En bloquant le projet de résolution américain le 30 octobre, la Russie a empêché le Conseil de sécurité de donner davantage de poids au plan marocain d’autonomie. Mais l’échec du texte de repli présenté par Moscou a aussi entrainé l’expiration du mandat de la Minurso. Rabat avait anticipé cette issue et entend désormais en tirer parti.
Onze membres du Conseil de sécurité ont voté en faveur du projet de résolution américain. La Russie y a opposé son veto avant de soumettre son propre texte, qui proposait une prolongation technique de la Minurso. Celui-ci n’a recueilli que trois voix. Faute d’accord, le mandat de la mission a expiré le 31 octobre.
Pour Rabat, la première conséquence du veto était claire. Le projet américain devait prolonger l’inflexion amorcée par la résolution 2797 d’octobre 2025 en faisant de l’autonomie sous souveraineté marocaine la seule base des négociations. Le rejet du texte a empêché le Conseil de franchir ce pas. Mais, à en croire Nasser Bourita, le Maroc avait intégré cette éventualité à son calcul avant même la réunion du 30 octobre.
Invité de 2M le samedi 31 octobre, le ministre des Affaires étrangères a expliqué que Rabat connaissait les intentions de Moscou depuis plusieurs jours. «On n’a pas perdu notre temps, on n’a même pas essayé de les convaincre», a-til déclaré. Selon lui, le Maroc a préféré assumer le risque d’un veto plutôt que de voir la portée du projet américain réduite au fil des compromis nécessaires à son adoption.
Les deux issues présentaient, du point de vue marocain, des avantages différents. L’adoption du projet américain aurait donné davantage de poids à l’autonomie dans le processus politique. Son rejet, si le Conseil échouait également à reconduire la mission, pouvait mettre fin à un dispositif que Rabat jugeait dépassé. Toute la différence tenait donc au second vote. Une prolongation technique aurait permis à Moscou de bloquer le texte américain tout en préservant la présence de la Minurso. Les trois voix recueillies par le projet russe ont montré combien cette option était loin de faire consensus.
Pour Alger, qui défendait la reconduction de la mission, le résultat va à rebours de l’objectif poursuivi. Le projet américain a certes été écarté, mais le cadre institutionnel que l’Algérie souhaitait conserver a perdu son mandat. C’est tout. Les oppositions qui ont empêché le Conseil de s’accorder sur la suite du processus ont également rendu impossible la reconduction du dispositif existant.
La fin d’un cycle onusien
Créée en 1991 dans la perspective d’un référendum qui n’a jamais été organisé, la Minurso a longtemps donné son rythme au traitement du dossier au Conseil de sécurité. Les rapports du secrétaire général, les consultations et les négociations sur le libellé des résolutions s’enchaînaient au gré des renouvellements. D’une année à l’autre, les formulations évoluaient, la mission était reconduite et le règlement définitif restait hors de portée. Pendant ce temps, la proposition marocaine d’autonomie gagnait des soutiens dans les chancelleries, creusant l’écart entre le cadre établi en 1991 et les positions diplomatiques exprimées en 2026.
Le dimanche 1er novembre, les Nations unies ont confirmé l’arrêt des opérations de la Minurso et annoncé l’ouverture de sa phase de liquidation. Après trente-cinq ans de présence sur le terrain, la mission entre ainsi dans la phase de son retrait. La rupture est institutionnelle et opérationnelle. Sur le plan juridique, le différend demeure ouvert. Le Conseil de sécurité conserve ses prérogatives et les Nations unies restent engagées dans la recherche d’une solution politique. La sécurité sur le terrain reste, elle aussi, au cœur des préoccupations. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a ainsi fait part de son inquiétude face au risque d’escalade dans la région.
Pour Rabat, la prochaine étape consiste à consolider les soutiens à l’autonomie et à leur donner une traduction politique. Le Maroc entend poursuivre ses démarches bilatérales, s’appuyer sur ses partenariats économiques et ses investissements, et porter son initiative dans d’autres enceintes onusiennes. Nasser Bourita a notamment cité la Quatrième Commission de l’Assemblée générale, où les appuis exprimés par les Etats peuvent trouver un autre cadre d’expression.
Cette démarche prolonge la stratégie conduite par le Roi Mohammed VI. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine en 2020, l’élargissement des soutiens à l’autonomie et l’adoption de la résolution 2797 en 2025 en ont jalonné la progression.
En tout cas, le 30 octobre 2026 restera une date singulière dans l’histoire diplomatique du Sahara. Ce jour-là, le Conseil de sécurité s’est séparé sans adopter de résolution, laissant expirer le mandat de la Minurso. Pendant des années, Rabat a cherché à faire évoluer le dossier au fil des résolutions du Conseil. Cette fois, c’est l’échec du vote qui lui ouvre la possibilité de redéfinir le cadre diplomatique.
En s’opposant au projet américain, Moscou et Alger avaient-ils anticipé que le mandat de la mission pouvait lui aussi en faire les frais ?