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Conjoncture: Pluie d’incertitudes autour de la croissance

Conjoncture: Pluie d’incertitudes autour de la croissance

Le gouvernement table sur une croissance de 3,7% en 2024.

La pluviométrie pourrait jouer au trouble-fête et chahuter la campagne agricole.

Le climat économique actuel plombe sévèrement le moral des ménages.

 

Par D. William

L’ économie marocaine offre peu de visibilité en ce moment.  La conjoncture s’est pourtant globalement améliorée à la faveur notamment de la baisse des pressions inflationnistes. Il y a ainsi certes eu une détente en ce qui concerne les prix des denrées alimentaires, mais les niveaux de prix restent globalement élevés. Au deuxième trimestre 2023, l’inflation s’est établie à 7,1% en glissement annuel, au lieu de +9,1% un trimestre auparavant.

Cette tendance baissière devrait se poursuivre, d’autant que le hautcommissariat au Plan (HCP) s’attend à ce que l’inflation au niveau national se situe à +5,4% au troisième trimestre 2023, en l’absence de tensions majeures sur le marché mondial des matières premières. Des tensions entretenues par la guerre entre la Russie et l’Ukraine, mais atténuées par l’accord céréalier de la mer Noire, signé en juillet 2022 à Istanbul sous l’égide de l’ONU et de la Turquie, qui permet à l’Ukraine d’exporter ses céréales.

Arrivé à expiration lundi 17 juillet au soir, l’accord n’a pas été renouvelé, Moscou exigeant «la satisfaction de ses conditions». Cette décision va-t-elle relancer les tensions sur les prix des matières premières  ? Va-t-elle donner un nouveau coup de fouet à l’inflation ? La situation est suivie de près au Maroc où Bank Al-Maghrib a choisi le statu quo lors de son dernier Conseil, après trois hausses successives du taux directeur pour le porter à 3% afin de juguler l’inflation.

Le gouvernement espère dans ce sens la poursuite de l’assouplissement de la politique monétaire, notamment pour relancer la machine économique et stimuler une croissance qui, en 2022, n’a atteint que 1,3%. Pour l’exercice en cours, l’exécutif table sur une croissance de 3,4%, puis 3,7% l’année prochaine. Le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, qui présentait en fin de semaine dernière le cadre général du projet de Loi de Finances (PLF) au titre de l'année 2024, précise que ces prévisions pourraient être révisées à la baisse en cas de poursuite de la dégradation des perspectives économiques mondiales, en raison notamment des répercussions du conflit Russie-Ukraine et son impact sur les cours des matières premières et les chaînes mondiales de production et d'approvisionnement, en plus du durcissement des conditions monétaires. Le HCP, qui retient parmi ses hypothèses une production céréalière moyenne durant la campagne agricole 2023/2024, est dans la même fourchette de prévision, estimant la croissance à 3,6% en 2024.

 

La pluviométrie en question

La croissance économique nationale prête ainsi le flanc à nombre de facteurs exogènes et endogènes. Outre l’évolution de la conjoncture internationale et ses impacts sur le Royaume (demande étrangère adressée au Maroc, prix des matières premières…), l’un des paramètres les plus importants qui peut la brider reste la pluviométrie. Or, cette dernière est un élément sur lequel l’exécutif n’a aucun moyen d’action. De plus, le Maroc est confronté à un déficit des ressources hydriques très inquiétant inhérent à des épisodes de sécheresse de plus en plus récurrents et sévères qui compromettent les performances du secteur agricole, principal driver de la croissance.

Et compte tenu du fait que le PIB non agricole n’est pas suffisamment robuste, la croissance de l’économie nationale reste globalement molle et irrégulière par rapport aux ambitions de développement du Royaume, et ne permet pas d’absorber la masse de jeunes qui se retrouvent sur le marché du travail chaque année.

Au premier trimestre 2023, le taux de chômage est ainsi passé de 12,1% à 12,9% au niveau national : il reste plus élevé parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans (35,3%), les diplômés (19,8%) et les femmes (18,1%). Sur ce registre d’ailleurs, les Marocains sont très pessimistes. Car d’après les résultats de l’enquête permanente de conjoncture publiés lundi dernier par le HCP, au deuxième trimestre 2023, 85,3% (vs 4,9%) des ménages s’attendent à une hausse du chômage au cours des 12 prochains mois. Le solde d’opinion est resté ainsi négatif à moins 80,4 points contre moins 81,4 points un trimestre auparavant et moins 81,1 points un an auparavant.

Parallèlement, les ménages ressentent une dégradation de leur niveau de vie et de leur situation financière, soulignent leur incapacité à épargner et s’attendent à une augmentation des prix des produits alimentaires au cours des 12 prochains mois. Un faisceau de signaux qui montre que l’environnement économique actuel plombe le moral des ménages, qui est au plus bas depuis 2008 au second trimestre. L'indice de confiance des ménages (ICM) s’établissant à 45,4 points au lieu de 46,3 points enregistrés le trimestre précédent et 50,1 points le même trimestre de l’année précédente.

 

Mer Noire : 32 millions de tonnes de céréales exportées
La Russie a annoncé, lundi, qu’elle ne renouvellera pas l’initiative céréalière de la mer Noire, un ensemble de deux accords parrainés par les Nations unies et la Turquie et conclus séparément avec Kiev et Moscou en juillet 2022. L’annonce a été faite par le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, qui a confirmé l’arrêt de l’initiative ayant permis de transporter plus de 32 millions de tonnes de denrées alimentaires vers 45 pays sur trois continents, selon les chiffres de l'ONU. «L'accord céréalier est arrêté. Lorsque la partie de l'accord sur la mer Noire concernant la Russie sera mise en œuvre, la Russie reprendra immédiatement la mise en œuvre de l'accord», a déclaré Peskov lors d’une téléconférence avec des journalistes. La Russie a annoncé à maintes reprises son intention de se retirer de cet accord, pointant une mise en œuvre «déséquilibrée» ainsi que «l’absence de progrès concrets» concernant une série de conditions posées par Moscou. L'initiative a été prorogée au forceps pour une durée de deux mois, le 17 mai dernier, à l’issue d’intenses négociations, sans pour autant régler les principaux points d’achoppement liés à la partie russe de l’accord. En avril dernier, Moscou avait, en effet, conditionné la prorogation de l’accord à la réalisation de progrès concernant cinq exigences, allant de la reconnexion de la banque russe spécialisée dans l'agriculture Rosselkhozbank à la reprise du fonctionnement du pipeline d’ammoniac Togliatti-Odessa. Or, une portion de cette infrastructure de près de 2.400 km de long a été détruite le 5 juin près de Massioutovka, un petit village dans la région de Kharkiv (nord-est de l'Ukraine). Un acte dont Moscou et Kiev s’accusent d’en être responsables, mais qui risque d'avoir un «impact négatif» sur l'avenir de l'accord céréalier, selon le Kremlin. Le dernier navire concerné par l’accord céréalier, le navire Samsun, battant pavillon turc, a quitté le port ukrainien d’Odessa le 16 juillet dernier. L'initiative

 

 

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