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Rentrée économique : L’heure des comptes

Rentrée économique : L’heure des comptes

La rentrée 2026 aura ceci de particulier qu’elle s’ouvrira, sans transition, sur une séquence politique décisive. Les législatives du 23 septembre placeront l’économie au centre du débat, avec une question simple mais redoutable : que reste-t-il à faire lorsque les grands chantiers sont lancés, que la croissance tient et que l’inflation reflue, mais que l’emploi, le pouvoir d’achat et les écarts territoriaux continuent de peser sur le quotidien ?
 

Le Maroc arrive en septembre avec des indicateurs plutôt solides. La croissance garde du souffle, l’agriculture a retrouvé des couleurs et la poussée inflationniste des dernières années s’est largement dissipée. Après plusieurs exercices marqués par les sécheresses, la flambée des prix et les secousses géopolitiques, la conjoncture s’est détendue. C’est un acquis. Mais le répit des indicateurs ne règle pas tout. Il rend, au contraire, les questions de fond plus difficiles à esquiver. Et à mesure que l’urgence recule, les questions de fond reprennent leurs droits.

D’abord, celle de l’emploi puisque la croissance ne peut plus être jugée uniquement à l’aune du PIB. Elle devra l’être à sa capacité à créer des postes durables, à absorber les jeunes qui arrivent sur le marché du travail et à remettre davantage de femmes dans le circuit économique. C’est désormais l’un des points faibles les plus visibles du modèle. Les grands projets peuvent soutenir l’activité et remplir les carnets de commandes; ils ne suffisent pas, à eux seuls, à résoudre une équation de l’emploi devenue structurelle.

Ensuite viendra le budget avec un PLF 2027 chargé : protection sociale, santé, éducation, eau, investissement public, infrastructures, préparation de 2030. La liste est connue. Le problème l’est tout autant. Tout est prioritaire, donc tout ne pourra pas l’être au même degré. Le véritable exercice commencera au moment des arbitrages, lorsqu’il faudra mettre des montants, des calendriers et, surtout, des choix derrière les intentions.

Car, faut-il le rappeler, le Maroc investit beaucoup. Peut-être n’a-t-il même jamais autant investi. LGV, autoroutes, ports, aéroports, énergie, eau, équipements urbains…, le pays s’est engagé dans un cycle d’infrastructures d’une ampleur rare. Mais l’heure n’est plus à l'addition des milliards engagés. Elle est à la mesure de leur rendement effectif. Quelle création de valeur ajoutée locale ? Combien de PME tirées vers le haut ? Quels gains de productivité pour le secteur privé ?  C’est, au fond, tout l’enjeu de l’après-chantier. Une infrastructure peut transformer un territoire, raccourcir des distances et améliorer la compétitivité. Encore faut-il que le tissu économique soit en mesure de capter cette nouvelle valeur. Un chantier achevé n’est pas encore une politique économique réussie.

Le pouvoir d’achat restera, lui aussi, dans la pièce. La baisse de l’inflation est une bonne nouvelle, mais elle n’efface pas les hausses accumulées ces dernières années. Pour les ménages, la statistique mesure un rythme mais ne rembourse pas la facture. Dit autrement, on peut expliquer la désinflation avec des courbes; on convainc beaucoup moins facilement un ménage devant son ticket de caisse.

À cela s’ajoute l’autre ligne de fracture des territoires. Les investissements réalisés autour des grands pôles ne produiront pleinement leurs effets que s’ils permettent aussi de réduire les écarts d’accès à l’emploi, aux services publics, à l’eau, à la santé ou aux infrastructures. La compétitivité d’un pays ne se construit pas uniquement dans ses métropoles. Et enfin il y a la conjoncture extérieure : énergie, tensions géopolitiques, commerce mondial, demande étrangère. Autant de variables capables de rappeler rapidement au Maroc que sa résilience n’est pas une assurance tous risques. Le pays a appris à mieux absorber les chocs; il n’a pas cessé d’y être exposé.

Tout compte fait, cette rentrée ne manque donc ni de croissance, ni de projets, ni d’argent engagé. Ce qui lui manque encore, c’est la preuve que tout cela finit par se retrouver dans l’emploi, le revenu, la productivité et la compétitivité.

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