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Législatives 2026 : La bataille des candidats éclipse encore celle des programmes

Législatives 2026 : La bataille des candidats éclipse encore celle des programmes

À un peu plus de six semaines des élections législatives du 23 septembre, les partis politiques marocains sont déjà largement entrés en campagne. Investitures, ralliements et tournées régionales occupent pourtant davantage l’espace que la confrontation des projets économiques. Les programmes commencent à émerger, mais sans encore structurer véritablement le débat public.

Jamais ou presque une journée ne passe sans une annonce de candidature, un changement de parti, un meeting régional ou un nouvel arbitrage concernant une tête de liste. En revanche, beaucoup plus difficile, pour l’électeur, de répondre à une question pourtant élémentaire : que proposent précisément les différentes formations pour l’économie marocaine durant les cinq prochaines années ?

Ce relatif silence ne signifie pas que les partis n’ont rien préparé. Plusieurs formations ont même déjà dévoilé une partie substantielle de leurs engagements. Mais pour l’heure, le débat électoral reste davantage dominé par les rapports de force que par la confrontation des programmes.

Le calendrier institutionnel y contribue en partie. Si le scrutin est fixé au 23 septembre, la période électorale encadrée par la HACA ne débutera que le 15 août. Elle comportera une phase de précampagne jusqu’au 9 septembre, avant le lancement de la campagne électorale officielle le 10 septembre, pour treize jours. C’est notamment durant cette séquence que l’exposition des différentes formations sur les médias audiovisuels prendra davantage d’ampleur.

 

Le RNI est le plus avancé sur le terrain programmatique

Parmi les principales formations, le RNI a jusqu’ici développé l’offre économique la plus visible. Le parti a présenté un programme 2026-2031 articulé autour de plusieurs engagements, avec notamment la préservation du pouvoir d’achat, l’accès à l’eau, à l’énergie, à l’éducation et à la santé ainsi qu’un important volet consacré à l’emploi.

Sur ce dernier point, le parti vise notamment un taux de chômage inférieur à 9% à l’horizon 2031 et avance différentes mesures concernant l’insertion des jeunes, les travailleurs saisonniers ou encore l’indemnisation du chômage.

Le choix est logique pour le parti qui conduit l’actuelle majorité : son programme est indissociable du bilan des cinq dernières années. L’emploi, le pouvoir d’achat ou la protection sociale devraient ainsi constituer autant de terrains sur lesquels le RNI cherchera à défendre son action, tandis que ses adversaires tenteront d’en discuter les résultats.

 

Istiqlal, PAM et PPS commencent également à poser leurs priorités

L’Istiqlal a, de son côté, présenté dès juin un « contrat politique » reposant sur cinq grands engagements. Parmi eux figurent la préservation du pouvoir d’achat, le renforcement des services publics, la souveraineté stratégique ainsi que la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts. Le parti a ensuite commencé à décliner ces thèmes lors de rencontres thématiques.

Le PAM, autre composante de la majorité, a lui aussi esquissé ses orientations. Sa communication met notamment l’accent sur la poursuite de la construction de l'État social, la santé, l’éducation et le pouvoir d’achat. Mais ces dernières semaines, la visibilité du parti a surtout été portée par sa stratégie électorale, ses meetings régionaux et plusieurs ralliements, tandis que 90 têtes de liste sur 92 circonscriptions locales ont déjà été annoncées.

À gauche, le PPS a également commencé à dévoiler son projet, avec notamment l’objectif de créer un million d’emplois nets et une volonté affichée de renforcer la souveraineté productive du Royaume.

Le PJD a choisi une autre méthode. Depuis début juin, le parti a ouvert une plateforme participative destinée à alimenter son programme électoral à partir de propositions portant notamment sur l’économie, l’emploi, les politiques sociales et les services publics.

Les programmes ne sont donc pas absents. Ils sont simplement moins visibles que le reste.

 

Le «mercato» politique occupe l’espace

Car, depuis plusieurs semaines, l’essentiel de l’attention médiatique se concentre ailleurs. À l’USFP, plus de 70 candidatures avaient déjà été dévoilées dès la mi-juin. Le PPS a rendu publique une large partie de ses candidats en juillet. L’Istiqlal a progressivement présenté ses têtes de liste. Quant au PAM, il a multiplié les réunions régionales et les ralliements.

Dans plusieurs circonscriptions, la question de savoir qui affrontera qui tend ainsi à prendre le dessus sur celle de savoir pour défendre quelle politique économique. L’actualité récente de Rabat-Océan, déjà présentée comme l’une des circonscriptions les plus disputées du scrutin, l’illustre parfaitement : ministres, anciens responsables gouvernementaux et figures partisanes y concentrent l’attention bien avant que leurs propositions respectives ne soient réellement confrontées.

Cette logique n’est pas totalement surprenante. Une élection législative marocaine se joue aussi sur l’ancrage territorial, la notoriété des candidats et la capacité de mobilisation locale. Les listes régionales et les nombreuses circonscriptions locales renforcent mécaniquement cette dimension.

Mais à mesure que le 23 septembre approche, cette explication devient moins suffisante.

 

Où est la confrontation économique ?

Car les sujets susceptibles de départager les programmes ne manquent pas. Emploi, pouvoir d’achat, fiscalité, financement de la protection sociale, retraites, qualité de l’école et de la santé, stress hydrique, soutien à l’investissement, développement territorial, logement ou encore financement des grands investissements engagés à l’horizon 2030 : les arbitrages économiques du prochain mandat seront lourds.

Or, à ce stade, les propositions existent souvent sous forme d’engagements ou de grandes orientations, mais la confrontation sur les moyens demeure limitée.

Combien coûteront les mesures annoncées ? Comment seront-elles financées ? Quelle trajectoire pour les finances publiques ? Quels choix fiscaux ? Quelle politique de l’emploi après 2026 ? Quelle place pour le secteur privé ? Quels arbitrages entre protection sociale, investissement public et maîtrise du déficit ?

C’est probablement sur ce terrain que devra se déplacer la campagne pour devenir véritablement économique.

À six semaines du scrutin, le Maroc n’est donc pas face à une absence de campagne électorale. Il est plutôt face à une campagne qui s’est engagée par les candidats avant de s’engager pleinement par les idées.

Le passage à la période électorale audiovisuelle à partir du 15 août, puis le démarrage de la campagne officielle le 10 septembre, devraient progressivement changer la physionomie du débat. Reste à savoir si les prochaines semaines permettront de dépasser la bataille des investitures pour installer une véritable comparaison des choix économiques proposés aux électeurs.

Au final, force est de rappeler que les événements de Sebta ont également montré l’ampleur du chômage, de la misère sociale, de la  faiblesse de l’éducation. Le contexte exige donc la révision des programmes aux profits des catégories démunies en matière d’éducation, de santé et d’enseignement. C’est prioritaire.

 

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