Le conflit au Moyen-Orient commence à produire ses premiers effets macroéconomiques à l’échelle mondiale. Dans ses dernières Perspectives de l’économie mondiale, publiées jeudi, la Banque mondiale revoit nettement à la baisse ses prévisions de croissance et annonce un ralentissement plus marqué que prévu de l’activité économique en 2026.
L’institution de Bretton Woods table désormais sur une croissance mondiale de 2,5 % cette année, contre 2,9 % en 2025, soit le niveau le plus faible observé depuis la crise sanitaire du Covid-19. Plus préoccupant encore, les prévisions ont été revues à la baisse pour plus des deux tiers des économies mondiales par rapport aux estimations publiées en début d’année.
Au cœur des inquiétudes figure l’escalade des tensions au Moyen-Orient et ses répercussions sur les marchés énergétiques. La fermeture du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, a provoqué une forte perturbation des flux pétroliers. Conséquence : le prix du Brent devrait atteindre en moyenne 94 dollars le baril en 2026, en hausse de 36 % par rapport à l’année précédente.
Cette poussée des cours de l’énergie ne se limite pas au pétrole. Les prix des engrais devraient également enregistrer une hausse sensible, alimentant à leur tour les coûts de production agricoles et les tensions sur les prix alimentaires. La Banque mondiale anticipe ainsi une inflation mondiale de 4 % cette année, contre 3,3 % en 2025.
Les économies en développement apparaissent particulièrement exposées. Leur croissance devrait ralentir à 3,6 % en 2026, avant un redressement progressif à 4,2 % l’année suivante. Quant aux pays du Golfe, directement affectés par le conflit, leur croissance pourrait quasiment s’annuler cette année après avoir atteint 3,9 % en 2025.
Au-delà de la conjoncture immédiate, l’institution met en garde contre des fragilités plus structurelles. La dépendance de nombreuses économies émergentes aux exportations de matières premières les rend particulièrement vulnérables aux chocs externes. S’y ajoute une hausse continue de l’endettement public : la dette des pays en développement est passée de moins de 40 % du PIB en 2010 à plus de 70 % aujourd’hui, réduisant considérablement leurs marges de manœuvre budgétaires.
Face à ces risques, la Banque mondiale prévoit de mobiliser entre 50 et 60 milliards de dollars pour soutenir les pays les plus fragilisés, avec la possibilité de porter cet effort à 100 milliards de dollars si la crise venait à s’installer durablement.
Malgré ce contexte dégradé, l’institution estime que cette période peut également constituer une opportunité pour accélérer les réformes économiques, renforcer les infrastructures et mobiliser davantage d’investissements privés. Un message qui sonne comme un appel à la résilience dans un environnement mondial de plus en plus incertain.