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Pourquoi Madrid devrait relire Don Quichotte…

Pourquoi Madrid devrait relire Don Quichotte…

 

«Après l’orage vient le beau temps», dit-on. Un adage, j’en conviens, bien sympathique, mais qui ne pèse pas lourd devant la réalité implacable des rapports de force entre nations. Car dans les eaux froides de la géopolitique, même après l’orage, le temps demeure toujours brumeux.

 

Rachid Achachi, Chroniqueur, DG d'Arkhé Consulting

 

Désormais, trêve de métaphores climatologiques et essayons d’aller droit au but.

La récente crise diplomatique entamée en avril dernier entre le Maroc et l’Espagne a pour cause immédiate l’accueil par Madrid de Brahim Ghali, leader du polisario, entité non reconnue par le droit international, hostile au Maroc et parrainée par l’Algérie.

 Une entrée sur le territoire espagnol en violation flagrante autant des rapports de bon voisinage avec le Maroc que de leur propre justice. Rappelons à ce propos que l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya, a été récemment convoquée par le juge d’instruction du tribunal de Saragosse.

Cependant, cette crise doit être inscrite dans une parenthèse chronologique plus large qui commence au moins sur le court terme, avec la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara, ce coup de pied diplomatique dans la fourmilière, mais qui s’inscrit dans un imaginaire politique espagnol plus profond.

Ce dernier plonge ses racines jusqu’à la conquête mauresque de l’Andalousie.

La Reconquista du XVème siècle, avec toutes les épurations ethno-confessionnelles auxquelles elle a donné lieu, a été de ce point de vue le ferment d’un grand roman national, d’un mythe fondateur, qui n’a su cependant occulter cette hantise du «Maure».

Le Maroc, bien que moins développé et moins puissant militairement que l’Espagne, et a fortiori que le monde occidental, est toujours perçu et surtout présenté comme un ennemi quasi-naturel par Madrid, conditionnant ainsi une doctrine diplomatique en négation totale du réel.

L’un des éléments explicatifs réside dans l’incapacité, autant des Ottomans à l’Est que de l’Espagne des Habsbourg à son apogée, à domestiquer le Maroc.

D’autant plus que l’épopée coloniale au nord du Maroc d’une Espagne fatiguée et déclassée par ses voisins britannique et français au début du XXème siècle s’est soldée par une défaite humiliante, celle d’Anoual, face à des tribus à l’armement rudimentaire, mais caractérisés par un attachement farouche à la liberté autant qu’à leur terre.

Une défaite dont les échos résonnent encore dans l’esprit d’une partie de l’élite espagnole, avide de revanche.

Mais à contrecœur, Madrid se doit d’admettre que son appartenance à l’UE autant qu’à l’OTAN, ne lui permettra jamais de traiter et encore moins de faire du Maroc son pré-carré.

Quelle alternative ? L’une d’entre elles réside dans le fait de libérer l’histoire de l’emprise des politiques afin de la confier aux historiens qui en prendront bien mieux soin. Car non, le Maroc ne rêve pas de reconquérir l’Andalousie, et les corsaires de Salé ne sillonnent plus l’Atlantique.

La réalité contemporaine est tout autre. Elle est celle d’un Maroc stable politiquement, respectueux du droit international et désireux de développement économique et de prospérité. Le bon voisinage en est une condition sine qua non.

Le 20 août dernier, SM le Roi a donné le la à une nouvelle dynamique diplomatique avec l’Espagne, mais cela ne veut pas dire pour autant que l’on reviendra au schéma d’avant.

L’histoire ne connait jamais de retour à l’avant, mais de nouvelles manières de réinventer le présent. Car désormais, le dossier de Sebta et de Melillia a été remis sur la table par Rabat, et nous n’entendons pas lâcher l’affaire.

Du côté espagnol, Arancha Gonzalez Laya fait désormais figure d’offrande sacrificielle immolée sur l’autel des bonnes relations avec le Maroc.

Et récemment, une conversation téléphonique entre nos deux ministres des Affaires étrangères laisse présager l’organisation prochaine d’une rencontre diplomatique avec, espérons-le, l’enclenchement d’une nouvelle dynamique à même de tourner la page d’une crise diplomatique dont nous sommes sortis grandis et renforcés. 

Car, au final, il est temps de comprendre que l’Espagne ne combat pas le Maroc, mais combat des fantasmes qu’elle projette sur nous et qu’elle nous attribue.

Il est quand même ironique de constater que le pays de Cervantès semble oublier qu’il ne sert à rien de se battre contre des moulins à vent.

Là où un imaginaire espagnol continue de voir des maures, il s’agit d’apprendre à y voir un voisin stable politiquement, fiable sur le plan sécuritaire et prometteur économiquement.

 

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