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Hydrocarbures: le Maroc joue à fond la carte du gaz naturel

Hydrocarbures: le Maroc joue à fond la carte du gaz naturel

La souveraineté énergétique passera par le développement d’une industrie gazière forte.

Le Royaume intensifie ses efforts pour diversifier ses sources d’approvisionnement et fait sa première sortie sur le marché international du gaz.

 

Par D. William

 

A côté de la souveraineté alimentaire, la souveraineté énergétique constitue actuellement l’une des grandes priorités du Maroc. Et il n’est pas le seul dans ce cas de figure. Les tensions géopolitiques mondiales, et notamment la Guerre en Ukraine, ont mis à nu les fragilités de plusieurs Etats à cause de leur dépendance du gaz russe.

Ce qui empêche l’Europe de s’entendre sur un embargo sur ce produit, craignant les répercussions économiques éventuelles. L’indépendance énergétique du Maroc est cependant très loin d’être gagnée. Ce sera un travail de longue haleine, vu qu’environ 90% de ses besoins énergétiques sont couverts par des approvisionnements en provenance de l’étranger.

Mais le Royaume s’essaye pour l’instant à réduire au mieux cette dépendance de l’extérieur, surtout au regard de l’impact des importations sur les finances publiques. Selon le Directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), Abderrahim El Hafidi, la facture énergétique au titre de 2022 pourrait avoisiner les 47,7 milliards de dirhams.

 

Initiatives multiples

Les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour développer une économie de résilience face aux chocs énergétiques externes. C’est ce qui est fait notamment pour le gaz naturel, dont la gestion stratégique a pris un tournant majeur avec la décision unilatérale de l’Algérie de fermer le gazoduc Maghreb-Europe (GME) en octobre dernier. Ainsi, diversification des sources d’approvisionnement, investissements dans les infrastructures, efforts d’exploration et de forage, ou encore multiplication des partenariats sont parmi les actions initiées par le Maroc.

Dans ce cadre, le Royaume a effectué sa première sortie sur le marché international du gaz. Il dévoilera bientôt le soumissionnaire retenu dans le cadre de l’appel d’offres restreint pour la fourniture de gaz naturel liquéfié, lequel pourrait par la suite être regazéifié en Espagne. Ces contrats d’approvisionnement vont permettre de relancer les deux centrales à cycles combinés de Tahaddart et Ain Beni Mathar, à l’arrêt depuis justement la fermeture du GME.

De même, l’ambition du Maroc est actuellement de bâtir une véritable infrastructure gazière. Elle comprendra, selon la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leïla Benali, qui s’exprimait devant les parlementaires, des gazoducs, des ports et des unités de stockage et de regazéification, et permettra de garantir une énergie compétitive au secteur de l’électricité et au secteur industriel, lequel a du mal à accéder au gaz naturel.

«La réalisation de la souveraineté énergétique en matière de gaz naturel passe par la transformation du gaz liquéfié (GNL), qui doit se faire sur le territoire national et l'espace maritime marocain, qu’elle soit au niveau d’une centrale flottante ou d’un terminal terrestre», souligne Benali, insistant sur l’importance de la construction d’unités de regazéification. Parallèlement, le Maroc intensifie ses efforts d’exploration.

Actuellement, 11 sociétés font de l’exploration des hydrocarbures dans le Royaume. Entre 2000 et 2022, 67 puits ont été forés, dont 40 ont révélé la présence de quantités de gaz naturel. Selon Amina Benkhadra, Directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), ces découvertes, bien que de petites tailles, sont économiquement rentables en raison de la disponibilité d'un réseau de gazoducs sur place et d'un marché local représenté par plusieurs unités industrielles.

Les découvertes de gaz naturel sont concentrées dans deux bassins de production  : le bassin du Gharb et le bassin d'Essaouira (Meskala), et une zone en voie de développement représentée dans le bassin de Tendrara. Malgré ces découvertes, la production de gaz naturel du Maroc reste assez faible : elle tourne autour de 100 millions de m3 par an pour des besoins de consommation nationale dépassant le milliard de mètres cubes. D’où les efforts déployés par le Royaume pour développer son industrie du gaz et le pari fait sur le projet de gazoduc Maroc - Nigeria. 

 

Gazoduc Maroc/Nigeria : Le projet prend petit à petit forme
Le gazoduc Maroc-Nigéria devrait mesurer environ 5.660 kilomètres de long. Il traversera plus d’une dizaine de pays, pour un coût global estimé entre 25 et 30 milliards de dollars, voire plus. En décembre dernier, la Banque islamique de développement, le ministère de l'Economie et des Finances et l'ONHYM ont signé les conventions de financement relatives à l'étude de conception technique initiale de ce gazoduc. La BID participera ainsi au financement de cette étude dont l’enveloppement globale s’élève à 90,1 millions de dollars. Selon la banque, «conformément à l'accord entre les gouvernements marocain et nigérian, les deux pays partageront à parts égales le coût du projet, estimé à 90,1 millions de dollars. La BID soutiendra la contribution marocaine et participera au financement du projet à hauteur d'un montant de 15,45 millions de dollars. Pour la contribution nigériane, la BID vient d'approuver un financement d'un montant de 29,75 millions USD, qui portera la contribution de la banque à 50% du coût total de l'étude».

 

 

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