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Développement territorial intégré : Un véritable test de crédibilité pour l’action publique

Développement territorial intégré : Un véritable test de crédibilité pour l’action publique

La nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré, présentée en Conseil des ministres, promet de rapprocher les politiques publiques des réalités locales. Reste à transformer cette ingénierie institutionnelle et financière en résultats tangibles, dans un pays où les territoires attendent des changements concrets.

Le Conseil des ministres tenu le 9 avril 2026 au palais royal de Rabat, sous la présidence du Roi Mohammed VI, marque une inflexion nette dans la manière d’appréhender le développement territorial au Maroc. En effet, au cours de ce Conseil, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a présenté les grandes lignes de la nouvelle génération des programmes de développement territorial intégré.

Derrière l’architecture institutionnelle annoncée, c’est une véritable tentative de réconciliation entre l’action publique et les réalités locales qui se dessine. L’ambition est non seulement de corriger les déséquilibres existants, mais également de repenser profondément la manière d’appréhender nos territoires en partant du besoin réel des populations pour construire l’offre publique.

Le diagnostic territorial généralisé à l’ensemble des préfectures et provinces constitue, à cet égard, une avancée méthodologique notable. Il introduit une logique d’analyse fine des disparités, loin des approches uniformes qui ont longtemps prévalu. En identifiant les écarts d’accès à l’emploi, à la santé, à l’éducation ou à l’eau, l’Etat reconnaît implicitement que le territoire marocain n’est pas un bloc homogène, mais une mosaïque d’inégalités qu’il faut traiter avec précision. Cette reconnaissance est essentielle pour espérer produire des politiques efficaces et éviter les effets d’éviction ou de dilution des ressources.

Territorialisation de l’action publique 

L’enveloppe annoncée de près de 210 milliards de dirhams sur huit ans traduit une volonté d’investissement significative, mais elle pose immédiatement la question de l’efficacité de la dépense publique. Le Maroc n’en est pas à sa première vague de programmes territoriaux. Toutefois, ce qui distingue cette nouvelle génération réside dans l’architecture de gouvernance qui tente de concilier proximité décisionnelle et cohérence nationale.

Le choix d’un pilotage local confié à des comités présidés par les gouverneurs, en interaction avec les élus et les services déconcentrés, traduit une volonté de rapprocher la décision du terrain. Cette logique ascendante peut favoriser une meilleure adéquation des projets aux besoins réels, à condition que les mécanismes de concertation ne se limitent pas à un exercice formel. La qualité de l’écoute citoyenne deviendra un indicateur déterminant de la crédibilité du dispositif.

En parallèle, la centralisation de la coordination au niveau d’un comité national présidé par le chef du gouvernement vise à préserver l’unité stratégique et à éviter l’émiettement des politiques publiques. L’équilibre entre ces deux niveaux sera délicat à maintenir. Trop de centralisation risquerait de neutraliser l’innovation locale, tandis qu’une autonomie excessive pourrait fragmenter l’action publique et accentuer les disparités.

La transformation des agences régionales d’exécution des projets en sociétés anonymes introduit, à ce titre, une rupture intéressante. En s’inspirant des standards de gestion du secteur privé, l’Etat cherche à injecter davantage de réactivité et de performance dans la mise en œuvre des projets. Cette hybridation entre contrôle public et logique de gestion privée peut améliorer les délais d’exécution et la qualité des réalisations. 

Elle comporte toutefois un risque de dilution de la responsabilité publique si les mécanismes de reddition des comptes ne sont pas suffisamment rigoureux.

L’instauration d’un audit annuel conjoint par l’Inspection générale des finances et celle de l’administration territoriale constitue à cet égard un garde-fou important. Encore faut-il que ces audits débouchent sur des décisions correctives effectives et qu’ils ne se transforment pas en simples exercices de conformité administrative.

La dimension numérique du dispositif, à travers la plateforme digitale annoncée, ouvre également des perspectives en matière de transparence. En permettant aux citoyens d’accéder à l’état d’avancement des projets, l’Etat introduit un levier de contrôle social inédit. Cette transparence peut renforcer la confiance, mais elle expose aussi l’action publique à une exigence accrue de résultats.

Au-delà des instruments, c’est la philosophie générale du projet qui interpelle. En faisant de la région un levier central du développement économique, la réforme s’inscrit dans la continuité de la régionalisation avancée. 

Le renforcement des ressources financières des régions va dans le sens d’une autonomie accrue, mais il implique en contrepartie une montée en compétence des acteurs territoriaux. La question de la capacité des régions à concevoir, piloter et évaluer des projets complexes reste posée.

A l’évidence, ce chantier intervient dans un contexte où les disparités spatiales continuent de peser sur la cohésion sociale et sur la dynamique de croissance. L’attractivité territoriale, souvent évoquée, repose sur un ensemble de facteurs allant de la qualité des infrastructures à la disponibilité du capital humain. En cela, les programmes annoncés peuvent contribuer à améliorer ces fondamentaux, à condition qu’ils soient exécutés avec rigueur et cohérence.

Ils ouvrent en tout cas une fenêtre d’opportunité pour corriger des déséquilibres structurels, tout en exposant également l’action publique à un test de crédibilité. Car avec ce niveau d’engagement financier et institutionnel, le véritable enjeu est de démontrer que les politiques publiques peuvent transformer durablement les territoires et améliorer concrètement la vie des citoyens.

 

F. Ouriaghli

 

 

 

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