit parallèlement de poursuivre les réformes institutionnelles, de renforcer les droits et libertés et d’améliorer l’accès à la justice.