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Quel bilan économique après un mois de guerre au Moyen-Orient ?

Quel bilan économique après un mois de guerre au Moyen-Orient ?

Un mois après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, le constat est sans appel. Ce qui relevait initialement d’une crise régionale s’est progressivement transformé en un choc économique global, dont les effets commencent à se propager bien au-delà du théâtre des opérations.

Le premier signal fort est énergétique. En quelques semaines, le prix du pétrole est passé d’environ 70 dollars à plus de 100 dollars le baril, traduisant un choc brutal sur l’offre mondiale. Selon l’Agence internationale de l'énergie, le marché fait face à un déséquilibre majeur, avec près de 11 millions de barils manquants chaque jour et un déficit cumulé estimé à près de 300 millions de barils à l’échelle mondiale. Dans une économie encore largement dépendante des hydrocarbures, une telle contraction de l’offre agit comme un véritable catalyseur de tensions inflationnistes.

Ce choc énergétique se transmet rapidement à l’ensemble du système économique. La croissance mondiale ralentit, les investissements marquent le pas, les flux commerciaux se contractent et l’inflation se diffuse à l’ensemble des produits. L’énergie, en tant que socle de la production et du transport, entraîne dans son sillage une hausse généralisée des coûts. Lorsque le pétrole s’envole, c’est toute la mécanique économique qui se grippe.

Certains secteurs apparaissent particulièrement exposés, à commencer par le transport aérien. Le prix du kérosène est passé d’environ 95 dollars à près de 197 dollars depuis le début du conflit, soit une hausse de plus de 100% en quelques semaines. Une telle augmentation bouleverse immédiatement les équilibres financiers des compagnies aériennes, en particulier celles du Golfe, fortement dépendantes de ces coûts. À court terme, cette pression devrait se répercuter sur les consommateurs, avec un risque réel de voir les prix des billets d’avion doubler, voire tripler.

L’industrie lourde, notamment la sidérurgie, subit également de plein fouet cette hausse des coûts énergétiques, tandis que la pétrochimie et la production d’engrais entrent dans une zone de tension critique. Cette dernière dimension est particulièrement stratégique, dans la mesure où elle pourrait, à terme, impacter les équilibres agricoles mondiaux et raviver les risques de crise alimentaire.

Pour le Maroc, les effets sont déjà perceptibles. Les prix à la pompe ont enregistré une hausse sensible, avec environ deux dirhams supplémentaires pour le gasoil et un dirham et demi pour l’essence. Cette augmentation se diffuse progressivement dans l’ensemble de l’économie, renchérissant les coûts de production, de transport et, in fine, les prix des biens et services. Toutefois, dans la mesure où le choc est global, la compétitivité relative du Maroc demeure préservée. Tous les pays étant affectés simultanément, les parts de marché ne sont pas directement menacées.

Mais derrière cette relative stabilité se cache une réalité plus préoccupante. Le véritable impact se situe au niveau du pouvoir d’achat. Ce sont les ménages qui absorbent en premier lieu ce choc, à travers une hausse généralisée du coût de la vie. L’énergie, en se renchérissant, agit comme une pression diffuse mais constante sur la consommation.

Après un mois de guerre, le diagnostic est clair. Le conflit a déjà dépassé sa dimension géopolitique pour devenir un facteur structurant de l'économie mondiale. Il rappelle, avec force, que l’énergie reste au cœur des équilibres économiques. Et dans un monde où ces équilibres sont fragiles, une telle perturbation ne peut être que lourde de conséquences.

 

M. Benchekroun

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