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Législatives 2026 : Les programmes économiques au banc d’essai

Législatives 2026 : Les programmes économiques au banc d’essai

-Emploi, salaires, fiscalité, PME, pouvoir d’achat, souveraineté économique… À quelques jours des législatives du 23 septembre, les principaux partis ont précisé leurs priorités économiques.

Les thèmes se recoupent souvent, mais les réponses proposées diffèrent sensiblement, tout comme le degré de précision des engagements.

Plusieurs formations avancent des objectifs chiffrés et des enveloppes budgétaires, quand d’autres préfèrent s’en tenir à des orientations de politique économique. Tour d’horizon. 

La bataille de l’emploi occupe, sans surprise, une place centrale dans les programmes. Trois formations affichent d’ailleurs le même objectif symbolique d’un million d’emplois : le RNI, le PAM et le PPS. La comparaison s’arrête toutefois au chiffre, car les modalités et les horizons retenus ne sont pas les mêmes.

Le RNI veut créer un million d’emplois et ramener le chômage sous les 9% d’ici 2031. Il en précise la répartition : 300.000 postes dans l’industrie, 250.000 dans le numérique, 150.000 dans l’agriculture et le monde rural, 100.000 dans le tourisme, autant dans les grands chantiers liés au Mondial 2030 et 100.000 autres dans l’artisanat et les services.

En parallèle, le parti prévoit une politique d’insertion concernant près de 250.000 personnes par an.

Le PAM retient également le seuil du million, mais parle cette fois d’emplois nets sur cinq ans, soit au moins 200.000 créations nettes par an. Le taux de chômage serait ramené de 10,8% à 7% en 2031.

Pour y parvenir, le parti prévoit notamment une exonération d’IS pendant cinq ans pour les petites entreprises créant au moins trois postes, ainsi qu’une prise en charge partielle du coût du premier emploi pour 500.000 jeunes.

L’USFP suit une autre logique. Le parti fixe un objectif de chômage inférieur à 8%, et inférieur à 10% chez les jeunes, tout en ciblant 250.000 emplois industriels. Il mise notamment sur des contrats sectoriels dans l’agroalimentaire, le médicament et les énergies renouvelables, auxquels il attribue un potentiel de croissance supplémentaire de 1,5 point par an.

Quant au PPS, il vise lui aussi un million d’emplois nets sur cinq ans, dont la moitié dans l’industrie. Son programme prévoit de porter la part de l’industrie dans le PIB à 20%, contre 15,3% dans son diagnostic, et de ramener le chômage à 10%.

 

Le pouvoir d’achat s’impose dans tous les programmes

L’emploi n’est pas le seul terrain de convergence. La question du pouvoir d’achat s’est installée au premier rang des préoccupations de la campagne, mais les partis ne mobilisent pas les mêmes instruments.

Le RNI propose ainsi de porter progressivement le SMIG à 5.000 DH, d’aligner le SMAG sur celui-ci et de revaloriser les pensions. Les aides sociales directes seraient également indexées sur l’inflation. Le parti prévoit, en outre, un crédit d’impôt pouvant atteindre 5.000 DH par an et par enfant au titre des frais de scolarité.

Le PAM fait surtout porter l’effort sur la fiscalité des ménages. Son programme ramène l’impôt sur le revenu à trois tranches : 0% pour les salaires bruts inférieurs à 15.000 DH, 10% entre 15.000 et 46.000 DH et 20% au-delà. À cette réforme s’ajoutent un minimum de pension de 3.000 DH et un relèvement progressif du plancher du soutien social direct à 1.000 DH par mois.

L’enveloppe affectée au «pacte pouvoir d’achat» atteint, à elle seule, 150 Mds de DH.

L’USFP mise pour sa part sur une hausse de 20% du salaire moyen et de 15% du revenu net des salariés, avec une réduction parallèle de 10% de leur pression fiscale. 

Le PPS prévoit une hausse de 15% du SMIG et du SMAG, en deux étapes, en 2027 puis en 2030, ainsi qu’un revenu minimum de dignité de 1.000 DH pour les ménages en situation de pauvreté multidimensionnelle.

L’Istiqlal reste moins précis sur les montants. Le parti prévoit néanmoins un relèvement progressif du salaire minimum et des retraites, un suivi des marges sur les produits de consommation courante et un plan de renforcement de la classe moyenne à horizon 2031. Il souhaite également revoir les circuits de distribution et mieux conditionner les aides publiques aux résultats obtenus.

Le Mouvement populaire propose, de son côté, un «compte fiscal social» permettant notamment de déduire une partie des dépenses d’éducation du revenu imposable, dans la limite de 500 DH par mois et par famille. Les petites entreprises pourraient également bénéficier d’exonérations fiscales lorsqu’elles créent au moins trois emplois.

 

 

Les PME font presque l’unanimité

Sur les PME, les programmes se rapprochent davantage. Plusieurs partis partent du même constat : les petites entreprises restent confrontées à des difficultés de financement, d’accès aux marchés publics et aux dispositifs d’aide, alors que la progression de l’investissement ne se traduit pas toujours par une création d’emplois à la même hauteur.

L’USFP propose ainsi de réserver 30% des marchés publics aux TPE-PME et de créer un établissement financier public dédié à leur financement. Il se donne également pour objectif d’accompagner 100.000 entreprises dans le cadre de la Charte de l’investissement.

Le PPS souhaite aller plus loin sur le financement bancaire en imposant aux banques de consacrer 40% de leurs crédits aux TPME. Son programme prévoit aussi la création de 15.000 TPME par an, un délai de création d’entreprise ramené à 72 heures et la transformation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement en banque publique d’investissement regroupant notamment Tamwilcom et Maroc PME.

Le PJD défend également l’idée d’une part minimale de crédits bancaires réservée aux TPME, sans en préciser le niveau dans les mesures présentées. Les aides publiques seraient, par ailleurs, liées à des engagements en matière d’emploi, d’achats locaux et de délais de paiement. Une part de la commande publique serait également réservée aux très petites entreprises.

Le Mouvement populaire veut, quant à lui, doubler le nombre d’entreprises exportatrices marocaines pour le porter à 12.000, notamment en intégrant davantage de PME aux chaînes de valeur internationales.

L’UC propose pour sa part de lier plus étroitement les incitations à l’investissement à la création effective d’emplois.

Une question reste cependant assez peu développée dans l’ensemble de ces programmes : celle de la productivité et de la croissance de la taille des entreprises marocaines. Un meilleur accès au crédit ou à la commande publique peut lever certains obstacles, mais les enjeux de capitalisation, de qualification, de gouvernance et d’accès à la technologie restent tout aussi déterminants.

 

La fiscalité marque davantage les différences

Les écarts deviennent plus nets lorsqu’on aborde la fiscalité. Le PPS assume une orientation redistributive. Il propose un impôt de solidarité sur la fortune compris entre 0,3% et 0,5%, un taux marginal d’IR de 40% au-delà de 500.000 DH annuels et un IS pouvant atteindre 40% dans certains secteurs, notamment chez les distributeurs d’hydrocarbures et les opérateurs télécoms. À l’inverse, les TPE réalisant moins de 500.000 DH de bénéfices seraient imposées à 10%.

Le PJD défend une approche assez proche pour certains secteurs, mais en l’inscrivant davantage dans la problématique de la concurrence. Il propose un IS de 40% pour les entreprises opérant en situation de monopole, de quasi-monopole ou d’oligopole, notamment dans les hydrocarbures, les télécoms et le ciment. Les bénéfices inférieurs à 300.000 DH seraient, eux, soumis à un taux de 10%.

Le PAM prend une direction différente, avec un effort fiscal essentiellement concentré sur les revenus du travail et une forte baisse de l’IR. L’USFP prévoit également d’alléger la fiscalité des salariés, tout en comptant sur un élargissement de l’assiette pour dégager des recettes supplémentaires équivalentes à 5% du PIB.

Ces choix ne produisent évidemment pas les mêmes effets sur les finances publiques. Une hausse de la taxation du patrimoine ou de certains secteurs crée de nouvelles recettes, mais son rendement dépend de l’assiette réellement taxable. À l’inverse, une baisse importante de l’IR améliore immédiatement le revenu disponible des ménages concernés, mais suppose de compenser les recettes perdues.

 

La souveraineté économique gagne du terrain

Autre évolution visible dans les programmes : la souveraineté économique occupe désormais une place importante dans des familles politiques très différentes.

L’Istiqlal en fait l’un des axes de son projet. Il propose d’identifier les dépendances critiques du Royaume, de renforcer le stockage stratégique, de privilégier davantage la valeur produite au Maroc dans la commande publique et de contractualiser avec de grandes filières industrielles comme l’automobile et l’aéronautique.

Le PJD défend lui aussi la production locale. Il propose notamment la remise en activité de la Samir et le remplacement des exonérations accordées aux importations de bétail et de viande par des aides directes aux petits et moyens éleveurs.

Le Mouvement populaire avance une autre piste en prévoyant la possibilité de suspendre temporairement certaines exportations agricoles lorsque l’offre devient insuffisante sur le marché intérieur. Pour le poisson, il propose des droits de douane à l’exportation dès lors que les volumes exportés dépassent 50% de la production nationale.

L’Alliance de la gauche défend une intervention publique plus large. Son programme commun FGD-PSU prévoit notamment la remise en service de la Samir, la constitution d’un stock de carburants couvrant 60 jours, une réorientation des aides vers les petits agriculteurs et le maintien des stations de dessalement dans le secteur public. Plus généralement, la coalition souhaite accroître le rôle de l’État dans l’économie et dans la fourniture des services essentiels.

 

Le chiffrage, principal point de comparaison

Les objectifs sociaux et économiques sont souvent proches. Les écarts se creusent davantage lorsqu’il faut chiffrer les mesures et expliquer leur financement.

Le PAM estime à 350 Mds de DH sur cinq ans le coût supplémentaire de son programme. Cette enveloppe couvre notamment le pouvoir d’achat, la jeunesse, les services publics et la souveraineté stratégique. Le parti complète ce chiffrage par un cadrage macroéconomique et un objectif d’un million d’emplois nets.

Le PPS présente une enveloppe plus élevée. Il évalue les nouvelles dépenses à 575 Mds de DH sur cinq ans et estime pouvoir mobiliser 622 Mds de recettes supplémentaires. Certains éléments de ce chiffrage ont d’ailleurs été précisés après la présentation initiale, notamment en ce qui concerne les créations d’emplois et l’impact du programme sur la dette publique.

L’Alliance de la gauche chiffre, elle, à 500 Mds de DH les ressources nécessaires à la mise en œuvre de ses 431 mesures entre 2027 et 2031. Son scénario repose notamment sur une réforme fiscale, avec un objectif de dette du Trésor à 63% et un déficit compris entre 3,8% et 4%.

L’Istiqlal adopte une approche différente. Ses 99 mesures comportent plusieurs engagements précis, mais aucun chiffrage budgétaire global ni plan de financement permettant d’apprécier leur impact d’ensemble sur les finances publiques.

Même retenue du côté de l’UC, qui explique avoir préféré des engagements de politique publique aux grandes projections chiffrées, jugées souvent irréalistes. Son programme met ainsi davantage l’accent sur l’emploi, la concurrence, la régionalisation, les services publics et la simplification administrative.

 

Des priorités proches, des choix économiques différents

RNI, PAM, Istiqlal, USFP, PPS, PJD, Mouvement populaire, UC et Alliance de la gauche partagent finalement plusieurs priorités : créer davantage d’emplois, soutenir le pouvoir d’achat, renforcer les PME et réduire certaines dépendances économiques. Les moyens proposés, en revanche, divergent sensiblement.

Le RNI s’inscrit dans la continuité de l’État social et mise sur l’emploi et le soutien au revenu. Le PAM combine baisse de la fiscalité des ménages, créations d’emplois et dépenses sociales importantes. L’Istiqlal insiste davantage sur la production locale et la souveraineté économique. L’USFP met l’accent sur l’industrie, les salaires et les PME.

Le PPS défend une intervention publique plus forte et une redistribution accrue par l’impôt. Le PJD privilégie les questions de concurrence, de rente et de ciblage des aides. Le Mouvement populaire met davantage l’accent sur les petites entreprises, les territoires et le monde rural. L’UC privilégie une approche moins chiffrée, centrée sur la productivité et l’emploi. Enfin, l’Alliance de la gauche assume le rôle le plus étendu de l’État dans l’économie.

La comparaison ne peut donc pas s’arrêter au nombre de mesures ou aux objectifs affichés. Elle doit aussi porter sur les hypothèses qui les sous-tendent. Un million d’emplois suppose un rythme de croissance et d’investissement compatible avec cet objectif.

Une forte hausse des salaires a un coût pour les entreprises. Une baisse des impôts réduit les recettes à court terme.

Quant aux programmes nécessitant plusieurs centaines de milliards de dirhams supplémentaires, leur mise en œuvre dépendra nécessairement de la croissance, des recettes fiscales, du recours à la dette ou d’arbitrages sur les dépenses existantes. À suivre.

Y. S.

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