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Prix des carburants : Les compteurs s’affolent

Prix des carburants : Les compteurs s’affolent

En l’espace de quinze jours, les prix des carburants au Maroc ont encore progressé, révélant à la fois les tensions sur les marchés internationaux et les mécanismes parfois opaques de leur transmission au niveau national. L’Etat est de nouveau devant une situation délicate : contenir l’inflation sans creuser durablement les finances publiques.

Les prix des carburants au Maroc n’en finissent plus de grimper. Le 1er avril, à peine quinze jours après une première hausse, une seconde a eu lieu : le litre de gasoil se situe désormais à 14,50 dirhams et celui de l’essence à 15,55 dirhams.

Une cadence qui en dit long sur la fébrilité des marchés internationaux, mais aussi sur la manière dont ces tensions se diffusent, parfois brutalement, dans l’économie nationale.

Il faut dire que le contexte international actuel n’offre guère de répit. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les incertitudes sur les routes d’approvisionnement et la volatilité persistante des marchés énergétiques tirent les prix vers le haut.

Pour un pays importateur net d’énergie comme le Maroc, l’impact est immédiat, car chaque variation des cotations internationales se répercute, tôt ou tard, sur les prix à la pompe.

Pour autant, la question centrale est celle de la transmission de ces hausses. La note du Conseil de la concurrence (CC) sur la période du 1er au 16 mars 2026 apporte un éclairage instructif.

Elle montre que la hausse des cotations internationales du gasoil, de +2,92 dirhams par litre, n’a été répercutée qu’à hauteur de +2,03 dirhams à la pompe, soit un taux de transmission d’environ 69,5%.

A l’inverse, l’essence a connu un phénomène opposé, avec une augmentation à la pompe (+1,43 dirham) supérieure à celle observée sur les marchés internationaux (+1,26 dirham).

Ces écarts montrent que les ajustements varient selon les produits, les opérateurs et les stratégies commerciales, et révèlent aussi une certaine opacité dans la formation des prix. Ce qui alimente la défiance des consommateurs, notamment face à des prix qui augmentent souvent rapidement et rarement à la baisse avec la même célérité.

C’est pourquoi d’ailleurs le Conseil de la concurrence a décidé de passer à un monitoring mensuel pour suivre de près, presque en temps réel, les pratiques du secteur.

L’objectif est de garantir que les hausses du brut à l’international se traduisent de manière proportionnée sur le marché national, sans dérives ni marges excessives.

Ce souci de contenir l’augmentation des prix et prévenir les effets en cascade explique aussi la décision du CC d’élargir la surveillance à l’ensemble des secteurs dépendants des produits pétroliers, comme les plastiques.

Ainsi, tous les maillons de la chaîne sont concernés, que ce soit le transport, la logistique ou encore la production industrielle. Et ce, d’autant que les risques sont bien réels.

En effet, une hausse durable des carburants finit toujours par se diffuser dans l’économie pour renchérir les coûts, alimenter l’inflation et peser sur le pouvoir d’achat.

 

Le pouvoir d’achat des ménages en question

L’enjeu est donc là : préserver le pouvoir d’achat des ménages marocains. C’est précisément sur ce terrain que le gouvernement a choisi d’intervenir, en tentant d’amortir le choc par une série de mesures.

Face à la forte flambée des prix énergétiques mondiaux (gasoil en hausse de 75% en mars, gaz butane à +38%, intrants électriques en forte progression), l’Exécutif n’a guère eu d’autre choix que de remettre la main à la poche.

L’addition est lourde : au moins 1,6 milliard de dirhams par mois, selon Fouzi Lekjaa, ministre chargé du Budget. Ce soutien visant à contenir l’inflation importée cible des points névralgiques du quotidien des ménages.

Premier pilier : le gaz butane. Produit hautement sensible dans la vie des Marocains, il bénéficie d’un soutien renforcé de l’Etat, désormais porté à 78 dirhams par bonbonne de 12 kg contre 30 dirhams auparavant.

Autrement dit, une hausse de 48 dirhams de subvention par unité pour maintenir le prix inchangé, soit environ 600 millions de dirhams par mois pour les finances publiques.

Deuxième levier : l’électricité. Là encore, le gouvernement a fait le choix du gel tarifaire, malgré la flambée des coûts du gaz, du charbon et du fuel utilisés pour la production. L’effort budgétaire est estimé à 400 millions de dirhams par mois.

Enfin, troisième axe : le transport professionnel, véritable courroie de transmission de l’inflation dans l’économie. L’aide est de 3 dirhams par litre de carburant afin de maintenir des conditions d’exploitation proches de celles d’avant la crise. Coût mensuel : près de 648 millions de dirhams.

Gaz, électricité et transport forment ainsi une sorte de bouclier anti-inflation, conçu pour contenir la propagation des hausses des prix de l’énergie dans l’ensemble de l’économie. Mais, reste une question : jusqu’à quand l’effort budgétaire du gouvernement est-il soutenable ? L’avenir nous le dira.

 

F. Ouriaghli

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