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UM4.0 : Pour un enseignement supérieur axé sur l’avenir

UM4.0 : Pour un enseignement supérieur axé sur l’avenir

Devant se déployer sur une période de 5 ans, de 2024 à 2028, le programme UM4.0 a pour objectif principal de permettre l’autonomisation des jeunes via un accès inclusif à un enseignement supérieur innovant et d’excellence.

 

Par M. Boukhari

Le programme d’appui à la transformation pour une université marocaine, digitale, entrepreneuriale et inclusive (UM4.O) est un projet d’envergure renfermant en lui moult promesses censées propulser le paysage éducatif marocain à un rang plus élevé. Fin mai, la Banque africaine de développement (BAD) a apporté son soutien à ce programme en approuvant un financement de 120 millions d’euros.

Mais sur quoi repose l’UM4.0 au juste ? Premièrement, ce programme ambitionne de digitaliser les services de recherche pédagogique et scientifique pour les étudiants et les enseignants, notamment les plateformes d’orientation, d’elearning, de gestion des carrières, outre le déploiement d’une infrastructure informatique et un datacenter. Deuxièmement, le programme UM4.0 consiste en la construction et l’équipement de la Faculté de médecine et de pharmacie de Béni Mellal d’une capacité d’accueil de 4.500 places.

En plus de la construction de 5 cités universitaires de 1.500 lits chacune à Larache, Oujda, Safi, Taroudant et Béni Mellal ainsi que la mise en place de 10 centres de coding agiles développant un apprentissage actif centré sur les projets. De même, il aspire à former des enseignants du supérieur, récemment embauchés, en sus de la préparation d’outils d’aide à la décision pour la gestion, le suivi et l’évaluation du système d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation. Khalid Karbaoui, professeur universitaire et expert en entrepreneuriat, considère que les universités marocaines sont confrontées à une double contrainte.

«La première est liée à nos classements très insatisfaisants parmi les universités dans le monde. La deuxième est relative à la problématique des jeunes diplômés qui entache la crédibilité de nos universités. Une étude du cabinet McKinsey estime que d’ici 2030, 800 millions d’emplois vont disparaître dans le monde au profit des innovations technologiques, alors que Dell et «l’Institut pour le futur» affirment que 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui», explique-t-il.

Ainsi, il estime que le projet UM4.0 devrait permettre à «nos étudiants un accès facile à la technologie et d’acquérir un savoir nécessaire pour une meilleure insertion future dans le marché du travail. Mais pour ce faire, tous les intervenants du monde socioéconomique devraient s’impliquer pour réussir ce chantier. Les structures d’enseignement au sein des universités et écoles devraient s’adapter et se réorganiser pour conduire ce changement». Karbaoui affirme par ailleurs que dresser un bilan de la première année de ce projet demeure difficile, mais certains dysfonctionnements liés à sa mise en œuvre sont d’ores et déjà connus.

«Sur le plan technique, la plateforme «Rosetta Stone» connaît de nombreux incidents, ce qui empêcherait les étudiants de suivre les cours à distance au niveau de cette plateforme. Il en est de même pour le réseau «e-campus» qui connaît souvent des pannes techniques. Aussi, l’année universitaire 2023–2024 a été marquée par l’ouverture de licences nouvelle génération et licences d’excellence, remplaçant ainsi les licences fondamentales et licences professionnelles. Ces nouvelles licences contiennent des modules intéressants pour permettre aux étudiants de développer des compétences techniques, numériques et en langues. Cependant, leur ouverture ne s’est accompagnée d’aucun soutien logistique.

Plusieurs établissements de l’enseignement supérieur ne disposent pas de salles suffisamment équipées pour enseigner le numérique et les nouvelles technologies. Quant aux licences en sciences exactes, elles n’ont pas eu le financement nécessaire convenu pour réaliser les travaux dirigés dans les laboratoires et sur le terrain. Aussi, ces licences prévoient un programme d’enseignement important en soft skills, mais nos universités connaissent un manque cruel d’enseignants dans cette matière», détaille-t-il.

12 centres d’appui à l’entrepreneuriat

Un autre engagement et non des moindres du programme UM4.0 repose sur la mise en place des centres de carrière dans les universités (services d’accompagnement sur sites et en ligne), au profit de 130.000 étudiants. D’autres données chiffrées révèlent la mise en place de 12 unités d’insertion professionnelle au niveau universitaire, mais aussi la création de 12 centres d’appui à l’entrepreneuriat en faveur de 15.000 étudiants. Aussi, 20.000 étudiants auront l’occasion de voir leurs compétences entrepreneuriales certifiées.

«L’idée de créer 12 centres d’appui au sein des universités s’inscrit dans le défi de l’enseignement supérieur d’offrir un environnement d’apprentissage capable de créer l’esprit d’entreprise en vue d’instaurer une culture entrepreneuriale. Ces structures d’accompagnement jouent un rôle important dans l’acquisition des compétences génériques, mais aussi des compétences spécifiques. Elles sont acquises à travers des actions de sensibilisation, de formation et d’accompagnement personnalisé des jeunes dans leurs projets. Pour ce faire, l’université est appelée à se métamorphoser pour transformer le savoir et la connaissance théorique et critique vers un savoir considéré comme un outil au service de l’employabilité», renchérit Karbaoui.

Et de poursuivre : «A cet effet, la réforme du mode de gouvernance et d’organisation devra s’accélérer. Il est important de souligner que la formation à l’entrepreneuriat doit être large et accessible. De leur côté, les enseignants concernés sont amenés à effectuer une réelle mise à niveau afin de former efficacement cette génération sur l’entrepreneuriat. De ce fait, de meilleures conditions de travail et d’opportunités en découleront afin de mieux accompagner ce changement d’envergure. Par ailleurs, la création d’un réseau qui associe ces centres d’appui aux acteurs économiques et territoriaux est indispensable pour réussir dans ce projet prometteur qui porte en lui le défi du savoir et du savoir-faire».

In fine, le rapport d’évaluation de la BAD fait savoir que le programme UM4.0 comprend trois principaux domaines de résultats, notamment l’amélioration de l’offre et de l’environnement de formation, avec une allocation indicative de 64 millions d’euros (53,47%), la numérisation d’une université marocaine innovante, avec une allocation de 50,7 millions d’euros (42,35%), et la promotion de l’excellence, de l’entrepreneuriat et de l’employabilité, avec une allocation de 5 millions d’euros (4,18%). 

 

 

 

 

 

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