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We4She : L’inclusion des femmes dans l’économie au centre des échanges

We4She : L’inclusion des femmes dans l’économie au centre des échanges

Mercredi 20 mai, We4She a tenu sa grande conférence annuelle consacrée à la place des femmes dans l’économie et les instances de décision.

Organisée autour des enjeux de diversité, de gouvernance et de leadership féminin, cette rencontre a réuni plusieurs responsables institutionnels, dirigeants d’entreprises et acteurs engagés autour des questions d’inclusion économique des femmes. Les échanges ont été ouverts par la présidente de We4She, Soumaya Benjelloun.

L’efficacité des réformes, les limites du cadre actuel ainsi que la nécessité d’aller plus loin ont largement nourri les échanges, notamment à travers l’intervention de Myriem Ouchen Noussairi, représentante de ONU Femmes Maroc, qui est revenue sur les avancées octroyées par la loi 19-20 tout en soulignant ses limites.

Une avancée jugée importante, mais encore insuffisante pour transformer la représentativité des femmes.

« La loi n’est pas suffisante, mais elle a permis des avancées significatives. Passer de 21% à 29% de représentativité féminine dans les Conseils d’administration entre 2021 et 2025 reste une progression importante qu’il faut reconnaître. Aujourd’hui, la loi concerne principalement les sociétés faisant appel public à l’épargne, les établissements de crédit et les sociétés d’assurance. Elle n’est pas accompagnée de véritables mesures coercitives ni d’obligations de transparence suffisamment fortes pour garantir son effectivité», a-t-elle assuré. 

S’appuyant sur plusieurs expériences internationales, elle a également défendu l’importance des quotas et des mécanismes d’accélération.

«Les données sont sans équivoque, sans quotas et sans politiques volontaristes, les taux stagnent autour de 20%. En revanche, les pays ayant adopté des mesures plus contraignantes, comme la France, la Belgique ou l’Italie, affichent aujourd’hui des niveaux de représentativité compris entre 30% et 42%», a-t-elle précisé. 

Parmi les entreprises ayant partagé leurs expériences, CIH Bank. Houda Chafil, Directrice générale adjointe en charge du Pôle investissement et immobilier, a mis en avant la stratégie de la banque en matière d’inclusion et de gouvernance inclusive. Une démarche construite progressivement autour d’une conviction forte portée au sein de l’institution. 

«Le développement durable de la banque ne peut se faire sans inclusion et diversité. Aujourd’hui, 46% des clients actifs de CIH sont des femmes. Nous ne pouvions pas négliger la diversité. Nous avons construit une gouvernance inclusive, avec des comités genre, RSE et durabilité, jusqu’au Conseil d’administration. Nous avons eu la chance d’avoir un leadership à très haut niveau qui a porté le sujet», a-t-elle fait savoir. 

La banque a également privilégié des actions concrètes pour accompagner les collaboratrices dans leur évolution professionnelle…

«Nous avons créé une crèche d’entreprise inaugurée en 2022, avec une capacité de 120 enfants. Nous avons aussi lancé des programmes de leadership féminin et de formation pour permettre aux femmes de s’affirmer en tant que leaders. Aujourd’hui, les femmes représentent 48% des effectifs de CIH Bank, contre 40% il y a cinq ans», a-t-elle affirmé.

L’expérience française a également occupé une place importante lors de cette conférence, à travers l’intervention de la députée de l’Essonne, Marie-Pierre Rixain, principalement connue pour être l’auteure de la loi du 24 décembre 2021, dite «loi Rixain», qui impose des quotas de parité dans les instances dirigeantes des entreprises. Une avancée qui, selon elle, ne peut aboutir sans une réelle volonté politique, portée par une mobilisation collective et des mécanismes concrets favorisant la parité.

«Quand on a un leadership engagé, on arrive finalement à trouver des femmes à tous les niveaux. La France a avancé grâce à cette volonté politique et à des mécanismes concrets. Aujourd’hui, le Maroc a lui aussi franchi un cap important avec la loi 19-20», a-t-elle précisé.

La députée française est également revenue sur les limites de la loi Copé-Zimmermann, expliquant pourquoi une nouvelle étape législative était devenue nécessaire.

«Dix ans après la loi Copé-Zimmermann, nous avions atteint près de 48% de femmes dans les Conseils d’administration. Mais le ruissellement vers les instances exécutives ne s’était pas opéré naturellement. Les femmes restaient encore peu présentes dans les véritables lieux de prise de décision économique. Sans quotas, il aurait fallu plus de trente ans pour atteindre certains niveaux de parité. L’enjeu est surtout culturel, puisqu’il s’agit de permettre aux femmes d’être reconnues comme des sujets économiques à part entière», a-t-elle souligné.

La question de l’inclusion des femmes dans l’économie a également été abordée sous l’angle culturel et sociétal par Jamal Belahrach, entrepreneur, dirigeant et auteur marocain, qui a plaidé pour une transformation globale. 

«Le but de cette rencontre est de passer de la sensibilisation à l’action. Malgré les efforts engagés à l’échelle institutionnelle par la société civile et le secteur privé, le taux de 19,1% montre que les freins restent structurels et systémiques. Les normes socio-économiques au Maroc continuent d’entraver l’autonomisation des femmes et influencent leur trajectoire professionnelle. Les femmes dans l’entreprise doivent pouvoir sortir de cette assignation culturelle».

Et de poursuivre : «On ne peut pas agir sur un seul secteur ou un seul acteur. Il faut une réponse systémique, qui commence dès le plus jeune âge, dans les familles, à l’école, dans les entreprises et jusque dans les politiques publiques. Il y a aujourd’hui une urgence à réinventer le pays à l’aune de l’intégration des femmes dans le tissu économique et dans la création de valeur, il est important de promouvoir davantage de rôles modèles féminins. Nous avons besoin de rendre les femmes plus visibles pour que les jeunes filles marocaines puissent se dire : demain, ce sera aussi possible pour moi. Collectivement, il faut aujourd’hui renverser la table», a-t-il répliqué. 

La rencontre s’est achevée par la remise du Prix de l’entreprise championne de la diversité de genre 2026, décerné à Polydesign Systems, qui opère dans le secteur automobile et où 60% des effectifs sont des femmes ingénieures. Lors de cette soirée d’échanges, plusieurs partenariats ont également été conclus notamment un mémorandum d’entente (MoU) avec ONU Femmes.

I.Z

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