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Programme gouvernemental 2027-2031: Le volontarisme social à l’épreuve de la rigueur budgétaire

Programme gouvernemental 2027-2031: Le volontarisme social à l’épreuve de la rigueur budgétaire

Le Projet de Loi de Finances 2027 et le programme gouvernemental 2027-2031 ouvrent une nouvelle étape dans la transformation économique et sociale du Maroc. Avec une croissance annuelle ciblée à 5%, l’Exécutif entend concilier rigueur budgétaire, consolidation de l’Etat social et dynamisation de l’investissement privé.

Par D.William

Le Maroc aborde une nouvelle phase économique et politique avec des ambitions élevées et des contraintes persistantes.

Les orientations du Projet de Loi de Finances (PLF) 2027, examinées lors du Conseil des ministres du 17 octobre présidé par le Roi Mohammed VI, et le programme gouvernemental présenté le 19 octobre devant le Parlement par la cheffe de gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri, traduisent une volonté d’accélérer la transformation du modèle économique national.

Issue des législatives du 23 septembre 2026, la nouvelle majorité, réunissant le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS, entend conjuguer continuité des grands chantiers structurants et nouvelles priorités sociales. Ainsi, elle ambitionne de porter la croissance à 5% en moyenne annuelle entre 2027 et 2031, après une progression attendue de 4,7% en 2026.

Cette trajectoire suppose de réduire la dépendance aux aléas climatiques, diversifier davantage l’appareil productif et de développer des activités à forte valeur ajoutée.

Parallèlement, l’Exécutif entend maintenir l’inflation autour de 2%, contenir le déficit budgétaire à 3% du PIB et ramener la dette publique vers 62% du PIB à l’horizon 2031.

La difficulté réside dans la conciliation de ces objectifs avec le financement des engagements sociaux et des investissements structurants. L’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration de l’efficacité des dépenses et la contribution accrue des entreprises publiques figurent parmi les leviers envisagés.

Pour Mohamed Boiti, docteur ès sciences de gestion, la réalisation simultanée de ces objectifs repose sur une hypothèse de croissance particulièrement exigeante. «Toute l'équation repose sur la croissance. Le programme gouvernemental vise 5% par an en moyenne d'ici 2031, alors que le cadrage du ministère des Finances retient 4,1% en 2027 et 4,2% en 2028 et 2029», relève-t-il. Cet écart entre les ambitions affichées et les prévisions budgétaires soulève la question des marges de manœuvre dont disposera réellement l’Exécutif.

«Financer à la fois l'Etat social, les territoires et les chantiers du Mondial, tout en baissant l'impôt sur le revenu et en tenant 3% de déficit, suppose une accélération que rien ne garantit encore. Si elle ne vient pas, ce sont les dépenses d’investissement qui risquent d’être sacrifiées les premières», prévient l’économiste.

C’est dire que la soutenabilité de cette trajectoire dépendra surtout de la qualité des arbitrages budgétaires et du rendement économique et social des ressources mobilisées.

Dans ce contexte, le risque ne réside pas uniquement dans l’insuffisance éventuelle des ressources, mais également dans leur dispersion entre les nombreuses priorités. Mohamed Boiti plaide ainsi pour une discipline renforcée dans la conduite des politiques publiques.

«Le risque de dispersion est réel, et les textes officiels le reconnaissent eux-mêmes. La réponse tient en trois mots : prioriser, conditionner, mesurer. Une programmation chiffrée des engagements sociaux, des transferts aux régions liés à leur exécution effective et des indicateurs de performance publiés chaque année», suggère-t-il.

Pouvoir d’achat

La protection du pouvoir d’achat constitue l’un des engagements les plus visibles du nouveau gouvernement.

L’approche annoncée entend dépasser les mécanismes traditionnels de soutien aux revenus pour agir également sur les facteurs structurels de formation des prix.

La modernisation des circuits de distribution, la réforme de la commercialisation des viandes et des poissons ainsi que la lutte contre les pratiques spéculatives doivent contribuer à réduire les inefficiences qui renchérissent les produits.

Mohamed Boiti considère que la réforme des mécanismes de formation des prix offre des perspectives structurelles.

«Le levier le plus prometteur est ailleurs : la réforme des marchés et des prix, que le gouvernement range, à juste titre, dans la lutte contre la rente. Réduire les marges captées par les intermédiaires rend du pouvoir d'achat aux ménages sans dépenser un Dirham public», note-t-il.

Non sans souligner que cette volonté doit se traduire par des instruments de régulation suffisamment efficaces.

«Encore faut-il que le mécanisme annoncé dispose de vrais pouvoirs d'enquête et de sanction, et que les marges par filière soient rendues publiques. Sans cela, la réforme restera une déclaration d'intention», précise-t-il.

Sur le plan social, l’Exécutif prévoit une compensation automatique des factures mensuelles d’électricité, plafonnée à 100 DH pour les ménages éligibles. Une réforme progressive de l’impôt sur le revenu est également envisagée.

L’aide sociale directe devrait, quant à elle, évoluer vers un ciblage fondé sur les revenus réels, avec un relèvement progressif de 500 à 1.000 DH à la fin de la législature. Pour l’économiste, c’est précisément sur ce terrain que pourrait se jouer une redistribution plus effective des fruits de la croissance.

«Protéger n'est pas redistribuer. Doubler l'aide sociale directe d'ici 2031 atténue les effets d'une croissance mal partagée, sans en changer le partage», souligne-t-il.

La consolidation de l’Etat social demeure aussi une priorité, avec la poursuite de la généralisation de la couverture médicale, le renforcement des aides directes et l’amélioration de l’accès au logement.

Toutefois, l’extension de la protection sociale ne produira pleinement ses effets que si elle s’accompagne d’une amélioration effective de l’offre de soins, notamment dans les territoires insuffisamment équipés.

La réforme des retraites représente un autre chantier majeur. Le gouvernement envisage une convergence progressive des régimes, un élargissement de la couverture et des mesures destinées à préserver leur équilibre financier.

Deux engagements se distinguent  le relèvement du minimum des pensions principales à 3.000 DH mensuels et le passage de la pension de réversion des veuves à 100% de celle du conjoint décédé, selon les modalités annoncées.

Ces avancées sociales devront néanmoins reposer sur des évaluations actuarielles solides et des financements pérennes, afin d’éviter de transférer les déséquilibres aux générations futures.

Emploi des jeunes

L’emploi constituera l’un des principaux tests de la législature. Selon les chiffres cités dans le programme gouvernemental, près de 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en formation, ni dans l’enseignement. Le chômage des 15-24 ans atteint 29,2%.

La nouvelle enquête sur la main-d’œuvre du haut-commissariat au Plan met également en évidence une faible participation des jeunes à l’activité économique.

Au deuxième trimestre 2026, le taux de participation à la main-d’œuvre n’atteignait que 22,9% chez les 15-24 ans. Les disparités entre les sexes restent également importantes, avec un taux de participation à la main-d’œuvre de 18,1% chez les femmes contre 66,5% chez les hommes.

Pour répondre à ces difficultés, le gouvernement prévoit un Programme national intégré pour la jeunesse, destiné à mieux articuler formation, insertion professionnelle, entrepreneuriat et accès au logement.

L’objectif est de former chaque année 100.000 jeunes selon les besoins des entreprises et d’offrir à 100.000 autres une première expérience professionnelle. Les métiers du numérique, l’industrie et les grands chantiers liés au Mondial 2030 figurent parmi les débouchés identifiés.

Si ces dispositifs peuvent améliorer les perspectives d’insertion, leur portée reste toutefois limitée au regard de l’ampleur du défi.

Mohamed Boiti souligne ainsi le décalage entre les moyens annoncés et le nombre de jeunes concernés.

«Le diagnostic est enfin assumé : 2,9 millions de jeunes ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Mais le programme prévoit surtout des formations et des premières expériences, environ 200.000 par an, soit moins de 7% des jeunes concernés. Ces dispositifs préparent à l’emploi; ils n’en créent pas», analyse-t-il.

Au-delà de l’adéquation entre formation et besoins du marché du travail, l’enjeu porte donc sur la capacité de l’économie à générer suffisamment de postes. L’économiste pointe à cet égard le faible rendement de l’investissement en matière d’emploi.

«Le problème est en amont : entre 2022 et 2025, l'investissement public dans les grands chantiers a dépassé 110 milliards de dirhams par an, alors que l'économie n'a créé qu'environ 94.000 emplois nets en quatre ans», fait-il savoir.

Par ailleurs, Boiti pointe l’absence d’une cible explicite en matière de créations nettes d’emplois, qui constitue une faiblesse du programme.

Selon lui, «le programme ne fixe aucun objectif d'emplois nets. Après la promesse non tenue du million d'emplois, la prudence se comprend, mais elle prive le débat de sa mesure principale».

Mais l’amélioration de l’employabilité passe également par une réforme de l’éducation. L’Exécutif vise une maîtrise des compétences fondamentales par au moins 80% des élèves en 2031 et affiche l’ambition de parvenir à «zéro décrochage scolaire» dès 2030.

Développement territorial

La réduction des disparités territoriales occupe une place centrale dans les nouvelles orientations. Une enveloppe de 25 milliards de dirhams est annoncée pour les programmes de développement territorial intégré, tandis que les transferts financiers aux régions devraient atteindre au moins 12 milliards de dirhams dès 2027.

Au-delà des financements, l’enjeu porte sur la gouvernance. La refonte des compétences régionales, l’application de la Charte de déconcentration administrative et la généralisation des contrats-programmes entre l’Etat et les régions visent, à ce titre, à renforcer l’efficacité de l’action publique.

Pour Oussama Attahir, docteur en économie appliquée, «l’articulation entre décentralisation et déconcentration constitue un facteur important de cohérence et d’efficacité de l’action publique territoriale».

L’objectif est de faire évoluer les régions d’un rôle principalement administratif vers une capacité accrue de conception, de décision et de mise en œuvre des politiques de développement.

Mais cette évolution suppose une cohérence entre les compétences transférées, les ressources financières disponibles et les capacités humaines et techniques des collectivités territoriales. «La montée en compétences des administrations territoriales et le renforcement des Agences régionales d’exécution des projets (AREP) sont déterminants pour transformer les crédits alloués en réalisations durables», souligne Oussama Attahir.

La territorialisation des politiques publiques implique également une meilleure prise en compte de la diversité des économies régionales.

Les besoins d’une région industrielle et fortement urbanisée ne sont pas nécessairement ceux d’un territoire rural confronté à la rareté de l’eau, à l’enclavement ou à la faiblesse de son tissu entrepreneurial.

La dimension territoriale rejoint également la problématique de l’emploi. Parmi les leviers préconisés par Mohamed Boiti, figurent notamment «des contrats Etat-régions assortis d'objectifs d'emploi chiffrés».

Une orientation qui permettrait de mieux articuler les moyens mobilisés au niveau régional avec les résultats attendus en matière de développement économique et d’insertion professionnelle. Par ailleurs, la souveraineté hydrique, énergétique, alimentaire et numérique constitue un autre pilier du programme gouvernemental.

Face au changement climatique, la sécurisation de l’eau apparaît prioritaire. Le gouvernement prévoit d’accélérer le dessalement de l’eau de mer, avec un objectif de mobilisation de 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031, parallèlement aux projets de transfert entre bassins.

Dans l’énergie, le développement des renouvelables, de l’hydrogène vert et des infrastructures gazières vise à diversifier les approvisionnements et à soutenir de nouvelles filières industrielles.

Ces ambitions supposent néanmoins des investissements considérables, dont la rentabilité dépendra notamment de l’évolution des marchés internationaux.

La souveraineté numérique, à travers les infrastructures, la cybersécurité, la maîtrise des données et l’intelligence artificielle, complète cette stratégie de résilience économique.

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