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Guerre au Moyen-Orient : Quels impacts sur l’économie marocaine ?

Guerre au Moyen-Orient : Quels impacts sur l’économie marocaine ?

- Les tensions au Moyen-Orient ravivent les risques sur les marchés énergétiques et fragilisent les équilibres internationaux.

- Hausse des prix du pétrole, pressions inflationnistes et perturbations logistiques constituent autant de facteurs susceptibles d’impacter l’économie marocaine.

- Entretien avec Dr Mohamed Benchekroun, économiste et professeur universitaire.

Par Ibtissam.Z

LaQuotidienne : Face aux tensions géopolitiques croissantes, notamment au Moyen-Orient, quels peuvent être les principaux impacts sur l’économie mondiale ? 

Dr Mohamed Benchekroun : Le Moyen-Orient demeure l’un des principaux centres de gravité de l’économie énergétique mondiale. Cette région concentre une part importante des réserves mondiales d’hydrocarbures et constitue également un carrefour stratégique pour le transport maritime de l’énergie vers l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord. Dans ces conditions, la moindre tension géopolitique dans cette zone est immédiatement observée avec attention par les marchés internationaux.
Lorsque les tensions s’intensifient, les marchés financiers et énergétiques deviennent généralement plus volatils. Les investisseurs anticipent un risque potentiel de perturbations de l’approvisionnement énergétique, ce qui peut entraîner une hausse des prix du pétrole et du gaz. Or, l’énergie reste un facteur central dans la formation des prix dans l’économie mondiale.

Une augmentation du coût de l’énergie peut se répercuter sur les transports, les coûts de production industrielle et même sur l’agriculture. Dans un contexte déjà marqué par les fragilités héritées de la pandémie, par les tensions commerciales entre grandes puissances et par plusieurs conflits régionaux, ces crises géopolitiques peuvent accentuer l’incertitude économique mondiale. Les entreprises peuvent retarder certains investissements et les marchés financiers deviennent souvent plus prudents.
Une crise géopolitique dans une zone énergétique stratégique agit comme une onde de choc : elle touche immédiatement l’énergie, le transport, puis l’ensemble des prix mondiaux.

LQ: Les tensions autour du détroit d’Ormuz peuvent-elles accentuer les risques de perturbation des marchés pétroliers mondiaux ?

Dr M.B : Le détroit d’Ormuz constitue l’un des corridors maritimes les plus sensibles du commerce énergétique mondial. Situé entre l’Iran et la péninsule arabique, ce passage étroit représente un point de transit essentiel pour les exportations pétrolières de plusieurs pays producteurs du Golfe.

Chaque jour, près de 20% du pétrole transporté par voie maritime dans le monde transitent par ce détroit. Cela signifie que toute perturbation dans cette zone, même temporaire, pourrait avoir des conséquences importantes sur les marchés énergétiques internationaux.
Les marchés pétroliers sont particulièrement sensibles aux tensions géopolitiques dans cette région.

Les acteurs économiques intègrent rapidement les risques potentiels dans leurs anticipations, ce qui peut provoquer une volatilité importante des prix.

Il est important de comprendre que les marchés énergétiques réagissent souvent davantage à la perception du risque qu’à la réalité d’une perturbation effective des flux. Même en l’absence d’un blocage réel du détroit, la simple crainte d’une escalade militaire peut suffire à provoquer une hausse des prix du pétrole.

Sur le marché pétrolier, la géopolitique fonctionne souvent comme une prime de risque, parfois la peur du choc suffit à faire monter les prix.

LQ : Comment l’économie marocaine peut-elle alors être affectée ?

Dr M.B : Le Maroc reste structurellement exposé aux fluctuations des marchés énergétiques internationaux. En effet, plus de 90% de l’énergie consommée dans le pays sont importées, ce qui rend l’économie nationale particulièrement sensible aux variations des prix du pétrole et du gaz.

Lorsque les prix de l’énergie augmentent sur les marchés internationaux, cette hausse se répercute directement sur la facture énergétique nationale. Elle peut également peser sur la balance commerciale et générer des pressions inflationnistes, notamment à travers l’augmentation des coûts de transport, de production industrielle et de distribution.

Ces effets peuvent se transmettre progressivement à l’ensemble de l’économie, notamment à travers les prix des biens importés et de certains produits alimentaires.

Toutefois, le Maroc a engagé depuis plusieurs années une stratégie énergétique ambitieuse visant à réduire progressivement cette dépendance aux hydrocarbures importés. Le développement des énergies renouvelables et les investissements dans les infrastructures énergétiques constituent aujourd’hui un levier essentiel pour renforcer la résilience de l’économie nationale.

La véritable protection contre les chocs pétroliers n’est pas seulement budgétaire, elle est structurelle : c’est la transition énergétique.

LQ: Ces tensions peuvent-elles également se répercuter sur le coût du transport maritime et, par conséquent, sur les échanges commerciaux du Maroc ?

Dr M.B : En effet, les crises géopolitiques dans les zones maritimes stratégiques ont presque toujours des répercussions directes sur les coûts logistiques internationaux.

Lorsque les tensions augmentent dans certaines routes maritimes importantes, les compagnies de transport maritime adaptent leurs stratégies afin de garantir la sécurité de leurs navires et de leurs cargaisons.

Cela peut se traduire par des primes d’assurance maritime plus élevées, par des mesures de sécurité supplémentaires ou encore par des détours de navigation destinés à éviter certaines zones jugées à risque. Ces ajustements entraînent généralement une hausse du coût du transport maritime.

Pour un pays comme le Maroc, fortement intégré aux échanges internationaux, notamment avec l’Europe et l’Afrique, ces évolutions peuvent affecter les coûts d’importation et la compétitivité de certaines exportations industrielles.

Cependant, les infrastructures logistiques modernes du Royaume, notamment ses ports et ses zones industrielles, constituent un atout important pour limiter l’impact de ces perturbations sur le commerce extérieur.

Quand la géopolitique se tend, la première chose qui devient plus chère dans l’économie mondiale, c’est la distance.

LQ : La question de la sécurité énergétique se pose-t-elle aujourd’hui avec plus d’acuité pour le Maroc ?

Dr M.B : Justement, et c’est précisément ce qui explique l’accélération de la stratégie énergétique du Royaume au cours des dernières années. Les crises énergétiques successives ont montré que la dépendance aux importations d’hydrocarbures peut exposer les économies à des chocs externes importants.
Dans ce contexte, le Maroc a fait le choix stratégique d’investir massivement dans les énergies renouvelables afin de renforcer son indépendance énergétique. L’objectif national est de porter la part des énergies renouvelables à 52% de la capacité électrique installée d’ici 2030.
Des projets emblématiques comme le complexe solaire Noor, à Ouarzazate, illustrent cette ambition et positionnent le Maroc comme un acteur majeur de la transition énergétique dans la région.
Dans un monde énergétique instable, l’indépendance énergétique devient une forme de souveraineté stratégique.

LQ : Paradoxalement, ce climat d’incertitude peut-il renforcer l’attractivité du Maroc auprès des investisseurs étrangers en quête de stabilité ?

Dr M.B : Effectivement, les périodes d’incertitude géopolitique peuvent renforcer l’attractivité de certains pays perçus comme stables et prévisibles. Dans un environnement international marqué par les tensions, les investisseurs recherchent de plus en plus des destinations offrant stabilité institutionnelle, sécurité juridique et infrastructures modernes.
Le Maroc bénéficie à cet égard de plusieurs atouts majeurs, à savoir une stabilité politique reconnue, une position géographique stratégique entre l’Europe et l’Afrique, ainsi qu’un réseau d’infrastructures logistiques performant.
Dans un contexte où de nombreuses entreprises cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement et à rapprocher certaines activités industrielles de leurs marchés de consommation, le Maroc peut apparaître comme une plateforme industrielle et logistique particulièrement attractive. Dans un monde incertain, la stabilité devient un avantage compétitif majeur.

LQ  : Comment le Maroc peut-il gérer la question des prix du carburant sans peser davantage sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises ?

Dr M.B : La gestion des prix du carburant constitue un exercice d’équilibre délicat pour les pouvoirs publics. Il s’agit de concilier plusieurs objectifs, à savoir préserver le pouvoir d’achat des ménages, soutenir la compétitivité des entreprises et maintenir la soutenabilité des finances publiques.
Une hausse prolongée des prix du pétrole peut avoir des répercussions importantes sur de nombreux secteurs de l’économie, notamment le transport, l’agriculture et certaines industries.

Ces hausses peuvent également se transmettre aux prix des biens et services.

Dans ce contexte, les politiques publiques peuvent privilégier des mesures ciblées pour soutenir les secteurs les plus exposés tout en poursuivant les investissements dans la transition énergétique.

La meilleure politique de protection contre la volatilité pétrolière est de dépendre de moins en moins du pétrole.

LQ : Face à la multiplication des crises géopolitiques dans le monde, quelles priorités stratégiques le Maroc devrait-il renforcer ?

Dr M.B : Dans un monde marqué par la multiplication des crises géopolitiques et économiques, la capacité d’adaptation et la résilience économique deviennent des atouts essentiels pour les États.

Pour le Maroc, plusieurs priorités stratégiques apparaissent particulièrement importantes. La première concerne le renforcement de la souveraineté énergétique afin de réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures. La seconde concerne la diversification industrielle et l’intégration du pays dans les chaînes de valeur internationales.

Enfin, les infrastructures logistiques et portuaires constituent un levier stratégique majeur. Grâce à ses ports, à ses zones industrielles et à sa position géographique stratégique, le Maroc peut continuer à consolider son rôle de plateforme économique entre l’Europe, l’Afrique et le bassin méditerranéen.

Dans une économie mondiale fragmentée, les pays qui réussiront seront ceux qui auront anticipé les chocs plutôt que simplement les subir.

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