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Guerre en Ukraine: Une affaire de blé

Guerre en Ukraine: Une affaire de blé

Cette céréale est devenue l’enjeu majeur de la guerre en Ukraine.

Entre pénurie et flambée des prix, c’est le spectre d’une crise alimentaire de grande ampleur qui pèse sur le monde.

Au Maroc, l’Etat a déjà déboursé 3,3 Mds de DH pour subventionner le blé importé.

 

Par D. William

Tout est question de blé actuellement. Au propre comme au figuré. Cette céréale est devenue malheureusement la vedette de la terrible guerre russo-ukrainienne. Objet de tractations géopolitiques, elle est au centre d’un conflit qui pourrait conduire à une grosse déflagration économique  : une crise alimentaire mondiale, qui déboucherait sur des émeutes de la faim.

«L'invasion de l'Ukraine pourrait entraîner la pire crise alimentaire mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale», avait notamment averti le chef du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, s’adressant au Conseil de sécurité des Nations unies. La menace est réelle, eu égard aux pénuries dues aux perturbations dans les chaînes d’approvisionnement.

Actuellement, entre 20 et 25 millions de tonnes de blé sont bloquées en Ukraine; une quantité qui va considérablement augmenter au fur et à mesure des récoltes. En cela, le ministère américain de l'Agriculture estime que la production et l’exportation de blé ukrainien seraient réduites quasiment de moitié (-47%) par rapport à la campagne précédente.

Parallèlement, plusieurs pays ont édicté des mesures de restriction à l’export. En avril dernier, la Banque mondiale tirait déjà la sonnette d’alarme : «en l’espace de quelques semaines, le nombre de pays mettant en place des restrictions hâtives sur les exportations de produits alimentaires a bondi de 25 %, pour atteindre 35  États. À la fin du mois de mars, ces pays avaient pris 53 nouvelles mesures affectant les échanges de denrées, dont 31 visant à limiter les exportations et neuf concernant en particulier le blé».

La situation s’est encore un peu plus tendue quand l’Inde, deuxième producteur mondial de blé, a décidé d’interdire le 14 mai dernier les ventes privées de céréales à l'étranger. Cette décision est justifiée par le fait que les conditions climatiques dans ce pays allaient entraîner, pour la première fois en six ans, une baisse de la récolte de blé à 106 millions de tonnes, soit 5% de moins par rapport à 2021. Ce contexte global de pénurie favorise une hausse générale des prix  du blé.

A fin mars, les prix ont augmenté sur un an de 48% pour les céréales, dont 79% pour le blé. Et même si les prix des denrées alimentaires ont légèrement diminué en mai, ceux du blé continuent, eux, d’augmenter. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), ils se sont inscrits en hausse de 5,6%, à cause de l’embargo sur les exportations décidé par l'Inde, des inquiétudes sur les conditions des cultures dans plusieurs pays exportateurs majeurs et de la réduction des prévisions de production en Ukraine.

 

La facture flambe au Maroc

Face à cette conjoncture exceptionnelle, le Maroc diversifie de plus en plus ses sources d’approvisionnement. Au Parlement, le  ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Mohammed Sadiki, a assuré que le Maroc a importé du blé de 25 pays issus d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Amérique latine et d’Asie au cours de la précédente campagne agricole. Pour celle en cours, les importations proviennent de 15 pays, le Brésil et l’Argentine totalisant 41% du total en février dernier.

Plus globalement, le Brésil a quadruplé ses exportations de blé vers les pays arabes, notamment l'Arabie saoudite, le Maroc, le Soudan et l'Égypte de janvier à avril de cette année, selon la Chambre de commerce arabobrésilienne (CCAB). Ces exportations sont passées de 241.500 tonnes de janvier à avril 2021, à 1,02 million de tonnes au cours des mêmes mois de 2022, soit une augmentation de 326 %. Ainsi, le Maroc a acheté 360.000 tonnes de blé brésilien durant les quatre premiers mois de cette année, en hausse de 632% par rapport aux mêmes mois de l'année dernière.

Les pays exportateurs se frottent donc les mains, surtout qu’avec la flambée des prix sur le marché mondial, la hausse de la valeur des exportations a été supérieure à celle du volume. Ainsi, le Brésil a récolté 311 millions de dollars des ventes de blé aux pays arabes de janvier à avril, soit 485% de revenus de plus qu'au cours des mêmes mois de 2021. Chaque tonne de blé a été vendue à un prix supérieur de 37% par rapport au prix de 2021, indique la CCAB. Pour les pays importateurs comme le Maroc, la facture est très salée.

A fin mai 2022, l’Etat a déboursé 3,3 Mds de DH pour subventionner le blé importé, et la facture devrait atteindre 6 Mds de DH au terme de cet exercice, selon le ministre du Budget, Fouzi Lekjaa. Plus globalement, du fait de la conjoncture internationale défavorable, les crédits alloués à la Caisse de compensation passeront de 16 Mds de MDH à plus de 32 Mds de DH, dont plus de 9,8 Mds de DH réservés au gaz butane et 200 MDH au sucre. 

 

 

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