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Commerce mondial : le transport maritime sous pression, les armateurs tirent la sonnette d'alarme

Commerce mondial : le transport maritime sous pression, les armateurs tirent la sonnette d'alarme

Les géants du transport maritime mondial voient s'accumuler les nuages à l'horizon. Réunis jeudi à Genève autour de la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les principaux armateurs de la planète ont exprimé leurs inquiétudes face à une montée des coûts logistiques et à un durcissement des contraintes opérationnelles qui fragilisent davantage un commerce international déjà éprouvé par les crises géopolitiques successives.

Si les chaînes d'approvisionnement mondiales continuent, jusqu'à présent, de démontrer une certaine capacité d'adaptation, cette résilience a un coût. Les perturbations persistantes qui affectent plusieurs routes maritimes stratégiques, notamment dans la région du Golfe, obligent les transporteurs à redessiner leurs itinéraires et à recourir à des corridors alternatifs souvent plus longs, plus complexes et plus onéreux.

Cette réorganisation forcée des flux se traduit par une hausse sensible des coûts d'exploitation. Une inflation logistique qui finit inévitablement par se répercuter sur les prix des marchandises et, in fine, sur le consommateur final.

Au-delà de la question des coûts, les acteurs du secteur alertent sur un phénomène plus structurel : le resserrement progressif des capacités de transport. Les alternatives terrestres, présentées comme des solutions de substitution aux routes maritimes perturbées, atteignent déjà leurs limites. Certains ports affichent des niveaux de saturation préoccupants tandis que les infrastructures ferroviaires peinent à absorber les volumes déplacés.

À titre d'illustration, l'un des dirigeants présents a rappelé qu'il fallait près de 70 trains de marchandises pour égaler la capacité d'un seul porte-conteneurs. Un chiffre qui souligne à quel point le transport maritime demeure l'épine dorsale des échanges mondiaux.

Les difficultés ne s'arrêtent pas là. Les armateurs dénoncent également la multiplication des goulets d'étranglement administratifs et opérationnels. Les retards douaniers observés sur certains corridors alternatifs compliquent davantage la fluidité des opérations logistiques multimodales, allongeant les délais et alimentant l'incertitude.

Face à cette accumulation de contraintes, le secteur plaide pour une accélération des investissements dans les infrastructures portuaires, logistiques et de transport. L'objectif est clair : préserver la fluidité des échanges dans un environnement commercial devenu plus volatil et moins prévisible.

Les représentants des grandes compagnies maritimes ont également insisté sur l'importance du respect des règles multilatérales encadrant le commerce international, en particulier le principe fondamental de liberté de navigation, considéré comme une condition indispensable à la stabilité des échanges.

Pour sa part, Ngozi Okonjo-Iweala a rappelé le rôle central du transport maritime, qui assure plus de 80% du commerce mondial en volume. La responsable de l'OMC a appelé à un renforcement de la coopération entre les gouvernements et le secteur privé afin d'améliorer la résilience des chaînes d'approvisionnement.

Elle a notamment plaidé pour une mise en œuvre plus ambitieuse de l'Accord sur la facilitation des échanges, ainsi que pour une accélération de la numérisation des procédures douanières, du partage des données logistiques et d'une utilisation mesurée des restrictions commerciales.

Cette rencontre a réuni plusieurs poids lourds du secteur, dont MSC, CMA CGM, COSCO Shipping, Hapag-Lloyd, Ocean Network Express (ONE), Evergreen Marine, Yang Ming et China Merchants Energy Shipping, aux côtés de représentants de la Chambre internationale de la marine marchande (ICS), de la Fédération internationale des associations de transitaires (FIATA) et du World Shipping Council.

Dans un contexte où les tensions géopolitiques redessinent progressivement les routes du commerce mondial, le message des armateurs est sans équivoque : la robustesse des chaînes logistiques ne peut plus être tenue pour acquise et nécessitera des investissements massifs ainsi qu'une coopération internationale renforcée pour éviter que les perturbations actuelles ne se transforment en crise durable des échanges.

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