Face au creusement du déficit commercial, le gouvernement entend accélérer la substitution aux importations par la production locale, tout en renforçant et en diversifiant l’offre exportable nationale.
Le gouvernement fait de la réduction du déficit commercial l’une de ses priorités économiques. Pour y parvenir, il entend agir sur deux leviers : stimuler les exportations et réduire la dépendance du Royaume à certains produits importés, en encourageant leur fabrication sur le territoire national.
C’est ce qu’a affirmé, lundi à la Chambre des représentants, le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, en réponse à des questions orales consacrées à la stratégie gouvernementale dans ce domaine.
Selon le ministre, le Maroc dispose d’un potentiel industriel lui permettant de produire localement une partie des biens actuellement achetés à l’étranger.
Il a notamment évoqué l’existence d’une importante banque de projets dont la concrétisation devrait être accélérée, en partenariat avec le secteur privé, afin de contribuer au rééquilibrage de la balance commerciale.
Des importations difficilement compressibles
La marge de manœuvre reste toutefois limitée par la structure des achats extérieurs.
Omar Hejira a ainsi précisé que 69% des importations marocaines sont difficilement compressibles, puisqu’elles portent principalement sur des produits indispensables au fonctionnement de l’économie, notamment les hydrocarbures, les céréales, les équipements et les intrants industriels.
L’enjeu consiste donc à développer progressivement des alternatives locales, lorsque les capacités industrielles et les conditions économiques le permettent.
Cette orientation concerne également les grands projets d’infrastructures engagés par le Royaume. Autoroutes, réseau ferroviaire, aéroports et équipements sportifs génèrent d’importants besoins en matériels et en intrants, dont une partie est actuellement importée.
Le gouvernement ambitionne ainsi de favoriser, au cours de l’actuelle législature, la fabrication locale de certains de ces produits, en accompagnant les entreprises nationales susceptibles de se positionner sur ces marchés.
Sur le volet des exportations, Omar Hejira a annoncé la prolongation jusqu’en 2031 de la Feuille de route du commerce extérieur 2025-2027, avec l’intégration de nouveaux programmes.
L’objectif est d’élargir la base exportatrice du Royaume, de soutenir la création d’emplois et d’améliorer la compétitivité des entreprises marocaines sur les marchés internationaux.
Le ministre a également insisté sur les retombées attendues de cette dynamique en matière de chiffre d’affaires, de montée en qualité des produits, de conformité aux standards internationaux et de consolidation du tissu industriel.
Une forte concentration géographique et sectorielle
Au-delà de la progression des ventes à l’étranger, la diversification de l’appareil exportateur constitue un autre défi majeur.
Les chiffres présentés par le ministre illustrent l’ampleur des déséquilibres structurels.
Près de 85% des exportations marocaines proviennent de l’axe Tanger-El Jadida, tandis que 70% sont destinées aux marchés européens, avec une prédominance de la France et de l’Espagne.
La concentration est également sectorielle : six secteurs représentent à eux seuls 92% des exportations nationales.
Autre indicateur révélateur : seulement 10% des entreprises exportatrices réalisent 90% de la valeur totale des ventes marocaines à l’étranger.
Cette configuration met en évidence la nécessité d’élargir le nombre d’entreprises présentes à l’international, de développer de nouvelles filières exportatrices et de diversifier les débouchés géographiques afin de réduire la dépendance à un nombre limité de marchés et d’activités.
Sur le plan des échanges, le ministre a indiqué que le volume du commerce extérieur marocain avait atteint 952,4 milliards de dirhams à fin août 2026 contre près de 1.300 milliards de dirhams sur l’ensemble de l’année 2025.
Cette évolution s’accompagne toutefois d’un déséquilibre persistant entre les importations et les exportations.
Selon les données avancées par Omar Hejira, les exportations ont progressé de 8,7%, tandis que les importations ont augmenté de 15,8%, accentuant ainsi le déficit commercial.
Le ministre a néanmoins tenu à nuancer cette situation en rappelant que les échanges extérieurs ne se limitent pas aux marchandises.
La balance des services a ainsi dégagé un excédent supérieur à 118 milliards de dirhams à fin août 2026.
Cette performance, portée notamment par les recettes touristiques et les autres activités de services, contribue à diversifier les sources de devises du Royaume et à atténuer une partie du déséquilibre des échanges de biens.
Reste que l’amélioration durable de la balance commerciale dépendra de la capacité du Maroc à transformer son potentiel industriel en production effective, à élargir son tissu d’entreprises exportatrices et à conquérir de nouveaux marchés.