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Sécheresse : La pluie sur commande, une vraie alternative pour le Maroc ?

Sécheresse : La pluie sur commande, une vraie alternative pour le Maroc ?

Le Maroc a connu un faible niveau de précipitations cette saison. Selon les données de la Direction générale de la météorologie, le déficit pluviométrique s’élève à 53% par rapport à l’année antécédente. Face à ce manque de pluies qui a fortement compromis la campagne agricole, le Royaume recourt, entre autres, à une vieille technique : l’ensemencement des nuages.

Feu le Roi Hassan II l’a baptisé Al-Ghait (pluie). Il s’agit d’un programme lancé en 1984 par le Maroc, en collaboration avec des chercheurs américains et l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), afin de remédier à la pénible sécheresse qui sévissait à l’époque. 

A l’heure du réchauffement climatique, plusieurs pays investissent ce procédé. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), plus de 40 pays, dont le Maroc, mènent des opérations d’ensemencement des nuages. Une méthode visant à provoquer des précipitations artificielles en modifiant la structure des nuages. 

A une période où le Maroc observait des sécheresses record, le programme Al-Ghait était perçu comme une solution miracle pour sauver un pays dont l’agriculture représente une véritable locomotive économique. 

Après une étape d’expérimentation, Al-Ghait est entré dans sa phase opérationnelle en 1996. Piloté par la gendarmerie royale, les Forces royales air et la Direction générale de la météorologie, ce programme consiste à injecter dans les nuages, à partir d’avions ou du sol, grâce aux courants ascendants, des produits chimiques, plus précisément des particules de l’iodure d’argent, de la glace carbonique ou encore du sodium, dans le dessein d’accélérer la condensation des gouttelettes d’eau contenues dans les nuages, et par conséquent libérer la pluie. 

«L’ensemencement consiste à pulvériser les nuages si la vapeur d’eau est suffisante et si la température le permet. Elle consiste à créer les conditions de condensation grâce notamment à l’iodure d’argent. Cette matière transforme la vapeur d’eau en cristaux de neige. Ces derniers descendent vers le sol par l’attraction terrestre en parcourant l’atmosphère pour aller vers le sol. La température positive transforme ces cristaux en gouttelettes d’eau, ce qui donne lieu à des précipitations», explique Mohammed Said Karrouk, professeur de climatologie à l’Université Hassan II de Casablanca.

Les opérations Al Ghait se font chaque année, du 1er novembre au 30 avril, en recourant en cas de besoin à deux avions spécifiques, l’Alpha Jet et le King-Air 200. 

«L’ensemencement des nuages au Maroc se fait à travers deux méthodes. Premièrement, le déversement de particules dans les nuages en utilisant d’énormes canons au sol qui vaporisent les particules vers les nuages à partir de trois stations terrestres sur la région de Béni Mellal, Azilal et El Hajeb. Deuxièmement, par le biais d’avions des Forces armées royales qui déversent ces particules en passant au-dessus des nuages», précise Mohamed Benaabou, expert en climat et développement durable et spécialiste en ingénierie environnementale.

Alors que l’ensemencement des nuages par voie terrestre ne cible que quelques régions du Maroc, l’ensemencement aérien couvre l’ensemble du territoire national. Des études d’évaluation estiment à 10% l’apport additionnel en eau grâce à cette technique. En revanche, le succès de ces opérations est tributaire de la présence des nuages, et pas n’importe lesquels. 

«L’ensemencement se fait sous conditions. Il faut impérativement qu’il y ait des nuages et que ces derniers soient suffisamment gros et lourds pour être susceptibles de précipiter. Sans nuages, nous ne pouvons rien faire», explique Mohamed Benaabou.

Bénéfique, mais pas que … 

Certes, l’ensemencement des nuages pourrait atténuer les effets de la sécheresse, mais cette technique peut avoir des impacts négatifs sur l’environnement. «L’ensemencement des nuages est une technique incontrôlable. Si par exemple nous souhaitons la réaliser au dessus du bassin Bin El-Ouidane, il se peut que les conditions atmosphériques déplacent la pluie hors du bassin, ce qui serait catastrophique. Ces contraintes sont incontrôlables, puisque l’expérience se réalise dans un milieu géophysique», souligne Mohammed Said Karrouk.

Et d’ajouter : «l’iodure d’argent ne se dégrade pas facilement; il pourra donc rester pendant très longtemps dans le sol, ce qui pourrait être mauvais pour l’environnement».

 

Par Meryem Ait Ouaanna

 

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