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Visas : Un certain mépris français

Visas : Un certain mépris français

C’est un bras de fer diplomatique souterrain qui oppose Rabat et Paris depuis un an maintenant. 

Le 28 septembre 2021, la France décidait en effet de durcir les conditions d'obtention des visas à l'égard du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie. Motif : ces pays "refusent" de délivrer les laisser-passer consulaires nécessaires au retour des immigrés refoulés de France.

Ainsi, il a été décidé de diviser par deux le nombre de visas délivrés pour le Maroc et l'Algérie, et de 30% pour la Tunisie, en prenant 2020 comme année de référence.

Si en 2020, au total 98.627 visas ont été attribués au Maroc, ce chiffre a chuté de 30% en 2021 pour s’établir à 69.408. Et il va encore davantage chuter au terme de cet exercice 2022. Cela se sent déjà, au regard du nombre de personnes qui se plaignent d’avoir essuyé un refus, quand bien même elles remplissent largement toutes les conditions requises.

Médecins, opérateurs économiques, salariés, étudiants…, personne n’est épargnée par ce que tout le monde qualifie de chantage au visa. 
 
La France droit dans ses bottes
 
Depuis un an, la France fait la sourde oreille et résiste à toutes les objurgations. Du Maroc en France, ONG, politiques, citoyens se sont indignés de cette décision discriminatoire, sans succès.

Mercredi dernier, le sénateur français, Christian Cambon, président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, a interpellé son gouvernement sur les “grandes difficultés” rencontrées par les ressortissants marocains en matière de délivrance de visas et leurs conséquences sur les relations franco-marocaines.

Dans des lettres aux ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur, Cambon, également président du groupe interparlementaire d'amitié France-Maroc du Sénat, affirme avoir été saisi, ces dernières semaines, comme nombre de ses collègues sénateurs, de plusieurs cas de refus de délivrance de visas pour des ressortissants marocains souhaitant se rendre en France.

«Cela alors que la demande semblait parfaitement légitime, comme par exemple un médecin souhaitant se rendre à un congrès international de médecine ou un sportif devant participer à une compétition internationale», écrit-il.

Même son de cloche au niveau de plusieurs associations maghrébines et européennes. Dans une déclaration publiée sur le site de l’Association marocaine des droits humains (AMHDH), elles dénoncent, entre autres, le fait que «les autorités françaises ne s’embarrassent même plus du caractère discriminatoire de cette décision, qui n’est rien d’autre qu’une punition collective, injuste, visant indistinctement tous les Algérien.ne.s, les Marocain.ne.s ou les Tunisien.ne.s». 

Selon elles, ces mesures «relèvent d’un chantage inadmissible, déshonorant, et qui plus est portant atteinte à un droit humain essentiel : la libre circulation des personnes, y compris de celles et ceux ayant leurs attaches, tant en France que dans les pays du Maghreb. Un chantage moralement inacceptable car s’appuyant sur une décision discriminatoire et bafouant un principe d’égalité citoyenne».

A tous ces cris d’orfraie, le gouvernement français répond jusqu’à présent avec beaucoup de mépris. Un mépris qui commence dans les services consulaires, où les traitements des demandes de visa sont plus que décriés. Et sur ce registre d’ailleurs, ce n’est pas que la France qui est concernée. L’AMDH a d’ailleurs saisi l’ambassadrice de l’Union européenne au Maroc, Patricia Llombart Cussac, pour protester contre le «traitement humiliant et dégradant des demandeurs de visas par les services consulaires des pays de l’Union européenne au Maroc». L’Association, qui demande aussi à ce que les services consulaires motivent les décisions de refus de visa, exige la restitution des frais de dossier. «Les frais sont destinés à l’obtention du visa, ne pas les rembourser en cas de refus est un abus», peste l’Association.

Cette affaire de visa crée en tout cas un climat délétère entre le Maroc et la France et nuit sérieusement à la coopération entre les deux pays. Surtout que cette décision politique a des conséquences économiques néfastes, en ce qu’elle impacte substantiellement le monde des affaires.

La France fera-t-elle preuve de plus de discernement ? Va-t-elle continuer à adopter la même posture, au risque  d’intensifier davantage le vent frais qui circule entre Rabat et Paris et de torpiller cette amitié franco-marocaine séculaire ? 

Christian Cambon, lui, plaide en tout cas pour que son gouvernement revienne à la raison.  «Pour éviter tout risque de fragiliser notre coopération bilatérale, et notamment la place très importante des entreprises françaises dans ce pays, il me semblerait (…) opportun que vous puissiez donner les instructions nécessaires à vos services afin qu'ils fassent preuve d'un plus grand discernement dans la procédure de délivrance de visas», dit-il. Des propos bien sages.
 

 

F. Ouriaghli

 

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